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Salon International de l'Agriculture 2023 : un secteur agricole en mal d'attractivité 

Salon International de l'Agriculture 2023 : un secteur agricole en mal d'attractivité 
 Hugues Bernard
Auteur
Ancien chargé de projets - Climat et environnement
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notre sĂ©rie 
L'agriculture et ses défis

Le Salon International de l’Agriculture 2023 se termine ce dimanche 5 mars. Depuis son ouverture le 25 fĂ©vrier dernier, Emmanuel Macron et le gouvernement ont fait plusieurs annonces pour le secteur agricole. Face Ă  l’inflation alimentaire, un appel a Ă©tĂ© lancĂ© aux distributeurs pour "faire un effort sur leurs marges" et soutenir les filières françaises. Face aux Ă©pisodes de sĂ©cheresse croissants, le PrĂ©sident a annoncĂ© la prĂ©sentation d’un "plan de sobriĂ©tĂ© sur l'eau" pour mieux utiliser cette ressource. Enfin, pour soutenir l’achat de matĂ©riels agricoles innovants et plus performants, une enveloppe de 400 millions d’euros a Ă©tĂ© créée. 

Dans ce troisième billet de notre sĂ©rie sur les dĂ©fis agricoles, nous Ă©tudions l’enjeu du dĂ©ficit d’attractivitĂ© de la filière. En effet, le renouvellement de la population agricole, vieillissante et dĂ©croissante, n’est pas assurĂ©. En cause, la rĂ©munĂ©ration des agriculteurs, la pĂ©nibilitĂ© du travail et les lourdeurs administratives. Dans le rapport que l'Institut Montaigne publiait en 2021, "En campagne pour l'agriculture de demain", nous insistions sur plusieurs leviers d’amĂ©liorations pour redonner de l’attractivitĂ© au secteur agricole et assurer la transmission des terres. Ils sont toujours d’actualitĂ© aujourd’hui. 

En France, la population agricole diminue et vieillit, alors que le spectre du non-renouvellement des actifs se dessine.

Aujourd'hui, la population agricole décroît et le secteur fait face à un manque de travailleurs. Selon le dernier recensement agricole (2020), la population active dans les exploitations agricoles est passée de 773 588 actifs en équivalent temps plein en 2010 à 700 735 en 2020, soit une diminution de près de 10 % en dix ans. Ce déclin reflète une tendance de plus long terme : la part des agriculteurs dans la population en emploi est passée de 7 % à 1,5 %, en quarante ans. Si leur nombre a considérablement diminué, l’amélioration des techniques et des pratiques agricoles a permis d’améliorer la productivité des exploitations agricoles. Seulement aujourd'hui, la productivité stagne.

Il y aurait au total près de 70 000 emplois non pourvus dans le secteur agricole (2019) dont 10 000 en CDI.

Le secteur agricole fait face Ă  une pĂ©nurie de travailleurs, fragilisant le potentiel productif de la France et menaçant sa sĂ©curitĂ© alimentaire. Il y aurait au total près de 70 000 emplois non pourvus dans le secteur agricole (2019) dont 10 000 en CDI. Cette pĂ©nurie conduit des exploitants Ă  recourir Ă  des travailleurs europĂ©ens (Portugal, Pologne) et extra-europĂ©ens (Maghreb, Europe de l’Est) pour des postes de saisonniers. 

Ă€ plus long terme, le vieillissement de la population agricole et la vague de dĂ©parts en retraite font craindre un non-renouvellement des actifs agricoles, lequel pose un risque fort sur notre souverainetĂ© alimentaire. En moyenne, un agriculteur français est âgĂ© de 52 ans : un quart ont plus de 65 ans et un sur deux plus de 50 ans (chiffres de l'INSEE). Ă€ l'inverse seul 1 % des agriculteurs ont moins de 25 ans, contre 8 % pour l'ensemble des personnes en emploi. En outre, la France agricole est confrontĂ©e Ă  un dĂ©sĂ©quilibre entre les dĂ©parts et les nouvelles installations : un agriculteur sur trois quitte le mĂ©tier sans remplaçant. Cette tendance conduit raisonnablement Ă  anticiper une rĂ©duction de la population agricole, mais son ampleur Ă  horizon 2030 demeure encore incertaine. De facto, ce renouvellement insuffisant des gĂ©nĂ©rations fragilise notre souverainetĂ© alimentaire : en diminuant, la population agricole risque de se retirer de certaines filières de production et de faire diminuer la production agricole française. 

Trois principaux freins expliquent le manque d'attractivitĂ© de la filière : le revenu, les conditions de travail et l'accès au foncier. 

Le monde agricole se caractĂ©rise par un revenu faible et disparate. L'INSEE montre que si le revenu mĂ©dian des mĂ©nages agricoles est comparable au reste de la population active, les disparitĂ©s au sein de ces mĂ©nages sont plus fortes et ces derniers sont plus souvent touchĂ©s par la pauvretĂ© monĂ©taire. En effet, les Ă©carts de revenu sont forts entre filières. On retiendra un Ă©cart de 1 Ă  4 entre une exploitation de bovins viande (16 K€/an) et une exploitation viticole (61 K€/an). La guerre en Ukraine aura mĂŞme eu un effet rĂ©munĂ©rateur positif dans certaines filières comme celle du blĂ©, oĂą les cĂ©rĂ©aliers français ont pu tirer parti de prix Ă  la vente largement valorisĂ©s. Toutefois, peu de filières atteignent des niveaux de rentabilitĂ© acceptables. Ce faible revenu pĂ©nalise aussi le niveau de vie des retraitĂ©s agricoles, soit 1,3 million de personnes. Ce sont ceux qui bĂ©nĂ©ficient des pensions les plus faibles, 1 150 € brut par mois, soit 350 € de moins que la moyenne des retraitĂ©s. 

Cette faiblesse du revenu agricole moyen contraste avec la pénibilité des conditions de travail. Il existe un décalage entre le travail et sa rémunération dans le secteur agricole. Un agriculteur travaille en moyenne 55 heures par semaine, soit 50 % de plus que les personnes en emploi. C’est un travail astreignant qui oblige souvent à travailler les jours de repos (près de 90 % des agriculteurs travaillent le samedi et 70 % le dimanche) ou la nuit (15 %).

Cette faiblesse du revenu agricole moyen contraste avec la pĂ©nibilitĂ© des conditions de travail. 

Ainsi, deux tiers des agriculteurs ne partent pas plus de trois jours consĂ©cutifs par an en congĂ©s. Le secteur agricole est confrontĂ© Ă  des situations sociales inquiĂ©tantes : 15 Ă  25 % des agriculteurs vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvretĂ© selon les rĂ©gions (contre 14,5 % en moyenne dans la population française) et le taux de suicide est 20 % plus Ă©levĂ© que dans le reste de la population. 

Enfin, l'accès au foncier freine les installations de la profession agricole et, plus largement, de la vie rurale. AccĂ©der au foncier et au capital indispensables pour exploiter (bâtiments, machines, cheptel…) est coĂ»teux et contraignant. Cet obstacle est d'autant plus important que la taille des exploitations agricoles augmente, entraĂ®nant de fait un coĂ»t de reprise croissant. Le dernier recensement agricole (2020) fait Ă©tat d'une taille moyenne de 65 hectares par exploitation en 2020 contre 53 hectares en 2010. Ce coĂ»t est encore plus important dans les filières les plus intensives en capital (comme l’élevage bovin) et pour les installations hors cadre (qui ne peuvent pas compter sur un patrimoine agricole familial). Le difficile accès au foncier et les coĂ»ts fiscaux sur les successions d’exploitations pĂ©nalisent les transmissions intra-familiales et la reprise par des petits ou moyens exploitants. Ce phĂ©nomène tend Ă  entraĂ®ner une "industrialisation de l’agriculture" oĂą quelques grandes firmes agro-alimentaires concentrent une majoritĂ© des terres agricoles. 

La loi d'orientation et d'avenir agricoles s'est fixĂ© l'objectif de rĂ©pondre aux dĂ©fis de renouvellement des actifs agricoles. 

Face au dĂ©fi de renouvellement des actifs agricoles, la loi d'orientation et d'avenir agricoles (qui devrait ĂŞtre prĂ©sentĂ©e Ă  l'Ă©tĂ© 2023) visera avant tout Ă  redonner de l’attractivitĂ© au secteur agricole. Pour amĂ©liorer le revenu des retraitĂ©s agricoles, la loi est venue modifier en fĂ©vrier 2023 le calcul des pensions, le fixant dĂ©sormais sur les 25 meilleures annĂ©es plutĂ´t que sur l'intĂ©gralitĂ© d’une carrière. Selon une Ă©tude de l'IGAS, cette rĂ©forme permettrait de revaloriser de 47,70 € par mois en moyenne la retraite des pensionnĂ©s. Dans le mĂŞme temps, l'amĂ©lioration des conditions de travail des agriculteurs est un axe de travail majeur pour permettre un meilleur Ă©quilibre entre vies professionnelle et privĂ©e. 

La promotion et expansion de dispositifs innovants comme celui du service de remplacement doit ĂŞtre explorĂ©e. 

La promotion et expansion de dispositifs innovants comme celui du service de remplacement doit être explorée. Cette initiative permet à des agriculteurs d’être remplacés (pour des congés, un week-end, ou en cas de maladie) en laissant leur exploitation à un agent de remplacement. Ce même dispositif fait tout de même face à plusieurs barrières.

Son prix reste extrĂŞmement coĂ»teux (il faut compter environ 150 euros par jour) et n'est remboursĂ© que dans certains cas comme le congĂ© maternitĂ© et très partiellement, sous forme de crĂ©dit d'impĂ´t, pour partir en vacances. Ensuite, l'offre de remplacement est restreinte : il est difficile de trouver des agents de remplacement aux compĂ©tences suffisantes pour reprendre une exploitation dans son entièretĂ©, mĂŞme le temps d'un week-end. Ă€ cela s’ajoute Ă©galement un enjeu de confiance entre l'agriculteur et son remplaçant. 

À plus long terme, la formation agricole devra s’adapter aux métiers et pratiques de demain. Tel que l'Institut Montaigne l’exprimait dans son rapport "En campagne pour l’agriculture de demain" (2021), un premier chantier serait de rationaliser le nombre de diplômes accessibles par le biais de l'enseignement agricole (163 diplômes actuellement) en organisant davantage les formations autour de troncs communs. Ce travail devrait permettre de renforcer la lisibilité des cursus et les passerelles entre les formations pour les jeunes. Mais il convient également de travailler sur le contenu des formations pour les adapter aux nouvelles pratiques agricoles qui demandent d’acquérir de nouvelles compétences techniques - comme l’agronomie - et de gestion - comme la comptabilité ou le droit. Ce changement de paradigme invite également à miser sur les formations - initiale et continue - aux métiers de demain (agriculture connectée, méthanisation, carbone agricole) et mettre la priorité sur les professions en tension dans le secteur agricole et leurs fournisseurs de services (comme les vétérinaires ruraux) en ouvrant davantage de formations. Pour accompagner ces changements, il faudra promouvoir la formation continue des enseignants dans les lycées agricoles, en accueillant des professeurs dans des exploitations agricoles avec des orientations techniques et des modes de production plus diversifiés et modernes.

 

 

Copyright image : Philippe LOPEZ / AFP

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