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Un PrĂ©sident et une nation face au virus : de la vision Ă  l’exĂ©cution

Un Président et une nation face au virus : de la vision à l’exécution
 Nicolas Bauquet
Auteur
Expert en transformation publique

Un mois après le dĂ©but du reconfinement, et comme il l’avait annoncĂ©, le prĂ©sident de la RĂ©publique s’est Ă  nouveau adressĂ© aux Français, le mardi 24 novembre, pour faire le point sur la crise pandĂ©mique et donner des perspectives au pays, alors que les fĂŞtes de fin d’annĂ©e approchent, et que les tensions politiques et sociales s’aiguisent. L’adresse prĂ©sidentielle a permis de clarifier le cap fixĂ© collectivement Ă  la nation pour tenir face Ă  la pandĂ©mie, puis la vaincre, avec une stratĂ©gie en trois temps : ramener le virus Ă  un niveau de circulation suffisamment faible pour le contrĂ´ler, tout faire pour le contenir et Ă©viter une troisième vague, et mettre en Ĺ“uvre une campagne de vaccination. Mais elle laisse entière la question de l’exĂ©cution de ces objectifs, et notamment du dispositif Ă  mettre en place au niveau territorial pour passer de la vision prĂ©sidentielle Ă  l’exĂ©cution collective. 

Mener le confinement Ă  son terme

Le premier enjeu, c’est donc de mener le confinement à son terme. Même s’il est très différent de celui que nous avons connu au printemps, il a le même objet : permettre, par des mesures coercitives, de passer d’une situation où le virus se répand de manière incontrôlée, à un niveau de circulation suffisamment faible pour suivre le virus à la trace et traiter les foyers épidémiques. L’enjeu est donc de maintenir cet effort suffisamment longtemps pour ne pas perdre les bénéfices des sacrifices consentis, et des leurs conséquences économiques et sociales.

Sur ce plan, le chef de l’État a rĂ©affirmĂ© clairement l’objectif fixĂ© il y a un mois, et cette constance est un Ă©lĂ©ment essentiel de rĂ©ussite : nous devons repasser sous la barre des 5 000 contaminations par jour, pour pouvoir, Ă  nouveau, suivre les chaĂ®nes de contamination et sĂ©curiser le système de santĂ©. La rĂ©ouverture des commerces s’appliquera dès samedi 28 novembre, permettant de dĂ©samorcer une des bombes sociales et politiques de ce deuxième confinement. L’étape suivante, elle, prĂ©vue le 15 dĂ©cembre, est conditionnĂ©e par la poursuite de la diminution de l’épidĂ©mie au niveau dĂ©fini. C’est seulement Ă  cette condition que le confinement pourra ĂŞtre remplacĂ© par un couvre-feu, que les dĂ©placements pour les fĂŞtes de fin d’annĂ©es seront possibles, que les Français pourront partir en vacances, mĂŞme si "ce ne seront pas des vacances de NoĂ«l comme les autres". 

Mais que se passerait-il si l’épidĂ©mie ne suivait pas la courbe de nos espĂ©rances ? Si, d’ici le 15 dĂ©cembre, ou après les fĂŞtes, l’épidĂ©mie repartait Ă  la hausse ? Cette hypothèse ne dĂ©pend pas uniquement des comportements individuels, elle peut dĂ©pendre d’une vague de froid, d’évĂ©nements supercontaminateurs, ou tout simplement de l’évolution d’un virus dont nous n’arrivons pas Ă  prĂ©dire le comportement. Une fois de plus, c’est le besoin d’élaborer des scĂ©narios, plutĂ´t que de dĂ©finir des processus linĂ©aires, qui est la clĂ© de l’anticipation. "Plans are worthless, but planning is everything", selon la formule du PrĂ©sident Eisenhower : nous aimerions tous que le plan de sortie du confinement esquissĂ© par le PrĂ©sident ne soit pas sans valeur, mais il est de la responsabilitĂ© de l’exĂ©cutif de se prĂ©parer Ă  diffĂ©rents scĂ©narios afin de nous permettre de nous prĂ©parer Ă  toutes les Ă©ventualitĂ©s. 

Une fois de plus, c’est le besoin d’élaborer des scénarios, plutôt que de définir des processus linéaires, qui est la clé de l’anticipation.

Ce travail ne doit-il pas s’opérer, très rapidement, à l’échelon territorial ? L’organisation d’un pilotage de la crise au niveau départemental a été mise à mal par la diffusion massive du virus dans tout le pays en septembre et en octobre, et par la difficulté à trouver la bonne articulation entre l’État et les collectivités territoriales. Mais elle redevient particulièrement nécessaire au moment où il s’agit d’évaluer sur le terrain l’évolution de la pandémie, et de suivre le virus au plus près pour éviter toute reprise épidémique incontrôlée.

Au moment, aussi, où l’impatience de la population nécessite, de la part de ceux qui ont "la République en partage", un diagnostic commun et une parole cohérente.

Cette phase d’amĂ©lioration relative est prĂ©cisĂ©ment le moment favorable pour structurer ce pilotage territorial, en mettant en place, dans chaque dĂ©partement, une cellule associant Ă©troitement les services de l’État et les Ă©lus, non dans une dĂ©marche de consultation, mais dans un esprit de co-responsabilitĂ©. C’est aussi le moment de concevoir, pour ce pilotage, un tableau de bord partagĂ©, avec l’ensemble des informations disponibles, pour que tous les acteurs locaux puissent avoir la vision la plus fine possible de la circulation Ă©pidĂ©mique, et agir en consĂ©quence. 

Tester, alerter, isoler : de l’objectif au mode d’emploi 

Dans son allocution, le PrĂ©sident a rĂ©affirmĂ© le rĂ´le dĂ©terminant de la chaĂ®ne "tester alerter, protĂ©ger", dĂ©finie comme "l’outil le plus important dans les prochaines semaines". De fait, si les mesures restrictives sont maintenues jusqu’au moment oĂą le virus revient Ă  un niveau de circulation suffisamment faible, cette chaĂ®ne d’action pourra ĂŞtre un outil de contrĂ´le de l’épidĂ©mie. Mais pourquoi peut-elle rĂ©ussir lĂ  oĂą elle a Ă©chouĂ© en septembre et en octobre ? 

D’abord, parce que notre arsenal de tests sera Ă©largi et rendu plus efficace. Emmanuel Macron a promis des tests PCR avec, en janvier, un dĂ©lai infĂ©rieur Ă  24h entre la demande de test et son rĂ©sultat. Une rapiditĂ© effectivement dĂ©terminante pour assurer l’efficacitĂ© du dispositif, et qu’il faudra contrĂ´ler avec l’ensemble des donnĂ©es disponibles. Surtout, les tests antigĂ©niques, bientĂ´t utilisĂ©s massivement, ont effectivement le potentiel de changer la donne face Ă  la maladie, s’ils sont mis au service d’un ciblage intelligent et Ă©volutif, construit en commun par les ARS et les acteurs territoriaux, et dĂ©clinĂ© dans l’ensemble des structures capables de mener Ă  bien ces campagnes de tests, depuis les entreprises jusqu’aux Ă©tablissements scolaires et universitaires, en passant par les collectivitĂ©s locales, et bien sĂ»r les Ă©tablissements hospitaliers et mĂ©dico-sociaux, en particulier les EHPAD. Les dispositions rĂ©glementaires rĂ©cemment publiĂ©es ouvrent la voie Ă  cette souplesse tout en garantissant l’indispensable remontĂ©e des informations dans le fichier SI-DEP. Mais tout reste Ă  faire pour constituer, dans chaque territoire, cette coalition d’acteurs mettant en commun leur expertise sanitaire, leur connaissance du terrain et leur capacitĂ© Ă  susciter l’adhĂ©sion de la population dans un contexte de grande lassitude. Tout reste Ă  faire aussi pour accĂ©lĂ©rer le dĂ©ploiement des tests salivaires, dont certains conçus et produits en France, qui pourraient constituer un atout prĂ©cieux dans l’acceptabilitĂ© de ces tests. 

La stratégie d’alerte, c’est-à-dire de traçage, est elle aussi appelée à évoluer profondément, même si le Président l’a peu évoquée dans son intervention. Au-delà du renforcement des volontaires dédiés à cette tâche, et de l’accent mis sur le rôle de l’application TousAntiCovid (téléchargée par 10 millions de Français), la mise en œuvre d’une stratégie de traçage rétrospectif (backward tracing) est le corollaire indispensable d’une stratégie volontariste de tests des lieux et des communautés à risques. Ce qui implique une refonte du système d’information utilisé pour mener à bien cette recherche, mais aussi un décloisonnement entre les équipes de l’assurance-maladie, celles de l’ARS, et l’ensemble des acteurs locaux qui peuvent concourir à cette identification des lieux à risque, dans une logique préventive et dans un effort constant d’anticipation. C’est sans doute sur ce terrain que l’application TousAntiCovid sera la plus utile, quand elle sera dotée d’un système de scannage de QR code permettant de garder trace des principaux lieux à risque, comme actuellement exploré en Suisse

Dernier volet de ce triptyque, la question de l’isolement, longtemps restée le maillon faible de cette chaîne sanitaire, va devenir un élément prioritaire.

Dans son intervention, le chef de l’État a évoqué pour la première fois la possibilité de mettre en place des mesures contraignantes, comme c’est déjà le cas dans plusieurs pays européens, mesures pourtant écartées par la décision du Conseil constitutionnel du 11 mai. Proposer un débat au Parlement paraît à cet égard indispensable : plus qu’aux juges constitutionnels, c’est aux représentants de la Nation de s’emparer de la question de l’arbitrage entre la contrainte collective subie par le pays pendant les confinements, et la contrainte individuelle et temporaire qui pourrait contribuer à l’éviter.

Le Président a réaffirmé le rôle déterminant de la chaîne "tester alerter, protéger", définie comme "l’outil le plus important dans les prochaines semaines".

Mais la contrainte ne peut de toute façon que venir consolider un dispositif opĂ©rationnel complet dont il manque pour l’instant presque chacun des Ă©lĂ©ments, depuis un cadre national clair et cohĂ©rent, garantissant notamment le maintien de la rĂ©munĂ©ration des personnes concernĂ©es, jusqu’à la coalition d’acteurs locaux nĂ©cessaire Ă  un accompagnement personnalisĂ©. Autant que dans les interdits juridiques, le diable est dans les dĂ©tails, notamment matĂ©riels, depuis la question du jour de carence pour les fonctionnaires jusqu’à l’absence de budget dĂ©diĂ© dans les prĂ©fectures pour permettre aux services de l’État, aux Ă©lus locaux et aux associations de mettre rapidement en place des dispositifs adaptĂ©s. C’est le mĂŞme principe de rĂ©alitĂ© qui devrait guider nos efforts dans la mise en place de dispositifs visant la protection des personnes fragiles, un point que n’a pas abordĂ© hier le prĂ©sident de la RĂ©publique. 

Les vaccins, "une formidable lueur d’espoir", et un immense défi collectif

Enfin, l’élĂ©ment nouveau, dans l’intervention du PrĂ©sident, a trait Ă  l’arrivĂ©e prochaine des vaccins, qui permettront, non seulement de tenir face au virus, mais de le vaincre. Le PrĂ©sident a donnĂ© d’importants Ă©lĂ©ments sur l’esprit dans lequel cette campagne serait menĂ©e : un dispositif transparent, avec un comitĂ© scientifique, et un collectif de citoyens "pour associer plus largement la population", selon la recommandation faite de longue date par le Conseil scientifique. Avec comme objectif "une campagne rapide et massive au plus près des personnes", dont "les autoritĂ©s sanitaires, avec l’État et les collectivitĂ©s locales, dĂ©finiront les modalitĂ©s pratiques". 

Comme pour la gestion du virus lui-même, la préparation de la vaccination est confrontée au double défi de la vitesse et de l’incertitude, tant les inconnues restent nombreuses, sur les caractéristiques des différents vaccins, comme sur leur disponibilité ou la logistique à mettre en œuvre.

L'Ă©lĂ©ment nouveau, dans l’intervention du PrĂ©sident, a trait Ă  l’arrivĂ©e prochaine des vaccins, qui permettront, non seulement de tenir face au virus, mais de le vaincre. 

Ici encore, l’urgence n’est pas de faire des plans, mais de planifier, et de le faire avec l’ensemble des partenaires qui ne seront pas les exécutants, mais les acteurs de cette gigantesque opération : les médecins généralistes et les infirmiers, les collectivités locales, les grandes associations de sécurité civile, les pompiers, autant d’acteurs qui ont eu le sentiment de ne pas avoir été associés suffisamment pendant les premières phases de la crise, et qui détiennent ensemble les clés de la réussite de la campagne vaccinale.

Sans oublier, bien sĂ»r, les acteurs du secteur privĂ©, depuis les producteurs du vaccin jusqu’aux grands logisticiens et aux entreprises du numĂ©rique. 

Autant qu’un dĂ©fi logistique ou sanitaire, la mise en Ĺ“uvre de la vaccination sera donc un dĂ©fi politique : ouvrir le cercle de la confiance et de la dĂ©cision, capitaliser sur les compĂ©tences d’un grand nombre d’acteurs, susciter une dynamique capable de rĂ©pondre Ă  la fois Ă  l’urgence et Ă  l’incertitude. Autant que la communication sur le vaccin lui-mĂŞme, c’est la force de cette action collective qui inspirera la confiance et suscitera l’adhĂ©sion. 

"Chacun a un rĂ´le Ă  jouer, chacun a une responsabilitĂ© Ă  tenir", nous a dit hier le prĂ©sident de la RĂ©publique. Une fois posĂ©e cette vision prĂ©sidentielle, c’est au gouvernement d’en exposer, dans quelques jours, les dĂ©clinaisons concrètes. Plus qu’en se perdant dans la casuistique du confinement ou du couvre-feu, c’est en exposant les principes et les moyens qui nous permettront de relever collectivement ces dĂ©fis qu’il tracera la perspective dont le pays a besoin : une mobilisation collective, nationale et territoriale, pour faire face ensemble Ă  une incertitude qu’aucun plan de dĂ©confinement ou de vaccination, si parfaitement conçu soit-il, ne parviendra Ă  conjurer. 

 

 

Copyright : THOMAS COEX / AFP

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