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RĂ©forme de l’assurance-chĂ´mage, une hydre Ă  trois tĂŞtes ?

Réforme de l’assurance-chômage, une hydre à trois têtes ?
 LeĂŻla Ferrali
Auteur
Chargée d'études - Education, Emploi

Après la publication des ordonnances, le gouvernement a entamĂ© la nouvelle phase de concertation avec les partenaires sociaux. Ă€ l’ordre du jour : rĂ©formes  de l’apprentissage, de la formation professionnelle et de l’assurance-chĂ´mage. Cette dernière fait l’objet de nombreux dĂ©bats. Et pour cause : la situation financière de ce rĂ©gime ne cesse de se dĂ©grader. Les discussions avec l’exĂ©cutif seront d’autant plus dĂ©licates que ce sont les partenaires sociaux eux-mĂŞmes qui pilotent l’UnĂ©dic et doivent en assurer la bonne gestion. Quelles sont les diffĂ©rentes pistes d’action pour le futur de l’assurance-chĂ´mage ? DĂ©cryptage.

Universaliser le droit à l’assurance-chômage

Le prĂ©sident de la RĂ©publique avait annoncĂ© lors de sa campagne son souhait de rĂ©former le système d’assurance-chĂ´mage afin d’insuffler davantage d’équitĂ© et de fluiditĂ© sur le marchĂ© du travail. Cette transformation doit permettre d’adapter le rĂ©gime aux nouvelles mutations du travail. Le gouvernement souhaite ainsi aller vers une universalisation de l’assurance-chĂ´mage, et Ă©tendre les droits aux salariĂ©s dĂ©missionnaires de mĂŞme qu’aux travailleurs indĂ©pendants. 

Selon les estimations, l’extension Ă  ces deux catĂ©gories d’actifs s’avère coĂ»teuse. Elle soulève de nombreux enjeux qui devront faire partie intĂ©grante des concertations. En premier lieu, les Ă©changes porteront sur la soutenabilitĂ© financière du système d’assurance-chĂ´mage et amèneront Ă  un dĂ©bat plus large sur sa gouvernance. Viendront ensuite les discussions sur les modalitĂ©s pratiques de l’élargissement du rĂ©gime aux salariĂ©s dĂ©missionnaires et aux travailleurs indĂ©pendants. 

Bien que le nombre de travailleurs indĂ©pendants ait Ă©tĂ© divisĂ© par deux depuis les annĂ©es 1970, sous l’effet de la disparition des petites exploitations agricoles et du dĂ©veloppement de la grande distribution, ils reprĂ©sentaient en 2014 10,6% de la population active. PortĂ©e par la nouvelle gĂ©nĂ©ration d’auto-entrepreneurs et l’essor de l’économie de plateforme, cette catĂ©gorie d’actifs incarne des rĂ©alitĂ©s nouvelles dans le travail : pĂ©nibilitĂ©, fluctuation de l’activitĂ©, dĂ©pendance Ă  la viabilitĂ© des plateformes, etc. Le gouvernement souhaite tenir compte de ces transformations au sein du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral d’assurance-chĂ´mage. 

Quel coĂ»t ? Quel chiffrage ? 

La question du coĂ»t d’une telle rĂ©forme est au centre de l’attention, puisque les estimations rĂ©alisĂ©es jusqu’à ce jour, bien qu’elles gagnent Ă  ĂŞtre prĂ©cisĂ©es, se situeraient bien au-delĂ  du milliard d’euros annoncĂ© par le candidat Emmanuel Macron. Le travail de chiffrage des programmes des candidats Ă  la prĂ©sidentielle de 2017, rĂ©alisĂ© par l’Institut Montaigne, avait estimĂ© le coĂ»t d’une telle rĂ©forme Ă  2,7 milliards d’euros. Des estimations internes du Ministère du Travail ont mĂŞme rĂ©cemment avancĂ© un montant situĂ© entre 8 et 14 milliards d’euros. 

De nombreux scenarii sont envisageables, selon les paramètres introduits au sein des diffĂ©rents modèles d’estimation : instauration d’un dĂ©lai de carence, conditions d’indemnisation moins gĂ©nĂ©reuses en cas de dĂ©mission, etc. Les risques d’alĂ©a moral, ou d’effet d’aubaine, que pourraient induire l’ouverture des droits aux dĂ©missionnaires, restent très difficiles Ă  Ă©valuer, selon de nombreux Ă©conomistes. 

Le gouvernement, au regard du coĂ»t important d’une telle rĂ©forme, entend notamment renforcer les procĂ©dures de contrĂ´le de recherche d’emploi. Il oppose ainsi aux critiques un nombre croissant de dĂ©missions dĂ©guisĂ©es sous la forme des ruptures conventionnelles, qui grossissent le nombre de bĂ©nĂ©ficiaires des allocations chĂ´mage. Ces ruptures conventionnelles avoisinaient les 390 000 en 2016, contre 320 000 en 2012, selon les donnĂ©es statistiques de la DARES. 

Quel impact pour la gestion du régime ?

Aujourd’hui, le régime d’assurance-chômage est géré de façon paritaire. Cela signifie que la gouvernance de l’association qui pilote ce régime, l’Unedic, est assurée par les partenaires sociaux, organisations syndicales d’une part et patronales d’autre part. En théorie, l’État n’a donc pas la main sur le pilotage du régime : il laisse syndicats et patronat s’organiser pour définir les paramètres du régime et garantir sa viabilité financière. Les partenaires sociaux établissent ces règles pour au moins deux années dans le cadre de la convention d’assurance-chômage. La dernière a été adoptée le 1er octobre 2017

Or, cette convention est agréée par le gouvernement, ouvrant ainsi la voie à une certaine ingérence de l’exécutif dans la gestion du régime. Ainsi, les négociations portant sur l’assurance-chômage sont souvent encadrées par l’État, qui fait face à la tentation d’influencer les décisions en fonction de l’agenda électoral. Aussi évoque-t-on un “tripartisme de fait” pour caractériser cette triangulation entre pouvoirs publics et partenaires sociaux.

L’étatisation de l’assurance-chômage, telle que portée par Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle, devrait donc permettre de sortir de ce paritarisme de façade pour acter la gestion du régime par l’État. Mais elle acterait surtout pour les partenaires sociaux la dépossession de cette mission qui leur est confiée depuis la convention collective nationale interprofessionnelle conclue le 31 décembre 1958. Il s’agit donc d’une remise en question d’un pilier essentiel du paritarisme de gestion.

Une transformation radicale est indispensable

La transformation très ambitieuse que porte l’exécutif vise à donner tous les leviers aux pouvoirs publics pour piloter efficacement les politiques de l’emploi. Deux éléments de contexte contribuent à en justifier la pertinence : d’une part, la persistance d’un chômage structurel - dont le taux n’est pas encore descendu en-dessous de 7 % depuis 30 ans - incite le gouvernement à engager des mesures radicales ; d’autre part, l’endettement de l’Unedic rend inévitable une réforme en profondeur de la gouvernance du régime.

L’UnĂ©dic, de dĂ©ficit en dĂ©ficit 

L’Unédic connaît en effet des déficits répétés depuis dix ans. Sa dette cumulée se détériore d’année en année. Malgré l’impact positif attendu à la suite de l’entrée en vigueur de la dernière convention, et des conditions macroéconomiques favorables au retour d’une croissance durable, la dette de l’Unédic qui s’élevait en 2008 à 5 milliards d’euros, devrait se situer selon les projections de l’Unédic à 39,1 milliards d’euros en 2020
 
Or, comme prĂ©cĂ©demment Ă©noncĂ©, la rĂ©forme envisagĂ©e par le gouvernement a un coĂ»t non nĂ©gligeable. Bien que de nouvelles estimations prĂ©ciseront prochainement le chiffrage, il est Ă©vident qu’une refonte du système ne devrait pas davantage pĂ©naliser le bilan financier de l’organisme. 

Quelle place les partenaires sociaux peuvent-ils donc occuper dans ce nouveau dispositif ? C’est tout l’objet des concertations qui ont commencĂ© depuis dix jours. 

Dans le rapport Dernière chance pour le paritarisme de gestion, que l’Institut Montaigne a rendu public en mars 2017, nous appelons à une transformation en profondeur de la gouvernance de l’assurance-chômage afin de clarifier les responsabilités des différentes parties prenantes. Mais nous jugeons également indispensable que les partenaires sociaux continuent de participer au pilotage du régime, par exemple dans le cadre d’une commission élaborant les lignes directrices des conventions d’assurance-chômage.

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