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RĂ©fĂ©rendum pour le climat : regard d’un Constitutionnaliste-politologue

Trois questions Ă  Olivier Duhamel

Référendum pour le climat : regard d’un Constitutionnaliste-politologue
 Olivier Duhamel
Ancien Président de la FNSP (Sciences Po)

Suite à son échange du lundi 14 décembre avec les citoyens de la Convention pour le climat, le président de la République a annoncé qu’il souhaitait apporter une modification de l'article premier en passant par un référendum. Qu’implique cette proposition de réforme constitutionnelle ? Quels enseignements tirer de notre histoire récente ? Quelles sont les chances de succès de cette révision ? Le point avec Olivier Duhamel, professeur émérite de droit constitutionnel et de science politique, président de la Fondation Nationale des Sciences Politiques à Sciences Po et membre du comité directeur de l'Institut Montaigne.

Emmanuel Macron a annoncé un référendum pour intégrer le climat à la Constitution. Diriez-vous que c’est dans l’esprit de nos institutions ?

N’étant pas un adepte du spiritisme, je ne sais pas très bien Ă  quoi correspond "l’esprit" de nos institutions… Chaque PrĂ©sident, ou presque, a eu sa vision du rĂ©fĂ©rendum. Pour le GĂ©nĂ©ral de Gaulle, il s’agissait d’un procĂ©dĂ© fondamental par lequel le peuple renouvelait sa confiance envers le prĂ©sident de la RĂ©publique. Il fallait donc y recourir rĂ©gulièrement, et engager sa responsabilitĂ©. Il dĂ©missionna après l’échec de son dernier rĂ©fĂ©rendum, en avril 1969. Aucun de ses successeurs n’a repris cette conception, "plĂ©biscitaire" pour ceux qui s’y opposent, "dĂ©mocratique" pour ceux qui la dĂ©fendent. 

Au pôle opposé, Valéry Giscard d’Estaing, orléaniste et libéral, n’a organisé aucun référendum, probablement par principe. Entre les deux, Sarkozy et Hollande n’y ont pas eu recours, faute d’occasion, et parce que Chirac ayant perdu le référendum sur la Constitution européenne en mai 2005, le risque de défaite paraissait désormais grand. Mitterrand avait gagné de justesse le référendum sur le traité de Maastricht en 1992, et Pompidou plus largement le sien en 1972, mais avec une forte abstention. Rappelons d’ailleurs, ironie de l’histoire, qu’il portait sur le "Brexin" - l’entrée du Royaume Uni dans la Communauté européenne...

La Charte de l’environnement [...] a été très critiquée par les élites économiques et très appréciée par les militants et citoyens écologistes.

À l'époque de Jacques Chirac, on a beaucoup critiqué l’introduction du principe de précaution dans la Constitution. Y a-t-il un parallèle à faire ? Certains parlent même d'un vaste coup politique. Qu'en dîtes-vous ?

La Charte de l’environnement, adossĂ©e au PrĂ©ambule de la Constitution en 2004, a Ă©tĂ© très critiquĂ©e par les Ă©lites Ă©conomiques et très apprĂ©ciĂ©e par les militants et citoyens Ă©cologistes. 

Elle a certes une valeur symbolique. Commentant son article II, selon lequel "toute personne a le devoir de prendre part Ă  la prĂ©servation et Ă  l’amĂ©lioration de l’environnement", Guy Carcassonne a Ă©crit dans son maĂ®tre ouvrage, dĂ©sormais mis Ă  jour par Marc Guillaume, La Constitution (collection "Points" au Seuil) : "je suis parti dĂ©broussailler et ramasser des papiers gras, mais je reviens de suite".

Cela dit, le Conseil constitutionnel se réfère à cet article ainsi qu'à l’article premier sur le droit à un environnement équilibré. La portée n’est donc pas seulement symbolique. La révision envisagée par Emmanuel Macron ajouterait la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de la biodiversité, qui ne figurent pas dans la Charte de l’environnement.

Quant au "coup politique", tout politique qui fait du droit, fait aussi de la politique, et si possible d’une façon qui lui soit favorable. 

La révision envisagée par Emmanuel Macron ajouterait la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de la biodiversité.

Le prĂ©sident de la RĂ©publique a Ă©chouĂ© Ă  rĂ©former les institutions au dĂ©but de son quinquennat alors que c'Ă©tait l'un de ses grands chantiers. Pourquoi rĂ©ussirait-il mieux maintenant ?

Il pourrait mieux rĂ©ussir parce que le sujet choisi compte beaucoup pour une grande majoritĂ© de nos concitoyens. Il pourrait Ă©chouer parce que le SĂ©nat lui est majoritairement hostile et que sans son accord, le rĂ©fĂ©rendum est impossible. VoilĂ  qui rĂ©pond Ă  votre question explicite. 

Quant Ă  l’implicite : quelle probabilitĂ© a-t-il de rĂ©ussir ? Je dirais 30 ou 40 % - ce qui est nettement plus que la probabilitĂ© qu’avait Trump de gagner la prĂ©sidentielle, et laisse nĂ©anmoins plus de probabilitĂ© Ă  l’échec. Mais ce ne serait qu’un Ă©chec très partiel, puisqu’il pourrait en imputer la responsabilitĂ© Ă  l’opposition.

 

Copyright : Thibault Camus / POOL / AFP

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