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27/02/2023
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Soins ambulatoires et Ă  domicile : un nouveau tournant pour le système de santĂ© ?

Soins ambulatoires et à domicile : un nouveau tournant pour le système de santé ?
 Laure Millet
Auteur
Experte Associée - Santé
 Emma Ros
Auteur
Ancienne chargée de projets - Santé

Notre système de santĂ© fait face Ă  de nombreux dĂ©fis. Parmi eux, le vieillissement de la population et l’explosion du nombre de personnes atteintes d’une pathologie chronique appellent une Ă©volution profonde de l’organisation du système de soins. Alors que les 75 ans et plus reprĂ©senteront 16 % de la population en 2050 et que plus de 20 % d’entre eux cumulent trois pathologies ou traitements chroniques, les besoins en santĂ© ne vont cesser d’augmenter. Dans ce contexte, la rĂ©cente grève des mĂ©decins libĂ©raux, dĂ©butĂ©e le 26 dĂ©cembre 2022, reflète l’épuisement des soignants et des mĂ©decins libĂ©raux. Cette situation s’accompagne d’une pĂ©nurie de professionnels de santĂ© et d’une dĂ©gradation de l’accès aux soins, avec 11 % des Français de 17 ans et plus n’ayant pas de mĂ©decin traitant en 2022. Pour amĂ©liorer la qualitĂ© et l’accès aux soins, il est nĂ©cessaire que la France Ă©volue d’un système hospitalo-centrĂ© Ă  une approche articulĂ©e autour des structures de ville et du domicile. Le virage ambulatoire et les soins Ă  domicile apparaissent comme des rĂ©ponses intĂ©ressantes au changement d’un système de soins initialement organisĂ© autour de l’hĂ´pital et des soins aigus. Dans le cadre du rapport Soins ambulatoires et Ă  domicile : un virage essentiel, l’Institut Montaigne propose plusieurs solutions et alternatives Ă  l’hospitalisation conventionnelle. 

En France, un contexte propice au dĂ©ploiement des pratiques ambulatoires et domiciliaires 

Le virage ambulatoire désigne le passage d’un système centré sur l’hôpital à un système organisé autour des acteurs de soins primaires. Il se caractérise par un recours moindre à l’hospitalisation conventionnelle, mais n’a pas de définition uniforme. En France, le virage ambulatoire est initié au milieu du XXème siècle par la création des premiers hôpitaux de jour. Dans les années 1990, la pratique ambulatoire est définie par des structures de soin alternatives à l’hospitalisation telles que les structures d’anesthésie et de chirurgie ambulatoire, celles d’hospitalisation à temps partiel et d’hospitalisation à domicile. En parallèle, le virage domiciliaire se développe : il vise quant à lui à favoriser le maintien à domicile pour les personnes dépendantes ou en situation de handicap et à limiter le recours à l’hôpital pour la prise en charge des pathologies les plus chroniques. Les pratiques ambulatoire et domiciliaire peuvent ainsi être définies comme l’ensemble des dispositifs permettant à un patient de limiter le temps passé en établissement de santé.

Le virage ambulatoire se caractérise par un recours moindre à l’hospitalisation conventionnelle.

Aujourd’hui, les pratiques ambulatoires se dĂ©veloppent : comme l’attestent la baisse progressive de la DurĂ©e Moyenne de SĂ©jour (DMS) et la hausse du nombre de sĂ©jours d’hospitalisation de jour en mĂ©decine (augmentation de 2,4 % par an entre 2015 et 2019) et d’actes de chirurgie ambulatoire (augmentation de 4 % en 2019). De nombreux leviers ont contribuĂ© au dĂ©veloppement de ces pratiques. 

  • Premièrement, des alternatives Ă  l’hospitalisation conventionnelle se sont dĂ©veloppĂ©es au sein de l'hĂ´pital lui-mĂŞme. Parmi elles, les hĂ´pitaux de proximitĂ© proposent une offre mĂ©dicale de soutien Ă  l’offre libĂ©rale. Les hĂ´pitaux de jour (HDJ) proposent une hospitalisation en journĂ©e Ă  des patients autonomes mais nĂ©cessitant des soins rĂ©guliers. Enfin, hors de l’hĂ´pital, l’hospitalisation Ă  domicile (HAD) permet de garantir des soins mĂ©dicaux et paramĂ©dicaux directement au domicile des patients. Ă€ titre d’exemple, l’essor de la HAD a conduit Ă  l’externalisation d’une partie des patients en onco-hĂ©matologie vers des structures d’hospitalisation Ă  domicile, ce qui a conduit, en 2020, Ă  une hausse de 23,7 % des administrations de chimiothĂ©rapie en HAD par rapport Ă  l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente.

  • En mĂ©decine de ville et Ă  domicile, plusieurs structures ont Ă©galement contribuĂ© Ă  ce dĂ©veloppement. Ainsi, grâce Ă  l’essor des Maisons de santĂ© pluriprofessionnelles (MSP), visant Ă  faciliter la coordination des acteurs (mĂ©decins, spĂ©cialistes et paramĂ©dicaux), 7 mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes sur 10 exercent en groupe en 2022, contre 54 % en 2010. Enfin, la mise en place des Services d’Accès aux Soins (SAS) permet de rĂ©pondre aux besoins de soins urgents et non programmĂ©s en ville pour limiter le recours aux urgences hospitalières. Pour soutenir cette organisation dans tous les territoires, le Ministre de la santĂ© prĂ©voit de lancer "une mission de l’IGAS dans les prochains jours pour lever toutes les difficultĂ©s, et promouvoir une rĂ©partition Ă©quitable et ordonnĂ©e de cette permanence des soins sur les territoires, permettant, en particulier, la mobilisation coordonnĂ©e, voire conjointe, d’équipes publiques et privĂ©es". L’objectif de cette mesure est de gĂ©nĂ©raliser le dispositif Ă  l’échelle nationale Ă  l’horizon 2023, mĂŞme s’il est actuellement en fonctionnement dans seulement 22 sites pilotes, rĂ©partis dans 13 rĂ©gions. 

Les innovations ont Ă©galement permis le dĂ©veloppement de parcours de santĂ© innovants et mobilisant des acteurs en dehors de l’hĂ´pital : 

  • Les innovations technologiques ont rĂ©pandu et normalisĂ© l’usage de la tĂ©lĂ©mĂ©decine (dĂ©signant la tĂ©lĂ©consultation, la tĂ©lĂ©surveillance et la tĂ©lĂ©expertise). Grâce aux outils de tĂ©lĂ©surveillance, des patients souffrant d’une maladie chronique telle que l’insuffisance cardiaque ont la possibilitĂ© de recueillir en ligne des donnĂ©es relatives Ă  leur Ă©tat de santĂ© (poids, pression artĂ©rielle, etc.) qu’un mĂ©decin peut ensuite interprĂ©ter Ă  distance. 

  • Les innovations techniques (dĂ©veloppement d’interventions et dispositifs mĂ©dicaux moins invasifs) ont permis Ă  la chirurgie de rĂ©duire la durĂ©e des soins et de proposer des prises en charge sans hospitalisation complète. Ă€ titre d’exemple, l’utilisation d’un robot chirurgical pour une opĂ©ration de la prostate a permis un passage de 21 jours d’hospitalisation en moyenne dans les annĂ©es 1990 contre un Ă  deux jours aujourd’hui. 

  • Enfin, les innovations thĂ©rapeutiques ont introduit des traitements innovants avec des modalitĂ©s d’administration moins lourdes, ce qui a encouragĂ© l’accroissement des soins Ă  domicile. Des traitements anticancĂ©reux par voie orale sont disponibles en pharmacies d’officine, oĂą le pharmacien accompagne le patient, ce qui rĂ©duit considĂ©rablement le nombre des trajets des patients vers l’hĂ´pital.

Cependant, le dĂ©veloppement des virages ambulatoire et domiciliaire en France reste limitĂ©. MalgrĂ© l’essor des alternatives Ă  l’hospitalisation conventionnelle, le système de soins français demeure hospitalo-centrĂ© ; la durĂ©e moyenne de sĂ©jour en France est de 8,8 jours et reste parmi les plus Ă©levĂ©es dans les pays de l’OCDE. 

Des pays ont pris le tournant du virage ambulatoire 

Si en France l’ambulatoire peine encore Ă  s’imposer, des pays comme le Danemark, les Pays-Bas ou la Suède ont rĂ©ussi Ă  se concentrer sur les soins primaires et le domicile en privilĂ©giant les prises en charges hors de l’hĂ´pital. 

Au Danemark, l’État définit la politique nationale de santé, tandis que les régions (qui sont au nombre de 5) s’occupent des services de santé primaires et secondaires (soins hospitaliers, psychiatrie, médecine générale et spécialisée, etc.) et les municipalités assurent la charge des soins à domicile et des politiques de prévention. Cette restructuration du système a conduit à une délégation de la majorité des soins en dehors de l’hôpital, transformant ce dernier en une structure de soins hyperspécialisés. La Suède a, elle aussi, réorganisé son système de soins ; les communes ont dû commencer à rembourser aux hôpitaux les frais engendrés par les patients restant à l’hôpital mais ne nécessitant plus de soins. Les modalités de prise en charge à domicile et en ville ont donc été renforcées. Ainsi, en 2019, la durée moyenne de séjour (DMS) à l’hôpital est de 5,7 jours au Danemark et de 5,6 jours en Suède.

Si en France l’ambulatoire peine encore Ă  s’imposer, des pays comme le Danemark, les Pays-Bas ou la Suède ont rĂ©ussi Ă  se concentrer sur les soins primaires et le domicile en privilĂ©giant les prises en charges hors de l’hĂ´pital. 

Le système néérlandais se distingue, quant Ă  lui, par sa pratique avancĂ©e des soins Ă  domicile. Le modèle de Buurtzorg, dĂ©ployĂ© depuis 2007, a Ă©tĂ© diffusĂ© depuis sa crĂ©ation dans plusieurs pays. BasĂ© sur une approche collaborative, le modèle repose sur un principe de proximitĂ© et de forte autonomie des professionnels, pour la plupart infirmiers et aides-soignants, qui interviennent, en petits groupes, dans un pĂ©rimètre limitĂ© : le "quartier" (de 10 Ă  15 000 habitants environ). Les groupes sont responsables de l’intĂ©gralitĂ© de la prise en charge Ă  domicile : repĂ©rage des patients, dĂ©placement dans la zone de proximitĂ©, soins, prise de contact avec le professionnel de santĂ© (mĂ©decin ou autre) s’occupant habituellement du patient. Ainsi, en opposition avec le rĂ´le classique de l’infirmier(e) libĂ©ral(e) très centrĂ© sur le soin, le modèle de Buurtzorg propose une approche plus globale de la prise en charge. Les soignants sont reliĂ©s par un rĂ©seau interne (conseils, Ă©changes rĂ©guliers d’informations, etc.) et s’occupent de la coordination, ainsi que de la transmission des informations aux prescripteurs et autres professionnels. La qualitĂ© et la continuitĂ© des soins est assurĂ©e par la proximitĂ© gĂ©ographique de la pratique et une coordination renforcĂ©e. La diminution du fardeau administratif induite par une plus forte autonomie des acteurs et une organisation centrale simple ont conduit Ă  une hausse de la qualitĂ© des soins induite par la minimisation du nombre d’intervenants diffĂ©rents au domicile et une plus grande qualitĂ© de la relation soignant-soignĂ©, et des Ă©conomies Ă  hauteur de 40 % pour le système sanitaire aux Pays-Bas. Aujourd’hui Buurtzorg reprĂ©sente 70 % du marchĂ© des soins Ă  domicile néérlandais et emploie plus de 10 000 professionnels suivant plus de 70 000 patients.

Quels leviers pour le dĂ©ploiement des virages ambulatoire et domiciliaire en France ?

Face aux difficultĂ©s de dĂ©veloppement des virages ambulatoire et domiciliaire, le rapport Soins ambulatoire et Ă  domicile : un virage essentiel identifie des Ă©cueils freinant le changement des pratiques de soins. La France doit relever 4 dĂ©fis majeurs pour prendre le tournant des pratiques ambulatoires et domiciliaires. 

DĂ©fi 1 : Faciliter la coordination entre la ville et l’hĂ´pital 

Le changement des pratiques de soins et le passage à un système de proximité, tourné vers la ville et le domicile supposent l’inclusion de l’ensemble des acteurs du secteur sanitaire, patients compris. Cela passe par le renforcement de la coordination entre les acteurs de l’hôpital et ceux de la ville. La promotion de l’exercice coordonné représente une solution aux freins posés par la séparation géographique des acteurs et le manque de communication ainsi que la défiance entre eux. En effet, les professionnels de l’hôpital ne disposent pas de temps et d’espace dédiés pour voir et consulter avec les professionnels de ville (dispersés sur l’ensemble du territoire) et ne savent pas comment les joindre, ce qui crée un manque de lisibilité et de structuration de l’offre de soins et complexifie, pour l’hôpital, la bonne orientation des patients

L’Institut Montaigne propose alors de dĂ©velopper des espaces d’exercice coordonnĂ© entre professionnels des secteurs mĂ©dical, paramĂ©dical et social, adaptĂ©s Ă  l’offre et aux besoins locaux de santĂ©. 

Les CommunautĂ©s professionnelles territoriales de santĂ© (CPTS), les Dispositifs d’appui Ă  la coordination (DAC) et les centres de santĂ©  reprĂ©sentent des structures de coordination permettant un adressage plus clair et plus direct des patients. Cependant, la multitude de ces institutions de coordination complexifie la vision du "guichet unique" que ces dernières devraient constituer. L’Institut Montaigne propose alors de dĂ©velopper des espaces d’exercice coordonnĂ© entre professionnels des secteurs mĂ©dical, paramĂ©dical et social, adaptĂ©s Ă  l’offre et aux besoins locaux de santĂ©. Ces espaces permettront de mutualiser les ressources et de proposer aux patients un guichet unique pour identifier la ressource mĂ©dicale ou paramĂ©dicale adĂ©quate sur le territoire. 

Par ailleurs, la facilitation de la dĂ©lĂ©gation des tâches reprĂ©sente un levier organisationnel de renforcement de la coordination entre diffĂ©rents professionnels et pourrait amĂ©liorer l’accès aux soins. En 2021, la loi Rist a Ă©largi les compĂ©tences de plusieurs professions mĂ©dicales et paramĂ©dicales ; les sages-femmes, les masseurs-kinĂ©sithĂ©rapeutes et les ergothĂ©rapeutes ont ainsi vu s’étendre leur scope de prescriptions. Dans le sens de la promotion de l’exercice coordonnĂ©, un article (rĂ©cemment adoptĂ© Ă  l’AssemblĂ©e nationale) de la loi Rist ouvre l’accès direct aux infirmiers en pratique avancĂ©e (IPA) dans le cadre d’un exercice coordonnĂ© (au sein d’équipes de soins primaires, des MSP ou encore des CPTS). Les patients peuvent donc se rendre directement chez ces professionnels sans consulter au prĂ©alable un mĂ©decin traitant. Pour dĂ©velopper cette pratique, un objectif de 5 000 IPA en activitĂ© a Ă©tĂ© fixĂ© par le Ministre de la santĂ©. De plus, la dĂ©lĂ©gation de certains actes et activitĂ©s vers les infirmiers libĂ©raux, afin que ceux-ci puissent assurer les premiers soins et orienter par la suite vers des mĂ©decins spĂ©cialistes, faciliterait la prise en charge des patients vivant dans des zones oĂą la dĂ©mographie mĂ©dicale est insuffisante et oĂą l’accès au mĂ©decin traitant en premier recours reste difficile. Cette dĂ©lĂ©gation libĂ©rerait du temps mĂ©dical pour les praticiens et leur permettrait de se concentrer sur les actes nĂ©cessitant rĂ©ellement l’intervention d’un mĂ©decin. Dans ce sens, les rĂ©centes annonces du PrĂ©sident de la RĂ©publique prĂ©voient, pour "gagner du temps mĂ©dical", d’accĂ©lĂ©rer le recrutement des assistants mĂ©dicaux afin de doubler les effectifs d’ici 2024 (et passer Ă  10 000 assistants mĂ©dicaux). 

Enfin, pour faciliter la coordination, le partage d’informations entre les diffĂ©rents acteurs du parcours doit ĂŞtre amĂ©liorĂ©. En effet, le manque d’information Ă  l’hĂ´pital sur les soins rĂ©alisĂ©s en ville d’un patient (et vice versa) peut crĂ©er des difficultĂ©s dans l’identification de possibles interactions mĂ©dicamenteuses. Les outils numĂ©riques constituent une rĂ©ponse Ă  ce problème mais ceux-ci ne sont cependant pas interopĂ©rables et leur multiplicitĂ© complexifie leur lisibilitĂ© tant pour les professionnels de santĂ© que pour les patients. Le dĂ©veloppement au niveau national de la plateforme numĂ©rique Mon espace santĂ© devrait apporter des solutions Ă  cet Ă©gard. Elle permet aux professionnels autorisĂ©s par le patient d’accĂ©der aux documents de santĂ© dĂ©posĂ©s antĂ©rieurement par d’autres professionnels dans son espace personnel. Cette plateforme devrait ainsi permettre de limiter de tels dysfonctionnements. NĂ©anmoins, bien que 65,4 millions de profils aient Ă©tĂ© créés, seuls 7,2 millions d’usagers ont Ă©tĂ© actifs sur le service fin octobre 2022. 

Malgré ces évolutions et une volonté politique de renforcement, la coordination entre les différents acteurs de soins demeure insuffisamment développée. Pour faciliter la coordination entre les professionnels de santé exerçant à l’hôpital, en ville et à domicile, l’Institut Montaigne propose de protocoliser les sorties d’hospitalisation selon les pathologies et les parcours santé associés en s’appuyant sur des outils numériques dédiés.

DĂ©fi 2 : Repenser la formation des professionnels de santĂ©

La formation des professionnels de santĂ© ne facilite pas la mise en place d’une coordination renforcĂ©e. Telle qu’elle est pensĂ©e aujourd’hui, elle ne contribue pas Ă  favoriser les Ă©changes entre professionnels de diffĂ©rents secteurs et le travail en Ă©quipe pluridisciplinaire. En effet, elle reste encore trop cloisonnĂ©e, avec une vision mono-professionnelle centrĂ©e sur l’hĂ´pital. Les Ă©tudes mĂ©dicales et paramĂ©dicales sont encore trop organisĂ©es en silos. La facultĂ© de mĂ©decine ne prĂ©pare pas suffisamment Ă  l’exercice en ville, les stages Ă©tant majoritairement rĂ©alisĂ©s Ă  l’hĂ´pital. 

Il est nécessaire d’inclure, dans la formation initiale et continue des professionnels de santé, les enjeux de coordination, de travail en équipe et de management.

Le travail en Ă©quipe et le dĂ©veloppement des capacitĂ©s managĂ©riales ne faisant pas partie de la formation des mĂ©decins, la mise en place de l’exercice coordonnĂ© demeure compliquĂ©e. Ainsi, il est nĂ©cessaire d’inclure, dans la formation initiale et continue des professionnels de santĂ©, les enjeux de coordination, de travail en Ă©quipe et de management, tout en les formant aux outils numĂ©riques capables de favoriser cette mise en rĂ©seau. Il serait, par exemple, intĂ©ressant d’inclure des modules interprofessionnels de formation afin de favoriser la rencontre et la collaboration entre les diffĂ©rents professionnels de santĂ©. 

DĂ©fi 3 : Construire un modèle de financement pour soutenir les virages ambulatoire et domiciliaire 

Le système de financement actuel, basĂ© principalement sur un principe de tarification Ă  l’acte (et Ă  l’activitĂ© pour l’hĂ´pital (T2A)), n’incite pas Ă  la coordination entre acteurs. De plus, les actes de prĂ©vention et de coordination, alors qu’ils sont chronophages, sont peu ou pas rĂ©munĂ©rĂ©s dans le système actuel. Dans certains cas, la T2A incite financièrement Ă  garder plus longtemps le patient Ă  l’hĂ´pital et donc n’encourage pas l’orientation vers l’ambulatoire. En effet, en faisant sortir plus tĂ´t certains patients, l'hĂ´pital "perd immĂ©diatement le bĂ©nĂ©fice des tarifs d’une hospitalisation complète sans que les coĂ»ts diminuent pour autant". Les prises en charge en ville et Ă  domicile pâtissent elles aussi de ce système. Les recettes Ă©tant gĂ©nĂ©rĂ©es par le niveau d’activitĂ©, il est difficile de rĂ©munĂ©rer la coordination et les rĂ©unions interprofessionnelles, nĂ©cessaires pour fonder un parcours patient alliant ville, hĂ´pital et domicile. De plus, les innovations de pointe sont davantage financĂ©es Ă  travers l’hĂ´pital que la ville, ce qui complexifie le dĂ©veloppement d’un parcours de soins innovant. 

Il semble indispensable de développer de nouveaux modèles de financements capables de soutenir à la fois la coordination des professionnels de santé et l’innovation organisationnelle.

À l’heure actuelle, les établissements de santé investissent dans l’innovation avec leurs fonds propres ou à travers des dotations budgétaires spécifiques prévues au titre des missions d’enseignement, de recherche, de référence et d’innovation (MERRI). Néanmoins, ces subventions ne concernent ni les professionnels ni les structures exerçant en ville. De ce fait, il semble indispensable de développer de nouveaux modèles de financements capables de soutenir à la fois la coordination des professionnels de santé et l’innovation organisationnelle.

Par ailleurs, bien que 90 % des patients soient favorables Ă  la publication d’indicateurs de qualitĂ©, l’évaluation de la qualitĂ© des soins n’est pas systĂ©matiquement intĂ©grĂ©e dans les financements, ce qui limite la rĂ©flexion sur les prises en charge proposĂ©es aux patients. Les indicateurs de qualitĂ© sont des outils permettant de mesurer et d’évaluer la qualitĂ© de la prise en charge d’une pathologie et les bonnes pratiques mĂ©dicales liĂ©es Ă  cette dernière. Dans le cadre des pratiques ambulatoires et domiciliaires cette Ă©valuation est cruciale puisque plusieurs professionnels interviennent successivement auprès du patient. Il serait alors pertinent de dĂ©finir des indicateurs de qualitĂ© des soins adaptĂ©s aux pathologies suivies en ambulatoire, tout en Ă©quipant les lieux de soins (hĂ´pital, ville, domicile, mĂ©dico-social) en applications numĂ©riques capables de recueillir et d’analyser ces indicateurs.

DĂ©fi 4 : Impliquer davantage le patient dans sa prise en charge

Le rapport des citoyens au système de santĂ© Ă©volue. Les patients sont de plus en plus autonomes et souhaitent ĂŞtre impliquĂ©s et mieux informĂ©s sur les soins qu’ils vont recevoir : ils sont experts de leur maladie. Pourtant, ils sont encore largement oubliĂ©s dans le processus de prise de dĂ©cision et dans l’organisation des parcours de soins. Le patient et ses aidants sont souvent laissĂ©s seuls pour naviguer dans le système de santĂ©. La multiplicitĂ© des acteurs, le manque de lisibilitĂ© de l’offre et le travail en silos indĂ©pendants limitent les actions de prĂ©vention. Cela contribue Ă©galement Ă  complexifier davantage le parcours du patient qui assure souvent seul son orientation. De plus, du fait d’un dĂ©faut d’information, un patient atteint d’une maladie chronique n’est pas toujours tenu au courant des diffĂ©rents traitements et alternatives de prises en charge Ă  l’hospitalisation conventionnelle. Par exemple, sur 48 000 patients dialysĂ©s en France, seuls 250 bĂ©nĂ©ficient de l’hĂ©modialyse Ă  domicile. De manière gĂ©nĂ©rale, le manque de partage d’informations avec le patient peut le rendre passif face aux dĂ©cisions et recommandations mĂ©dicales, l’amener Ă  ne pas les respecter scrupuleusement et, par consĂ©quent, conduire Ă  des rĂ©hospitalisations Ă©vitables. 

Enfin, les associations des patients regrettent le faible recours Ă  l’Éducation thĂ©rapeutique du patient (ETP), outil d’aide Ă  la comprĂ©hension du fonctionnement du traitement prescrit et d’autonomisation du patient. L'ETP reste, par ailleurs, un acte principalement pratiquĂ© Ă  l’hĂ´pital, majoritairement pour des raisons historiques. En effet, l’hĂ´pital rĂ©unissait les compĂ©tences pluridisciplinaires nĂ©cessaires pour proposer une dĂ©marche Ă©ducative personnalisĂ©e, certaines spĂ©cialitĂ©s (comme la diabĂ©tologie ou la pneumologie) Ă©taient mobilisĂ©es sur le sujet, et l’ETP faisait donc partie intĂ©grante du soin hospitalier. Le rapport de l’Institut Montaigne propose de crĂ©er des modèles d’Éducation thĂ©rapeutique du patient (ETP) personnalisĂ©s en ville et Ă  domicile prenant en compte le niveau de connaissances et d’autonomie du patient, sa pathologie ainsi que son environnement. 

 

 

Co-Ă©crit avec Milena Sudolowicz, Assistante chargĂ©e d’études 


Copyright Image : Pavel Danilyuk / Pexels

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