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Vaccination contre le Covid-19 : inspirons-nous des stratĂ©gies des autres pays

Vaccination contre le Covid-19 : inspirons-nous des stratégies des autres pays
 Laure Millet
Auteur
Experte Associée - Santé

L’Institut Montaigne a publié en décembre dernier une note intitulée Vaccination en France : l’enjeu de la confiance dans laquelle les auteurs détaillaient les différentes stratégies vaccinales possibles mais aussi les acteurs à impliquer très directement pour faire de la campagne de vaccination contre le Covid-19 une réussite. Alors que la France est plus qu’à la traîne par rapport aux autres pays en terme de vaccination (au 7 janvier 2021 environ 45 000 personnes ont été vaccinées contre plus de 500 000 en Allemagne et plus de 680 000 en Italie), quels seraient les exemples concrets dont la France pourrait (enfin) s’inspirer pour passer à la vitesse supérieure ?

Vaccination en France, quelle stratégie pour quel résultat ?

LancĂ©e le 28 dĂ©cembre 2020, la campagne de vaccination française doit se dĂ©rouler en trois phases d’ici fin 2021 : de janvier Ă  fĂ©vrier 2021 objectif de vacciner 1 million de personnes qui sont les rĂ©sidents d’EHPAD et les professionnels de santĂ© y travaillant ; de fĂ©vrier au printemps 2021 objectif de vacciner 14 millions de personnes que sont les plus de 75 ans, puis les plus de 65 ans et les professionnels de santĂ© et mĂ©dico-sociaux âgĂ©s de 50 ans et plus et/ou prĂ©sentant des comorbiditĂ©s ; Ă  partir du printemps 2021, la vaccination concernera le reste de la population. 

La vaccination n’est pas obligatoire en France et doit se rĂ©aliser Ă  la suite d’un entretien prĂ©alable visant Ă  recueillir le consentement du patient mais Ă©galement Ă  Ă©valuer la situation clinique du patient, Ă  l'informer des bĂ©nĂ©fices et des risques du vaccin. La France est l'un des rares pays Ă  accorder des consultations prĂ©-vaccinales avant l'administration du vaccin et, selon plusieurs mĂ©decins, c’est une des raisons des lenteurs constatĂ©es. 

Face au retard du démarrage de la vaccination en France, le président Emmanuel Macron a confié son impatience face à une stratégie qu’il n’estime "pas à la hauteur". Le ministre de la Santé Olivier Véran a ainsi annoncé mardi 5 janvier une accélération du calendrier vaccinal pour "rejoindre celui de nos voisins dans les prochains jours", si cela est encore possible. Il a également annoncé que l'accès au vaccin serait élargi aux médecins, pompiers et aides à domiciles de plus de 50 ans et, d'ici fin janvier, pour les personnes âgées de 75 ans et plus en dehors des Ehpad. Par ailleurs, les Français qui souhaiteraient se faire vacciner pourront bientôt se signaler via une "inscription" sur Internet, par téléphone ou via l'application TousAntiCovid.

La France est l'un des rares pays à accorder des consultations pré-vaccinales avant l'administration du vaccin et, selon plusieurs médecins, c’est une des raisons des lenteurs constatées.

Aux États-Unis, une mobilisation rapide et mĂ©thodique de l’armĂ©e sur l’ensemble de la chaĂ®ne logistique 

Le Department of Defense amĂ©ricain joue un rĂ´le logistique clĂ© dans l’effort de vaccination national en achetant et distribuant des fournitures mĂ©dicales dont le ministère de la DĂ©fense et les agences fĂ©dĂ©rales ont besoin. 

Sur le site internet du département du gouvernement fédéral chargé de coordonner et de superviser tous les organismes et fonctions du gouvernement directement liés à la sécurité nationale et aux forces armées des États-Unis, on peut lire qu’à la fin du mois de septembre 2020, l'agence a exécuté plus de 21 000 contrats pour plus de 2 milliards de dollars de fournitures médicales vitales (kits de test, ventilateurs, médicaments, masques, gants, blouses, etc). Pour piloter cette immense chaîne logistique, le ministère a promis l’installation de centres d’opérations similaires à ceux établis en cas d'ouragans.

En parallèle, les États-Unis ont lancĂ© l’opĂ©ration Warp Speed (OWS) dont l’objectif est de produire et de fournir 300 millions de doses de vaccins aux patients amĂ©ricains d'ici fin janvier 2021, dans le cadre d'une stratĂ©gie visant tant Ă  accĂ©lĂ©rer le dĂ©veloppement, la fabrication que la distribution de vaccins, ainsi que des produits thĂ©rapeutiques et de diagnostics contre le Covid-19. L'OWS est un partenariat entre les diffĂ©rentes composantes du ministère de la SantĂ© et des Services Sociaux (HHS), notamment le centre de contrĂ´le et de prĂ©vention des maladies (CDC), les instituts nationaux de la santĂ© (NIH), l'autoritĂ© de recherche et de dĂ©veloppement biomĂ©dical avancĂ© (BARDA) et le ministère de la DĂ©fense (DoD). 

L'OWS collabore avec des entreprises privĂ©es et d'autres agences fĂ©dĂ©rales, notamment le ministère de l'Agriculture, le ministère de l'Énergie et le ministère des Anciens Combattants. Il coordonne tous les efforts existants du HHS, y compris le partenariat ACTIV (Accelerating Covid-19 Therapeutic Interventions and Vaccines) du NIH, l'initiative RADx (Rapid Acceleration of Diagnostics) du NIH et le travail de la BARDA. Ses actions se focalisent sur le dĂ©veloppement du vaccin (accĂ©lĂ©ration des phases de recherche et dĂ©veloppement), sur la fabrication du vaccin (le gouvernement fĂ©dĂ©ral a investi lui-mĂŞme dans la capacitĂ© de fabrication nĂ©cessaire) et sur la distribution du vaccin, en lien très Ă©troit avec le Department of Defense. 

Au Royaume-Uni, une implication très large des professionnels pour vacciner et assurer la continuitĂ© des soins 

L’Assurance maladie anglaise, le National Health Services (NHS), a lancé une vaste campagne intitulé "Your NHS needs you" pour inciter les professionnels de santé à être volontaires dans le cadre de la politique de vaccination.

Le NHS explique que pour être en mesure d'assurer un programme de vaccination à grande échelle sans avoir d'impact significatif sur d'autres services vitaux, ils recrutent actuellement des milliers de personnes, et en priorité des "vaccinateurs" potentiels.

Le ministère de la Santé et des affaires sociales a récemment modifié la loi afin de permettre à un plus grand nombre de personnes de suivre une formation pour l’administration des vaccins. Elle concerne de nombreux professionnels de la santé, scientifiques et dentistes, ainsi que d'autres personnes ayant suivi une formation appropriée en premiers secours, comme les pompiers ou des bénévoles d’organisme comme la protection civile en France.

Les États-Unis ont lancé l’opération Warp Speed (OWS) dont l’objectif est de produire et de fournir 300 millions de doses de vaccins aux patients américains d'ici fin janvier 2021.

Ces postes flexibles et rĂ©munĂ©rĂ©s sont donc ouverts Ă  un grand nombre de professionnels. Le NHS souhaite Ă©galement mobiliser et former des milliers de bĂ©nĂ©voles qui peuvent contribuer Ă  assurer la sĂ©curitĂ© et le bon fonctionnement des services administratifs et de l’accueil dans les centres de vaccination. 

En Allemagne, prioritĂ© Ă  la mise en place de "vaccinodromes" pour vacciner massivement 

En Allemagne, la rĂ©partition stricte des rĂ´les entre pouvoir central et local impose une division des tâches entre l’État et les Länder dans la politique vaccinale. DĂ©voilĂ©e en octobre dernier, cette rĂ©partition entend confier Ă  l’État la mission de gĂ©rer l’approvisionnement en vaccins dans une soixantaine d’entrepĂ´ts de stockage, rĂ©partis sur l’ensemble du territoire et pour lesquels hĂ´pitaux et casernes pourraient ĂŞtre Ă©galement mobilisĂ©s. 

CĂ´tĂ© Länder, ils doivent gĂ©rer au niveau rĂ©gional l’utilisation des stocks et donc l’organisation opĂ©rationnelle de la politique de vaccination dont les centres de vaccination Ă©quipĂ©s en personnel et en matĂ©riel de conservation Ă  basse tempĂ©rature. Cette rĂ©partition permet de gĂ©rer, au plus proche du terrain, le nombre de centres Ă  dĂ©ployer en fonction du nombre de personnes Ă  vacciner dans un premier temps. 

En Allemagne, la rĂ©partition stricte des rĂ´les entre pouvoir central et local impose une division des tâches entre l’État et les Länder dans la politique vaccinale. 

Ainsi, le pays compte Ă  ce jour 410 centres de vaccination et a d'ores et dĂ©jĂ  approvisionnĂ© 136 millions de doses. Par exemple, dans la rĂ©gion de Berlin, un ancien terminal de l'aĂ©roport Tegel fermĂ© en novembre dernier a Ă©tĂ© transformĂ© en un vaste centre de santĂ© qui sert depuis dĂ©cembre comme "vaccinodrome". L’objectif est de vacciner dans ce centre 3000 Ă  4000 personnes par jour. 

En Italie, une communication ciblĂ©e autour d’un projet commun pour accĂ©lĂ©rer le passage Ă  l’acte vaccinal 

Également en avance sur la France du point de vue du nombre de personnes vaccinĂ©es, l’Italie a lancĂ© mi-dĂ©cembre une grande campagne de communication autour d’un clip vidĂ©o prĂ©sentant la "renaissance" italienne post-Covid. La campagne s’inscrit sous le signe de la fleur "primavera", qui signifie en italien Ă  la fois le nom de la plante "primevère", mais aussi le printemps. 

Cette vidĂ©o, commandĂ©e par le ministère de l’Économie et des Finances pour lancer la campagne de vaccination contre le Covid-19, montre comment le vaccin est l’arme qui permettra d’aboutir Ă  un retour Ă  "normale" et Ă  la "vraie" vie (on voit notamment une personne Ă´ter son masque). Le clip montre mĂŞme les nouveaux centres de vaccination qui ont la forme de "primevères", dessinĂ©es par un grand architecte milanais. 

PrĂ©sentĂ©e comme une aventure collective qui requiert la mobilisation de tous et suggère que la vaccination est un acte citoyen, le volet communication de la campagne de vaccination italienne est un exemple intĂ©ressant pour la France. Elle vise en effet Ă  redonner de l'espoir, rappeler ce qu’était le monde d’avant, ce qui suggère auprès des plus hĂ©sitants aux vaccins que le passage Ă  l’acte vaccinal est indispensable pour "renaĂ®tre" et reprendre une vie normale. 

 

 

Copyright : Markus Schreiber / POOL / AFP

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