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Budget 2024 : Projet de loi de financement de la sĂ©curitĂ© sociale - quels enjeux sur l'accès aux soins et Ă  l'innovation ?

Budget 2024 : Projet de loi de financement de la sécurité sociale - quels enjeux sur l'accès aux soins et à l'innovation ?
 Emma Ros
Auteur
Ancienne chargée de projets - Santé
 Laure Millet
Auteur
Experte Associée - Santé

Le projet de loi de financement de la sĂ©curitĂ© sociale (PLFSS) pour 2023 a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© le 26 septembre 2022 en Conseil des ministres. Ce projet de loi s'inscrit dans un contexte inĂ©dit après deux ans de crise sanitaire ayant considĂ©rablement affectĂ© le dĂ©ficit de l'Assurance maladie (17,8 milliards d'euros en 2022). Le PLFSS pour l’annĂ©e prochaine annonce un retour progressif Ă  l'Ă©quilibre, avec un objectif de dĂ©ficit de 6,8 milliards d'euros pour 2023. 

Après des dĂ©bats houleux en première lecture, Ă  l'AssemblĂ©e Nationale puis au SĂ©nat, le gouvernement a dĂ©cidĂ© de recourir au 49.3. Cet outil constitutionnel permet au gouvernement qui l'utilise de forcer l'adoption d’une loi rejetĂ©e par l’AssemblĂ©e nationale. S'il ne peut user de ce droit qu’une fois maximum lors d’une session parlementaire, le gouvernement peut en revanche avoir recours au 49.3 autant de fois qu'il le souhaite sur le PLF et le PLFSS. Le premier volet de notre analyse du projet de loi s’était concentrĂ© sur les aspects de prĂ©vention et sur le bien-vieillir. 

Nous proposons ici une nouvelle analyse sur les enjeux d'accès aux soins et d'innovation, deux éléments cruciaux pour l’avenir de notre système de santé, alors que le projet de loi a été adopté le 15 novembre par le Sénat, après l’avoir nettement modifié. À la suite de l'échec d'une commission mixte paritaire (CMP) tenue ce même jour, le texte a été de nouveau soumis à l’Assemblée nationale ce lundi 21 novembre : après quelques heures de débats seulement, le gouvernement a de nouveau eu recours au 49.3 sur la troisième partie du PLFSS.. L'analyse ci-dessous tient uniquement compte des amendements proposés par le Sénat, relatifs à la quatrième partie du projet de loi. Cette dernière pourrait également faire l'objet d'un recours au 49.3 dans les prochains jours, au détriment des quelques amendements adoptés par les sénateurs en première lecture.

L'accès aux soins : une prĂ©occupation grandissante des Français 

Constats 

Le sujet des dĂ©serts mĂ©dicaux constitue une prĂ©occupation croissante pour les Français qui rencontrent de plus en plus de difficultĂ©s Ă  obtenir un rendez-vous mĂ©dical, ainsi qu'Ă  trouver un mĂ©decin traitant. Un problème qu’aggrave le vieillissement de la population. En France, l'offre de soins est inĂ©galement rĂ©partie sur le territoire ; près de 12 % des Français vivent aujourd'hui dans un dĂ©sert mĂ©dical, soit environ sept millions de personnes. Ils pourraient ĂŞtre 20 millions de plus d'ici Ă  la fin du prochain quinquennat. 

De plus, 11 % des Français de plus de 16 ans n’ont pas de mĂ©decin traitant et les soins mĂ©dicaux gĂ©nĂ©ralistes deviennent de plus en plus difficiles d’accès pour les Français. En consĂ©quence, l’accessibilitĂ© gĂ©ographique aux mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes a baissĂ© de 3,3 % entre 2015 et 2018 et la proportion de la population vivant en zone sous-dense en mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes est passĂ©e de 3,8 % Ă  5,7 % en quatre ans. 

Mesures prĂ©sentes dans le PLFSS 

Afin de lutter contre les dĂ©serts mĂ©dicaux et favoriser l'accès aux soins, le PLFSS pour l’annĂ©e 2023 prĂ©voit plusieurs mesures. La première (article 23) concerne l'ajout d'une quatrième annĂ©e d’internat au diplĂ´me d’études spĂ©cialisĂ©es de mĂ©decine gĂ©nĂ©rale afin d’aligner la formation des mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes aux autres spĂ©cialitĂ©s de mĂ©decine. Cette annĂ©e supplĂ©mentaire devait ĂŞtre Ă  l’origine exclusivement rĂ©alisĂ©e en ambulatoire, c'est-Ă -dire hors de l’hĂ´pital, mais le gouvernement a finalement laissĂ© entendre que celle-ci pourrait se faire Ă  titre "exceptionnel" dans un Ă©tablissement de santĂ©. Dès lors, il s’agirait simplement de rallonger l’internat de mĂ©decine gĂ©nĂ©rale, sans favoriser les installations en sortie d’études des mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes dans les dĂ©serts mĂ©dicaux et ni de les familiariser davantage avec l’exercice en cabinet. 

Un amendement sur l'article 21 prévoit une prise en charge plus développée des frais de transports dans des situations particulières.

D’autres mesures sont proposĂ©es dans ce projet de loi pour favoriser l'accès aux soins. Un amendement sur l'article 21 prĂ©voit une prise en charge plus dĂ©veloppĂ©e des frais de transports dans des situations particulières, afin de faciliter l'accès aux soins. Alors que la prise en charge des frais de transports Ă©tait limitĂ©e au centre mĂ©dical le plus proche du domicile du patient, cet amendement prend en compte le lieu de travail ou encore les situations de handicap qui peuvent amener Ă  choisir un centre mĂ©dical plus Ă©loignĂ© du domicile. 

L'article 20 du PLFSS contient quant Ă  lui des propositions relatives Ă  la dĂ©lĂ©gation des tâches en Ă©largissant le nombre de professionnels de santĂ© habilitĂ©s Ă  prescrire et administrer les vaccins obligatoires aux pharmaciens, sages-femmes et infirmiers. Ă€ ce titre, l'article 22 propose d'actualiser la convention des pharmaciens d’officines au regard de l'Ă©largissement progressif de ces compĂ©tences (administration de vaccins, dĂ©pistage de certaines infections etc.). 

Analyses 

Promouvoir la pratique de la mĂ©decine ambulatoire 

L'article 23 du PLFSS qui rajoute une annĂ©e supplĂ©mentaire au diplĂ´me de mĂ©decine gĂ©nĂ©rale a suscitĂ© de nombreuses rĂ©actions parmi les professionnels : 39 % des internes en mĂ©decine gĂ©nĂ©rale seraient opposĂ©s Ă  l'instauration d’une quatrième annĂ©e d’internat. Ils Ă©taient d’ailleurs nombreux Ă  se mettre en grève en octobre puis en novembre pour manifester leur mĂ©contentement.

Cette annĂ©e supplĂ©mentaire d'internat devra ĂŞtre rĂ©alisĂ©e dans la mesure du possible en ambulatoire, allant dans le sens de la prĂ©cĂ©dente stratĂ©gie nationale de santĂ© (2018-2022) qui affichait un objectif de 55 % de l'offre de soins rĂ©alisĂ©e en ambulatoire d'ici 2022. NĂ©anmoins, la proposition du Gouvernement de laisser la possibilitĂ© d’effectuer cette annĂ©e en Ă©tablissement de santĂ© ne permet pas de rĂ©pondre aux grands dĂ©fis auxquels notre système de santĂ© fait face. Depuis une vingtaine d’annĂ©es, la France tente de se dĂ©tacher de l'approche hospitalo-centrĂ©e de son système de santĂ© pour se concentrer davantage sur les soins primaires. Ce changement d’organisation s’explique par le vieillissement de la population et l’explosion du nombre de pathologies chroniques et Ă  une aspiration des Français : 85 % d’entre eux souhaitent vieillir et ĂŞtre pris en charge Ă  domicile. 

La formation des mĂ©decins, pas uniquement les gĂ©nĂ©ralistes, Ă  la pratique ambulatoire doit devenir prioritaire et faire partie intĂ©grante des cursus et des stages. En effet, l'ambulatoire repose en grande partie sur la mĂ©decine de ville et l'ensemble des professionnels de santĂ© libĂ©raux ou salariĂ©s qui exercent hors de l'hĂ´pital, en hĂ©bergements mĂ©dico-sociaux ou au sein de structures de soins Ă  domicile. 

La formation des médecins, pas uniquement les généralistes, à la pratique ambulatoire doit devenir prioritaire.

Le mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste reprĂ©sente un maillon essentiel de l'organisation de l'offre ambulatoire au sens oĂą il oriente les patients selon leurs besoins, auprès du professionnel, mĂ©decin spĂ©cialiste ou paramĂ©dical, le plus adĂ©quat en mobilisant les ressources du territoire. NĂ©anmoins, cet exercice est rendu complexe dans un contexte de dĂ©serts mĂ©dicaux, oĂą mĂ©decins spĂ©cialistes et masseurs-kinĂ©sithĂ©rapeutes sont Ă©galement en situation de pĂ©nurie. 

Les futurs mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes s'opposent ainsi Ă  une formation dĂ©gradĂ©e au sein de ces territoires oĂą professionnels de santĂ© et maĂ®tres de stages amenĂ©s Ă  les encadrer ne seront pas assez nombreux. Dans un contexte oĂą le nombre de mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes est en baisse dans toute la France, cette mesure ne contribue pas Ă  l'attractivitĂ© de la discipline, classĂ©e en 41ème position sur 44 spĂ©cialitĂ©s, dans le choix des Épreuves Classantes Nationales (ECN) en 2021. 

Pour une approche globale de l’attractivité des territoires

Afin de lutter contre les dĂ©serts mĂ©dicaux, il est nĂ©cessaire d'adopter une approche plus globale des enjeux pour inciter les futurs mĂ©decins Ă  s'installer dans ces territoires. Ce dĂ©fi est complexe et la rĂ©ponse doit ĂŞtre multidimensionnelle et concerner plus globalement l'amĂ©nagement du territoire : politique du logement, des transports, infrastructures numĂ©riques, nouvelles modalitĂ©s d’exercice de la mĂ©decine etc. 

L'exercice coordonnĂ© et le travail en Ă©quipe constitue un premier levier auquel la jeune gĂ©nĂ©ration aspire : en 2022, sept mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes sur dix exercent en groupe dont 87 % des moins de 50 ans contre 53 % pour les 60 ans ou plus.

Il est nécessaire d'adopter une approche plus globale des enjeux pour inciter les futurs médecins à s'installer dans ces territoires.

NĂ©anmoins, cet exercice regroupĂ© est moins prĂ©sent dans les zones sous-denses. L'exercice pluriprofessionnel reprĂ©sente Ă©galement une modalitĂ© d'organisation source d'attractivitĂ© pour les jeunes gĂ©nĂ©rations : les maisons de santĂ© pluriprofessionnelles, au nombre de 1900 en 2021 qui regroupent des professions de santĂ© diverses et visent Ă  faciliter la coordination des acteurs et l’éducation Ă  la santĂ© du patient sont des structures dont le dĂ©ploiement est Ă  pĂ©renniser. 

Pour finir, d'autres mesures doivent ĂŞtre pĂ©rennisĂ©es pour rendre l'exercice mĂ©dical attractif : Ă  ce titre, le partage de compĂ©tences entre professionnels comme le propose l’article 20, qui Ă©tend les vaccinations aux pharmaciens et sages-femmes vont dans le bon sens en contribuant Ă  soulager les mĂ©decins et en leur redonnant du temps mĂ©dical. L’article 24 ter (supprimĂ© par le SĂ©nat) prĂ©voyait d’expĂ©rimenter un accès direct pour la population aux infirmiers en pratique avancĂ©e (IPA) : avec un objectif de 5000 IPA d’ici 2024 affichĂ© lors du SĂ©gur, ces infirmiers sont amenĂ©s Ă  assurer le suivi de patients atteints de pathologies chroniques.

Pour libĂ©rer du temps aux mĂ©decins, des incitations Ă  investir dans le numĂ©rique (forfait structure), Ă  utiliser des solutions de gestion des tâches administratives et la tĂ©lĂ©santĂ©, doivent par ailleurs ĂŞtre envisagĂ©es. 

La tĂ©lĂ©mĂ©decine : une innovation majeure qui fait encore dĂ©bat

Constats 

La tĂ©lĂ©mĂ©decine et son essor liĂ© Ă  la crise du Covid-19 ont Ă©tĂ© bĂ©nĂ©fiques Ă  l'ensemble de la population et des professionnels de santĂ©. En effet, en 2021, presque 75 % des utilisateurs de la tĂ©lĂ©consultation s'en dĂ©clarent très satisfaits et pour 2 utilisateurs sur 3 la tĂ©lĂ©consultation est une alternative pratique Ă  une consultation en prĂ©sentiel (et non une solution de remplacement). Du cĂ´tĂ© des professionnels de santĂ©, les trois quarts des mĂ©decins gĂ©nĂ©ralistes ont mis en place la tĂ©lĂ©consultation depuis le dĂ©but de l’épidĂ©mie de Covid-19, alors que moins de 5 % la pratiquaient auparavant.

La tĂ©lĂ©consultation prĂ©sente plusieurs atouts, valables Ă©galement hors du contexte de la pandĂ©mie. En Ă©vitant les dĂ©placements et les coĂ»ts liĂ©s Ă  ces derniers, elle constitue un moyen considĂ©rable pour amĂ©liorer l'accès aux soins, en particulier dans les zones sous-denses oĂą les dĂ©lais de prise de rendez-vous sont supĂ©rieurs Ă  la moyenne. Elles peuvent Ă©galement permettre d'orienter le patient vers des soins spĂ©cialisĂ©s. Par ailleurs, pour les consultations de suivi, de lecture d’analyses de biologie, de renouvellement de traitement, etc. ne nĂ©cessitant dans la plupart des cas aucun examen mĂ©dical de la part du professionnel, la tĂ©lĂ©consultation demeure un outil avantageux et pratique. 

La tĂ©lĂ©mĂ©decine et son essor liĂ© Ă  la crise du Covid-19 ont Ă©tĂ© bĂ©nĂ©fiques Ă  l'ensemble de la population et des professionnels de santĂ©. 

Mesures présentes dans le PLFSS

Pourtant, le PLFSS 2023 porte des mesures en faveur d'une rĂ©gulation forte de la tĂ©lĂ©mĂ©decine et particulièrement des tĂ©lĂ©consultations. Ă€ ce titre, l'article 28 prĂ©voit une plus grande rĂ©gulation des sociĂ©tĂ©s de tĂ©lĂ©consultation : ces sociĂ©tĂ©s devront ainsi obtenir un agrĂ©ment afin de pouvoir facturer Ă  l'Assurance maladie les actes de tĂ©lĂ©consultation rĂ©alisĂ©s par les mĂ©decins qu’elles emploient. Cet agrĂ©ment sera soumis Ă  plusieurs exigences juridiques, dĂ©ontologiques et de respect des normes de sĂ©curitĂ© et d’interopĂ©rabilitĂ© des solutions numĂ©riques utilisĂ©es. De plus, un amendement additionnel Ă  l'article 28 votĂ© par le SĂ©nat propose d’établir un système d'alternance entre les tĂ©lĂ©consultations et les consultations "classiques" en plafonnant le nombre de tĂ©lĂ©consultations entre deux consultations en prĂ©sentiel en fonction des diffĂ©rentes spĂ©cialitĂ©s mĂ©dicales. NĂ©anmoins, un mĂ©decin connaissant le patient (son mĂ©decin traitant ou un professionnel l'ayant vu rĂ©cemment) pourra justifier d’un nombre plus Ă©levĂ© de tĂ©lĂ©consultations entre deux consultations. Ă€ noter que 80 % des tĂ©lĂ©consultations sont aujourd’hui rĂ©alisĂ©es avec un patient dĂ©jĂ  connu du professionnel de santĂ©.

Des mesures restreignant l'usage de la tĂ©lĂ©consultation sont Ă©galement portĂ©es par ce PLFSS telles que l'amendement après l'article 28 qui propose que les actes de tĂ©lĂ©consultation ne puissent ĂŞtre rĂ©alisĂ©es qu'avec l'accompagnement d'un professionnel de santĂ© et dans des lieux prĂ©dĂ©finis (maisons de santĂ© pluridisciplinaires, pharmacies d'officines etc.) et non plus au domicile du patient. Enfin, l'article 43 entend limiter le nombre d'arrĂŞts de travail prescrits dans le cadre d’une tĂ©lĂ©consultation : seuls les arrĂŞts de travail dĂ©livrĂ©s par le mĂ©decin traitant du patient ou par un mĂ©decin que le patient a dĂ©jĂ  consultĂ© l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente pourront ĂŞtre indemnisĂ©s par l'Assurance maladie. 

Analyses 

La fin de la tĂ©lĂ©consultation Ă  domicile ? 

Les différents amendements visant la télémédecine témoignent d'une réticence de certains élus à l’égard de cette nouvelle pratique de santé.

Les différents amendements visant la télémédecine témoignent d'une réticence de certains élus à l'égard de cette nouvelle pratique de santé.

En soumettant la téléconsultation à la présence d’un soignant auprès du patient, l'amendement AS 902 après l'article 28 souhaitait mettre fin à la téléconsultation à domicile. Pourtant, l'intérêt de la téléconsultation repose justement sur la praticité qu’offre la possibilité de rester chez soi : éviter les transports pour les personnes en situation de mobilité réduite ou en perte d’autonomie, éviter les éventuels frais associés pour le patient et la collectivité, éviter de se rendre à l’hôpital pour les personnes fragiles lors d’un pic épidémique, etc.

Dans un contexte de dĂ©serts mĂ©dicaux et de surcharge de travail pour les soignants, que ce soit en ville ou Ă  l’hĂ´pital, on peut lĂ©gitimement se demander comment concrètement la mesure aurait pu ĂŞtre mise en place et comprise par les acteurs, patients comme professionnels de santĂ©. 

Par ailleurs, le SĂ©nat a adoptĂ© l'article 17 en faveur des visites de prĂ©vention Ă  diffĂ©rents âges de la vie mais a proscrit le recours Ă  la tĂ©lĂ©consultation pour les rĂ©aliser. Ă€ voir si cette mesure sera retenue lors des futurs dĂ©bats Ă  l’AssemblĂ©e nationale. 

Un durcissement de la délivrance d’arrêts de travail par téléconsultation

Bien que la lutte contre la fraude et les abus représente un enjeu primordial pour l'Assurance maladie, limiter la prescription des arrêts de travail délivrés lors des téléconsultations semble soulever de multiples risques. Tout d’abord, cette mesure vise à éloigner la possibilité de recevoir un arrêt de travail des personnes qui multiplient les téléconsultations jusqu'à obtention dudit arrêt, mais ne distingue pas les patients qui n'ont pas d’autre choix que de recourir à la téléconsultation pour obtenir un arrêt qui leur serait accordé de la même manière lors d’une consultation en présentiel. En effet, un patient n'ayant pas de médecin à proximité de son domicile ou ne trouvant pas de visite disponible en urgence n'a pas d’autre choix que de recourir à la télémédecine. En outre, la présence d’un médecin près du domicile n’est pas synonyme de sa disponibilité ; en 2018, la durée moyenne entre la prise de contact avec le médecin généraliste et le rendez-vous en présentiel était de 6 jours, alors que le délai d'envoi de l’arrêt à l’employeur et à la CNAM est de 48h

De plus, dans un contexte sanitaire où un nombre croissant de patients vivent dans une zone sous-dotée en médecins généralistes, soumettre la délivrance des arrêts de travail à un nombre limité de médecins semble discriminatoire. Une alternative à cette proposition serait de renforcer et préciser les règles encadrant les médecins pratiquant la téléconsultation et accordant plus d'arrêts que la moyenne.

Plus globalement, cette restriction de la pratique de la télémédecine s’est faite sans aucune consultation de la société civile experte sur les questions de santé et des usagers eux-mêmes. La situation actuelle des urgences, des déserts médicaux et des délais d’attente qui explosent pour consulter un généraliste et un spécialiste plaident pour un meilleur accès aux pratiques de santé à distance, avec l'impératif de former et d’équiper patients comme professionnels de santé.
 

 

Co-écrit avec Milena Sudolowicz, assistante chargée d’études

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