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Municipales 2020 : quelle issue Ă  Paris ?

Municipales 2020 : quelle issue Ă  Paris ?
 Baptiste Larseneur
Auteur
Expert Associé - Éducation

Quinze semaines se seront écoulées entre le premier tour des élections municipales, caractérisé par une abstention inédite, et le second tour le 28 juin prochain. Après avoir annulé l’organisation du second tour en raison des circonstances exceptionnelles liées au Covid-19, le législateur, par l’adoption de la loi du 23 mars 2020, dite loi d'urgence pour faire face à l'épidémie de Covid-19, avait fixé son organisation au plus tard en juin 2020.

Plusieurs critiques ont été formulées quant à l’incidence de l’organisation de cette élection sur les résultats du scrutin. Le Conseil constitutionnel, saisi par le Conseil d’État le 26 mai dernier d’une question prioritaire de constitutionnalité, a répondu à plusieurs d’entre elles. Après avoir rappelé que la modification du déroulement des opérations électorales était justifiée par un motif impérieux d’intérêt général, il considère que l’article 19 de la loi du 23 mars 2020 en son alinéa 1, visant au report des élections au plus tard en juin 2020, "ne méconnaît ni le droit de suffrage, ni le principe de sincérité du scrutin, ni celui d'égalité devant le suffrage". Le Conseil ajoute "qu’il appartiendra, le cas échéant, au juge de l'élection d'apprécier si le niveau de l'abstention a pu ou non altérer, dans les circonstances de l'espèce, la sincérité du scrutin".

Le dimanche 28 juin prochain se déroulera donc le second tour des élections municipales dans les 4 816 communes dans lesquelles l’une des listes ne l’a pas emporté dès le premier tour, au titre desquelles figure l’élection la plus symbolique : celle du maire de Paris.

Les enseignements du premier tour de l’élection parisienne

La gauche en tĂŞte au soir du premier tour

Lors du premier tour des élections municipales de 2014, la coalition UMP-UDI-Modem conduite par Nathalie Kosciusko-Morizet était arrivée en tête en recueillant 35,64 % des suffrages exprimés (242 282 voix), contre 34,40 % (233 808 voix) pour Anne Hidalgo à la tête d’une coalition PS-PCF-PRG et 8,86 % pour Christophe Najdovski, tête de liste du parti EELV (60 234 voix).Six ans plus tard, la liste conduite par Anne Hidalgo, malgré un score bien moins important qu’en 2014, se hisse en tête du scrutin à l’échelle de la ville au soir du premier tour. Elle n’obtient que 29,33 % des suffrages exprimés contre 34,40 % en 2014, et surtout ne recueille la confiance que de 162 219 électeurs, soit 71 589 voix de moins qu’en 2014.

 

Municipales 2020 : quelle issue Ă  Paris ? - Graphique

 

Cette situation paradoxale, qui permet à la liste conduite par Anne Hidalgo d’être la première force politique parisienne à l’issue du premier tour malgré un score plus décevant qu’en 2014, trouve deux explications principales. D’une part, la moindre participation des électeurs parisiens vraisemblablement liée au risque de propagation du Covid-19 à conduit à une diminution du nombre total de suffrages exprimés (696 587 votants en 2014 contre 553 017 en 2020 à l’échelle de la ville). D’autre part, l’émergence d’une nouvelle offre politique dans la capitale - la candidature du parti présidentiel - induit une plus grande dispersion des voix.

 

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Les résultats de ce premier tour, à l’échelle de la ville, sont encourageants pour l’actuelle maire de Paris. En se hissant en tête du scrutin, la liste conduite par Anne Hidalgo réussit là où elle avait échoué en 2014. Anne Hidalgo aura donc convaincu de la pertinence de son projet pour la ville, profité de la multiplication des candidatures (LREM et LREM dissident) et vraisemblablement bénéficié d’un effet "crise sanitaire" favorisant davantage encore le maire sortant.

Plus singulièrement, elle rĂ©siste Ă  la progression enregistrĂ©e nationalement - dans la continuitĂ© des Ă©lections europĂ©ennes - par le parti EELV. Hormis dans le XVIIIe arrondissement (17,15 % pour EELV contre 31,66 % pour le PS), la liste conduite par David Belliard (EELV) se situe toujours Ă  plus de 15 points de la liste conduite par Anne Hidalgo. Au soir du premier tour, cette situation plaçait Ă©videmment Anne Hidalgo en situation de force pour nĂ©gocier un accord d’entre-deux tours visant Ă  la fusion des deux listes.

Cependant, ces rĂ©sultats enregistrĂ©s Ă  l’échelle de la ville peuvent ĂŞtre affinĂ©s par arrondissements pour mieux comprendre la dynamique qui est Ă  l’œuvre :

  • La liste conduite par Anne Hidalgo se maintient en tĂŞte dans l’ensemble des arrondissements oĂą elle s’était imposĂ©e lors du premier tour des Ă©lections de 2014, hormis dans le Ve arrondissement. Ă€ contrario, la liste qu’elle conduit n’aura su se hisser en tĂŞte dans aucun des arrondissements dans lesquels elle Ă©tait en ballotage dĂ©favorable au soir du premier tour des Ă©lections municipales de 2014. Nous assistons ainsi Ă  une cristallisation de la vie politique parisienne avec Ă  l’est et au centre (Ă  l’exception du Ve et du IXe) des arrondissements acquis Ă  la gauche et Ă  l’ouest des arrondissements acquis Ă  la droite.
     
  • La liste conduite par Anne Hidalgo arrive en tĂŞte du scrutin dans le nouveau secteur Paris Centre, regroupant les quatre premiers arrondissements. Sa liste s’impose alors qu’à l’issue du premier tour en 2014, elle n’était en tĂŞte que dans le IIIe arrondissement.
     
  • Enfin, contrairement aux listes conduites par Rachida Dati et Agnès Buzyn, sa liste ne parvient pas Ă  se maintenir dans l’ensemble des arrondissements de Paris. Elle ne recueille que 8,05 % dans le XVIe arrondissement.

Après les candidatures successives de Jean TibĂ©ri en 1995, Philippe Seguin en 2001, Françoise de Panafieu en 2008 et Nathalie Kosciusko-Morizet en 2014, c’est Rachida Dati, personnalitĂ© emblĂ©matique de la droite et bien implantĂ©e localement depuis son Ă©lection Ă  la mairie du VIIe arrondissement en 2008 qui incarne le visage de la droite lors de ces Ă©lections municipales. Sa liste obtient 22,72 % des suffrages exprimĂ©s au 1er tour (soit 13 points de moins que Nathalie Kosciusko-Morizet) et ne recueille la confiance que de 125 639 Ă©lecteurs. C’est 116 643 voix de moins qu’en 2014. Ă€ titre personnel, engagĂ©e comme tĂŞte de liste dans le VIIe arrondissement, Rachida Dati est la seule candidate Ă  s’imposer dès le premier tour en recueillant 50,69 % des suffrages exprimĂ©s (contre 41,01 % en 2014).

La reprĂ©sentante du parti prĂ©sidentiel, Agnès Buzyn, s’est engagĂ©e dans la campagne moins d’un mois avant la tenue du premier tour, en raison du retrait de la candidature de Benjamin Griveaux. Elle devait Ă©galement faire campagne face Ă  CĂ©dric Villani, candidat dissident, du fait de l’incapacitĂ© du parti prĂ©sidentiel Ă  imposer son processus de dĂ©signation. Agnès Buzyn se prĂ©sentait donc dans une situation dĂ©licate. ArrivĂ©e troisième de ce scrutin Ă  l’échelle de la ville, elle recueille 17,26 % des suffrages exprimĂ©s (99 767 voix). Sa liste se maintient dans l’ensemble des arrondissements et se hisse en tĂŞte dans le Ve et dans le IXe arrondissement. Dans ces deux arrondissements, les deux tĂŞtes de liste LREM, Florence Berthout (ex LR) et Delphine BĂĽrkli (ex DVD) sont les maires sortants. Ă€ titre personnel, tĂŞte de liste dans le XVIIe arrondissement, elle ne recueille que 22,68 % des suffrages exprimĂ©s contre 40,08 % pour le maire sortant Geoffroy Boulard (LR).

Membre de la majoritĂ© municipale sortante, le parti EELV prĂ©sentait une candidature indĂ©pendante lors de ce premier tour des Ă©lections municipales. En recueillant 59 649 voix (contre 60 234 en 2014), le parti enregistre pourtant une progression en pourcentage de suffrages exprimĂ©s par rapport Ă  2014. Cette Ă©volution explicable notamment du fait de l’augmentation de l’abstention, lui permet de dĂ©passer la barre symbolique des 10 % Ă  l’échelle de la ville (10,79 % contre 8,86 % en 2014). Hors secteur Paris Centre (fusion des quatre premiers arrondissements) qui fait l’objet d’une Ă©volution institutionnelle, la liste conduite par David Belliard est en capacitĂ© de se maintenir dans 9 arrondissements, contre seulement six arrondissements en 2014.

Un éparpillement du vote, conséquence de la multipolarisation de la vie politique nationale

Les Ă©lections municipales parisiennes illustrent la multipolarisation de la vie politique française. Alors que le scrutin de 2014 se rĂ©sumait Ă  une opposition entre les listes conduites par Nathalie Kosciusko-Morizet et Anne Hidalgo, en 2020, ce sont quatre listes qui dĂ©passent le seuil de 10 % des suffrages exprimĂ©s Ă  l’échelle de la ville.

L’article L. 346 du code Ă©lectoral dispose que "seules peuvent se prĂ©senter au second tour les listes ayant obtenu au premier tour un nombre de suffrages au moins Ă©gal Ă  10 % des suffrages exprimĂ©s". Hors secteur Paris Centre, ce sont 59 tĂŞtes de liste qui, avant fusion des listes durant l’entre-deux tours, Ă©taient en capacitĂ© de se maintenir au second tour dans leurs arrondissements, contre seulement 39 en 2014 (+ 51 %). Ainsi, on dĂ©nombre, au soir du premier tour, dans les 16 arrondissements (du Ve au XXe), l’éventualitĂ© de 4 triangulaires, 10 quadrangulaires et 2 quinquangulaires (contre seulement 8 triangulaires et 1 quadrangulaire en 2014).

 

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Une abstention massive, mais moins prononcée que dans les grandes villes françaises

Le taux d’abstention en France mĂ©tropolitaine a atteint le 15 mars dernier, un niveau qu’il n’avait pas connu depuis les premières Ă©lections municipales organisĂ©es sous la Ve RĂ©publique en 1959. Pour la première fois, il y a plus de personnes qui se sont abstenues que de personnes qui se sont dĂ©placĂ©es pour aller voter. Ă€ l’échelle nationale, les chiffres de la participation au premier tour des Ă©lections municipales de 2020 (44,64 %) sont 20 points infĂ©rieurs aux chiffres de 2014 (63,55 %). L’évolution des chiffres de la participation s’inscrit cependant dans une tendance abstentionniste constatĂ©e lors de tous les scrutins, y compris les Ă©lections municipales, traditionnellement mobilisatrices pour le corps Ă©lectoral.

 

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Dans la ville de Paris, la participation est en net recul (42,3 % contre 56,26 % en 2014). Si la participation est lĂ©gèrement infĂ©rieure Ă  la moyenne constatĂ©e en France mĂ©tropolitaine (44,64 %), elle est cependant très nettement supĂ©rieure Ă  la moyenne constatĂ©e dans les onze villes de plus de 200 000 habitants (35,92 %).

 

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L’abstention a Ă©tĂ© particulièrement nourrie par le contexte sanitaire et singulièrement par l’annonce de fermeture de tous les lieux publics non indispensables faite par le Premier ministre la veille du scrutin. Selon l’enquĂŞte rĂ©alisĂ©e par l’IFOP le jour du vote, 55 % des abstentionnistes, Ă  l’échelle nationale, affirment que la progression de l’épidĂ©mie a jouĂ© un rĂ´le dĂ©terminant dans leur dĂ©cision de ne pas aller voter. Selon cette mĂŞme enquĂŞte, une personne sur cinq ne s’est pas dĂ©placĂ©e uniquement en raison de l’épidĂ©mie de coronavirus.

L’abstention a-t-elle profitĂ© Ă  la gauche ?

L’une des questions majeures relatives à l’examen des résultats du premier tour des élections municipales à Paris est de savoir si l’augmentation du taux d’abstention a eu une influence sur la composition politique du vote et donc sur l’issue du scrutin. Un premier niveau d’analyse, permettant d’évaluer cette influence, résulte de la confrontation des résultats du premier tour aux intentions de vote recueillies dans le cadre des sondages effectués avant l’élection.

 

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Cette confrontation fait apparaĂ®tre des diffĂ©rences faibles entre les rĂ©sultats obtenus le soir du premier tour des Ă©lections municipales et les intentions de vote enregistrĂ©es par les diffĂ©rents instituts de sondage. La liste conduite par Anne Hidalgo recueille 3 points de plus (29,33 % des suffrages exprimĂ©s) que l’estimation rĂ©alisĂ©e par le sondage qui lui Ă©tait le plus favorable (26 %) quand Rachida Dati et Agnès Buzyn recueillent 3 points de moins que les estimations les plus favorables. On notera cependant, que l’estimation rĂ©alisĂ©e le 19 fĂ©vrier, avant la prise de conscience d’une propagation du Covid-19 dans notre pays, fait apparaĂ®tre une diffĂ©rence plus notable pour Anne Hidalgo (6 points).

La même analyse réalisée pour l’élection municipale de 2014 fait apparaître des différences similaires, comme le montre le graphique suivant, qui tend à relativiser l’impact éventuel du Covid-19 sur l’issue du scrutin.

 

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Le surplus de votes dont a bénéficié Anne Hidalgo par rapport aux intentions de vote enregistrées par les instituts de sondage, pourrait trouver son explication dans l’effet crise, qui aurait pu avantager la maire sortante.

Paris Centre : Ă  qui profite le nouveau secteur ?

À Paris, depuis 1983, ce sont vingt élections qui se déroulaient lors du premier tour des élections municipales, afin d’élire un maire dans chacun des arrondissements. Suite à l’adoption de la loi relative au statut de Paris et à l’aménagement métropolitain, du 28 février 2017, les quatre premiers arrondissements ont été regroupés au sein d’un seul secteur électoral dénommé Paris Centre. Dès lors, ce sont 17 élections qui se sont déroulées le 15 mars dernier.

Cette Ă©volution institutionnelle justifiĂ©e par l’évolution dĂ©mographique au sein de la capitale - le nombre d’habitants dĂ©croĂ®t au centre de Paris alors que la population augmente dans les arrondissements pĂ©riphĂ©riques - vise Ă  mieux respecter le principe constitutionnel d’égalitĂ© devant le suffrage. Cette jurisprudence du Conseil constitutionnel, dĂ©sormais bien Ă©tablie, implique une rĂ©partition des sièges selon une règle de proportionnalitĂ© Ă  la population. Le Conseil a eu l’occasion de prĂ©ciser les Ă©lĂ©ments lui permettant de considĂ©rer que des Ă©carts seraient excessifs. Dans la dĂ©cision du 9 dĂ©cembre 2010, le Conseil constitutionnel a consacrĂ© un seuil de 20 % d’écart Ă  la moyenne, c’est Ă  dire qu’en l’espèce, aucun des arrondissements ne peut ĂŞtre sous-reprĂ©sentĂ© ou surreprĂ©sentĂ© de plus de 20 % au Conseil de Paris.

Lors du premier tour des Ă©lections municipales de 2014, la liste conduite par la droite Ă©tait Ă©lue dès le premier tour dans le Ier arrondissement (51,72 %), la liste conduite par le candidat EELV Ă©tait majoritaire dans le IIe arrondissement (32,96 %), la liste conduite par la gauche Ă©tait nettement en tĂŞte dans le IIIe arrondissement (47,29 %) et les listes de droite et de gauche se partageaient Ă©quitablement les suffrages dans le IVe arrondissement (en recueillant respectivement 37,82 % et 37,40 % des suffrages exprimĂ©s). Dans les quatre arrondissements confondus, 12 405 Ă©lecteurs avaient votĂ© pour la liste conduite par Anne Hidalgo, quand 11 911 avaient votĂ© pour la liste conduite par Nathalie Kosciusko-Morizet et 4 171 pour la liste conduite par Christophe Najdovski, reprĂ©sentant du parti EELV.

Avant la tenue du premier tour, à l’analyse de ces scrutins et toutes choses égales par ailleurs, la fusion des quatre arrondissements au sein du seul secteur Paris Centre semblait donc surtout desservir le parti EELV, majoritaire au sein du IIe arrondissement mais qui n’était pas en mesure de s’imposer à l’échelle des quatre arrondissements. En revanche, malgré un avantage pour la liste de gauche, l’issue du scrutin semblait relativement ouverte.

Le 15 mars dernier, la liste conduite par Anne Hidalgo a recueilli 33,72 % des suffrages exprimĂ©s (contre 20,48 % pour la liste conduite par Rachida Dati et 21,07 % pour la liste conduite par Agnès Buzyn) et arrive nettement en tĂŞte de ce scrutin. Il semblerait que la liste conduite par Anne Hidalgo bĂ©nĂ©ficie surtout de l’émergence de la liste conduite par Agnès Buzyn qui aurait contribuĂ© Ă  disperser les voix dans le camp de la droite.

 

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Les Ă©lections parisiennes : un enjeu plus local que national

Le choix des Ă©lecteurs lors des scrutins municipaux est majoritairement concentrĂ© sur les enjeux locaux. D’après l’enquĂŞte rĂ©alisĂ©e par l’IFOP le 15 mars, plus des deux tiers des votants (69 %) ne tiennent pas compte dans leur vote de l’action du gouvernement et seul un tiers dĂ©clare que l’appartenance politique est un critère dĂ©terminant dans le choix qu’ils expriment. L’immense majoritĂ© des Ă©lecteurs (84 %) dĂ©terminent leur vote sur la base d’enjeux locaux. Les principaux critères de choix de vote pour les Ă©lecteurs aux Ă©lections municipales sont respectivement le programme annoncĂ© par les candidats (85 %), le bilan de l’équipe municipale sortante (80 %) et la personnalitĂ© des candidats (78 %) selon l’enquĂŞte Ă©lectorale française rĂ©alisĂ©e en mars 2020 par le CEVIPOF.

Le résultat des élections municipales peut donc être logiquement très différent des résultats des élections précédentes ayant eu lieu à d’autres échelons que celui de la municipalité. C’est le cas pour Paris comme le montre les résultats des derniers scrutins (élection présidentielle en 2017 et européennes en 2019).

 

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Paris, une ville qui se gagne dans chaque secteur et dans certains en particulier

Un mode de scrutin contesté

Depuis la loi du 31 dĂ©cembre 1982, dite loi PLM (Paris-Lyon-Marseille), les trois plus grandes villes françaises font l’objet d’un statut Ă©lectoral particulier. Ă€ Paris, les Ă©lections municipales organisĂ©es dans chaque arrondissement (17 depuis le regroupement des quatre premiers arrondissements au sein du secteur Paris Centre) permettent d’élire les conseillers d’arrondissements. Parmi ces conseillers Ă©lus, soit au premier tour si une liste obtient la majoritĂ© absolue - comme c’est le cas pour Rachida Dati dans le VIIe arrondissement de Paris qui a recueilli 50,69 % des suffrages exprimĂ©s - soit au second tour, le premier tiers des personnes figurant sur la liste deviendra Ă©galement conseiller de Paris (conseiller municipal). Ces Ă©lus, qui durant le mandat siègeront Ă  la fois au conseil d’arrondissement et au conseil de Paris, participent d’une part, en tant que conseiller d’arrondissement Ă  Ă©lire le maire d’arrondissement dans lequel ils ont Ă©tĂ© Ă©lus et d’autre part, en tant qu’élu du Conseil de Paris, Ă  Ă©lire le maire de Paris. L’élection du maire de Paris dĂ©pend donc du nombre de conseillers de Paris qui seront Ă©lus dans chaque arrondissement. Hors, chaque arrondissement ne revĂŞt pas le mĂŞme poids Ă©lectoral pour l’élection du maire de Paris.

 

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Par exemple, en obtenant la majorité absolue dès le premier tour dans le VIIe arrondissement de Paris, Rachida Dati et sa liste obtiennent 4 sièges de conseillers de Paris sur les 163 que compte le Conseil de Paris. Si Rachida Dati avait obtenu le même score dans le XVe arrondissement de Paris, elle et sa liste auraient obtenu au moins 14 sièges de conseillers de Paris sur les 18 que compte l’arrondissement.

D’une part, cette diffĂ©rence s’explique par le nombre diffĂ©rents de sièges de conseillers de Paris dĂ©volus Ă  chaque arrondissement. D’autre part, elle s’explique par l’application des règles de rĂ©partition des sièges fixĂ©es Ă  l’article L. 262 du code Ă©lectoral. Au premier tour du scrutin :

  • Dans un premier temps, "il est attribuĂ© Ă  la liste qui a recueilli la majoritĂ© absolue des suffrages exprimĂ©s un nombre de sièges Ă©gal Ă  la moitiĂ© du nombre des sièges Ă  pourvoir", c’est ce qu’on appelle la prime majoritaire ;
     
  • Dans un second temps, "cette attribution opĂ©rĂ©e, les autres sièges sont rĂ©partis entre toutes les listes Ă  la reprĂ©sentation proportionnelle suivant la règle de la plus forte moyenne". Cette mĂ©thode de calcul suppose d’abord de calculer le quotient Ă©lectoral (il s’obtient en divisant le total des suffrages exprimĂ©s par le nombre de sièges restants Ă  pourvoir), chaque liste obtenant autant de sièges que son score contient de quotient Ă©lectoral. Une fois cette nouvelle rĂ©partition effectuĂ©e, s’il reste encore des sièges Ă  distribuer, s’applique la règle de la rĂ©partition Ă  la plus forte moyenne (elle s’obtient en divisant le nombre de voix obtenu par chaque liste par le nombre de sièges dĂ©jĂ  obtenus en y ajoutant + 1).

La méthode de calcul permettant de répartir les sièges des conseillers de Paris est exactement la même au second tour, pour la liste ayant obtenu une majorité relative.

La compréhension de cette règle de calcul complexe permet de mieux percevoir l’importance de chaque vote pour l’élection du maire de Paris. En effet, si une liste largement battue au soir du premier tour n’est plus en mesure de remporter une mairie d'arrondissement, pour autant, le nombre de voix qu’elle obtient au second tour peut lui permettre d’obtenir un siège de conseiller de Paris. Ce siège peut s’avérer être déterminant pour l’élection du maire de la capitale.

Le mode de scrutin au sein des trois plus grandes villes françaises est souvent dĂ©criĂ©. Il fait principalement l’objet de deux critiques :

  • Le territoire au dĂ©triment du suffrage universel. Le candidat recueillant le plus grand nombre de suffrages Ă  l’échelle de la ville n’est pas nĂ©cessairement le candidat Ă©lu Ă  la mairie de Paris. Cette situation dĂ©coule de la plus grande importance donnĂ©e aux territoires plutĂ´t qu’à l’expression du suffrage universel. En effet, dans un scrutin classique, il est nĂ©cessaire de recueillir 50  % +1 des suffrages exprimĂ©s, alors que dans les trois plus grandes villes françaises, il est nĂ©cessaire d’obtenir 50  % +1 des conseillers municipaux. Ainsi, Gaston Deferre pu ĂŞtre réélu Ă  la mairie de Marseille, en 1983, alors qu’il comptait moins de voix que Jean-Claude Gaudin Ă  l’échelle de la ville. GĂ©rard Collomb Ă  Lyon et Bertrand DelanoĂ© Ă  Paris furent Ă©galement Ă©lus alors qu’ils Ă©taient minoritaires en nombre de voix.
     
  • La stratĂ©gie au dĂ©triment de la dĂ©mocratie. Pour ĂŞtre Ă©lu maire de l’une de ces villes il faut donc obtenir une majoritĂ© de conseillers municipaux plus qu’une majoritĂ© de suffrages. Ce principe Ă©lectoral induit une double consĂ©quence. D’une part, les candidats ont intĂ©rĂŞt Ă  faire campagne dans les arrondissements les plus pourvoyeurs en conseillers municipaux. Ainsi, lors des Ă©lections municipales de 2014, Anne Hidalgo Ă©tait tĂŞte de liste dans le XVe arrondissement (arrondissement le plus pourvoyeur en conseillers de Paris). Non Ă©lue dans cet arrondissement, elle devenait pourtant la maire de la capitale. D’autre part, les candidats ont intĂ©rĂŞt Ă  faire campagne dans les arrondissements qui leurs sont favorables plutĂ´t que de tenter de convaincre les Ă©lecteurs d’autres arrondissements. En consĂ©quence, ce mode de scrutin, induit une cristallisation de la vie politique municipale, rendant plus complexe l’alternance.

Une victoire acquise Ă  la gauche ?

Au soir du premier tour des élections municipales, avant fusion de listes durant l’entre-deux tours, on constate que la liste conduite par Anne Hidalgo est en tête dans 9 des 12 arrondissements les plus pourvoyeurs en élus municipaux. Cette situation place donc la candidate dans une situation très favorable pour être réélue. A contrario, la droite ne tire pas un grand avantage à être en tête dans les VIe, VIIe et VIIIe arrondissement.

 

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Durant l’entre-deux tours, dès lors que d’une part, Anne Hidalgo et David Belliard se sont entendus, sans surprise - puisque le parti EELV faisait partie de la majorité municipale lors de la précédente mandature - pour fusionner leurs listes et que d’autre part, aucun accord n’a été conclu entre la représentante du parti présidentiel et la maire du VIIe arrondissement, la réélection de l’actuelle maire de Paris semble désormais très bien engagée.

L’une des questions majeures qui se pose à la veille du second tour des élections municipales est de savoir si l’actuelle maire de Paris disposera de la majorité absolue (EELV-PS + alliés engagés dans le cadre d’une liste commune dès le premier tour) au Conseil de Paris pour son second mandat. Si elle ne disposait que d’une majorité relative, elle serait dans l’obligation d’administrer la capitale avec le soutien des élus LREM, LFI ou LR.

Nous nous proposons de déterminer, toutes choses égales par ailleurs, le nombre de conseillers de Paris dont disposerait l’actuelle maire de Paris à l’issue du second tour, en projetant les résultats cumulés des listes EELV et PS enregistrés lors du premier tour.

Pour y parvenir, nous avons appliquĂ© les modalitĂ©s de rĂ©partition des sièges des conseillers de Paris, telles que prĂ©cisĂ©es Ă  l’article L. 262 du code Ă©lectoral :

  • Nous avons additionnĂ© les suffrages recueillis par les listes EELV et PS dans chaque arrondissement, sauf le VIIe arrondissement oĂą la candidate issue de la droite a Ă©tĂ© Ă©lue dès le premier tour et le XVI arrondissement oĂą ni la liste PS, ni la liste EELV, n’est en situation de se maintenir au second tour.
  • Nous avons ensuite appliquĂ© le principe de la prime majoritaire, dès lors que l’addition des voix permettait Ă  la coalition PS-EELV de se hisser en tĂŞte du scrutin, en s’attachant Ă  prendre en compte toutes les fusions de listes conclues dans chaque arrondissement durant l’entre-deux tours.
  • Nous avons ensuite calculĂ© le quotient Ă©lectoral, afin de rĂ©partir les sièges non distribuĂ©s par l’application du principe de la prime majoritaire.
  • Nous avons enfin appliquĂ© le principe de la rĂ©partition Ă  la plus forte moyenne dès lors que l’application du quotient Ă©lectoral ne permettait pas de distribuer tous les sièges.

Le graphique ci-dessous présente, toutes choses égales par ailleurs, la répartition des conseillers de Paris au sein de chaque arrondissement que devrait obtenir la liste conduite par Anne Hidalgo au soir du second tour des élections municipales.

 

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La majorité absolue est atteinte à Paris dès lors qu’un candidat compte 82 conseillers de Paris. Selon cette projection, l’actuelle candidate obtiendrait tout juste la majorité absolue en faisant élire 84 conseillers de Paris au soir du second tour.

Dès lors, la capacitĂ© diffĂ©renciĂ©e des candidats Ă  mobiliser leurs Ă©lectorats au second tour et la ventilation des voix exprimĂ©es au premier tour pour CĂ©dric Villani (7,88 % Ă  l’échelle de la ville) pourraient avoir une incidence majeure sur la capacitĂ© de la future maire de Paris Ă  mettre en Ĺ“uvre ses projets pour la ville durant le prochain mandat.

 

Cette analyse a été conduite avec la collaboration de Victor Bus, assistant chargé d’études à l’Institut Montaigne.

 

Copyright : FRANCOIS GUILLOT / AFP

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