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Assurance-chĂ´mage : on change les règles ?

Assurance-chômage : on change les règles ?
 Marc-Antoine Authier
Auteur
Ancien chargé d'études - Energie, Développement durable à l'Institut Montaigne

 

Qui a droit aux allocations-chĂ´mage ? Pour quel montant et pour combien de temps ? Aujourd'hui, les règles de l'assurance-chĂ´mage sont Ă©tablies par les partenaires sociaux - organisations syndicales d'une part, patronales de l'autre - et validĂ©es par le gouvernement. Une nouvelle convention a Ă©tĂ© signĂ©e par la Ministre du Travail sur la base de l'accord conclu par les partenaires sociaux fin mars, qui modifie les règles de cotisation et d'indemnisation. Elle entrera en vigueur le 1er octobre 2017 pour les employeurs et le 1er novembre pour les demandeurs d'emploi.

Combien de temps ces règles seront-elles valables ? Emmanuel Macron, nouvellement Ă©lu Ă  la tĂŞte de l'État, a en effet promis de nationaliser l'assurance-chĂ´mage, dĂ©possĂ©dant de fait les partenaires sociaux de la gestion du rĂ©gime. Ces derniers ont fait preuve de rĂ©activitĂ© face au changement promis. Mais pour quels effets ?

Une convention symbolique ?

Est-ce la dernière fois qu’un gouvernement agrĂ©e une convention d’assurance-chĂ´mage ? L’agrĂ©ment signĂ© par le ministère le 4 mai dernier entĂ©rine l’accord conclu entre les partenaires sociaux fin mars, près de neuf mois après l’échec de premières nĂ©gociations en juin 2016. Pourtant, Ă  quelques jours de l’investiture d’Emmanuel Macron, les nĂ©gociations sur les conditions d’attribution de l’assurance-chĂ´mage doivent se concevoir dans le cadre d’une nouvelle donne politique. En effet, le futur locataire de l’ÉlysĂ©e a fait de la nationalisation du rĂ©gime l’une des mesures fortes de son programme. La mise en Ĺ“uvre de cette rĂ©forme mettrait donc un terme Ă  la nĂ©gociation des règles par les reprĂ©sentants du patronat et des syndicats.

Aujourd’hui, l’Unédic est l’organisme chargé de gérer ce régime. Il relève du privé par son statut d’association loi 1901 et appartient au champ du paritarisme de gestion en ceci que syndicats et patronat pilotent conjointement l’assurance-chômage. Avec plus de 35 milliards d’euros de budget, son rôle est prépondérant dans la mise en oeuvre des politiques en faveur de l’emploi, tant pour les actifs sur le marché de l’emploi que la compétitivité des entreprises. Dans le cas de sa nationalisation, les partenaires sociaux seraient dépossédés de cette responsabilité.

Quelles règles demain pour l’assurance-chĂ´mage ?

Le gouvernement prend déjà part à l’élaboration de ces règles, officiellement en agréant la convention, officieusement en influençant les décisions prises par les partenaires sociaux. Dans les faits, la gouvernance du régime est tripartite, entre patronat, syndicats et gouvernement. Mais cette situation est amenée à évoluer dès application de la mesure promise par le vainqueur de l’élection présidentielle.

La mesure dĂ©fendue par le candidat d’En Marche ! doit modifier la gouvernance et non les règles du rĂ©gime, qu’il a prĂ©vu de conserver mĂŞme en nationalisant le rĂ©gime. Mais le calendrier de la rĂ©forme doit encore ĂŞtre prĂ©cisĂ©.

Au-delà de la nationalisation, rétablir l’équilibre du régime

Dans son rapport Dernière chance pour le paritarisme de gestion, l’Institut Montaigne présente un diagnostic de l’état du paritarisme de gestion dans son ensemble et du régime d’assurance-chômage en particulier. Nous avons ainsi identifié les conditions indispensables à la pérennité du système. À cette aune, trois points de la nouvelle convention retiennent notre attention.

  • Des pistes sont avancĂ©es pour rĂ©tablir l’équilibre financier du rĂ©gime. L’accord prĂ©voit en effet 1,2 milliard d’économies et recettes supplĂ©mentaires. Ce montant demeure largement insuffisant face au dĂ©ficit de 3,8 milliards d’euros prĂ©vu pour 2017. Nous proposons d’instaurer une “règle d’or” de prĂ©sentation de comptes Ă  l’équilibre ou, Ă  tout le moins, d’un plan de restauration de l’équilibre financier pour tout organisme gĂ©rĂ© de façon paritaire.
  • Les partenaires sociaux n’utiliseront plus la garantie de l'État sur le financement de la dette de l'assurance-chĂ´mage. C’est la puissance publique qui garantit dans les faits les emprunts contractĂ©s par l’UnĂ©dic - qui est une association de droit privĂ© - sur les marchĂ©s pour financer son dĂ©ficit cumulĂ©. Cependant, il est difficile d’envisager les consĂ©quences concrètes de cette rĂ©solution sans que ne soit prĂ©alablement rĂ©tabli l’équilibre financier. Nous intĂ©grons dans la proposition sur l’adoption d’une règle d’or la prĂ©sentation d’un plan prĂ©cis de dĂ©penses et de recettes qui permette d’atteindre un Ă©quilibre financier… et donc de ne plus utiliser la garantie de l’État. Cet engagement des partenaires sociaux sera toutefois caduque si le rĂ©gime est effectivement nationalisĂ©.
  • RedĂ©finir le pĂ©rimètre de l’assurance-chĂ´mage en clarifiant ce qui relève de l’État et ce qui relève de la gestion paritaire. Les partenaires sociaux demandent ainsi Ă  la puissance publique de prendre ses responsabilitĂ©s dans le financement des charges de solidaritĂ© pesant sur le rĂ©gime. La clarification des logiques assurantielle d’une part et assistantielle d’autre part constitue effectivement une des conditions nĂ©cessaires Ă  la survie du paritarisme de gestion. Ce qui relève des actions de solidaritĂ© incombe Ă  la puissance publique et ce qui relève des actions de prestations dĂ©livrĂ©es aux actifs aux partenaires sociaux. C’est pourquoi nous proposons de revoir en profondeur les modalitĂ©s de gouvernance de l’UnĂ©dic en clarifiant les rĂ´les et compĂ©tences respectifs de l’État et des partenaires sociaux. En effet, si le tripartisme de fait n’incite pas les partenaires sociaux Ă  prendre les dĂ©cisions courageuses que la situation du rĂ©gime impose, nous croyons qu’il est nĂ©cessaire de continuer Ă  les associer Ă  la dĂ©finition des règles de l’assurance-chĂ´mage.

La concertation qu’Emmanuel Macron a prévue d’engager prochainement avec les partenaires sociaux devra clarifier ces points. Elle devra également préciser le rôle nouveau qui leur échoit dans le cas d’une nationalisation du régime.

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