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Les Trois Donald Trump

Les Trois Donald Trump
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Pour la première fois de son mandat, Donald Trump a prononcĂ© le discours sur l’état de l’Union, un exercice solennel qui lui permet de dĂ©fendre sa politique menĂ©e depuis près d’un an tout en rappelant ses prioritĂ©s pour les prochaines annĂ©es. Dominique MoĂŻsi, conseiller spĂ©cial de l’Institut Montaigne, revient sur les points importants de ce discours et ce qu’ils rĂ©vèlent de la prĂ©sidence de Donald Trump, un an après. 

Donald Trump a adoptĂ©, lors de son discours sur l’état de l’Union, une attitude conciliante qui correspond Ă  celle Ă©galement adoptĂ©e lors du Forum Ă©conomique de Davos. Comment l’expliquer ?  

Partons du constat suivant : il y a trois Donald Trump, aux attitudes parfois contradictoires :

  • Il y a un Donald Trump qui, par son comportement et ses dĂ©cisions imprĂ©visibles se veut spectaculaire. Cette attitude se retrouve typiquement dans l’envoi compulsif de tweets jusqu’au bout de la nuit. 
  • Il y a le leader populiste qui parle Ă  une minoritĂ© soudĂ©e, composant une base Ă©lectorale, en usant  d’un langage volontairement provocateur.
  • Enfin, il y a le rĂ©publicain qui s’exprime de manière responsable car cherchant  Ă  rallier non seulement ses partisans mais le parti dans son ensemble. 

Hier, à l’occasion de l’exercice traditionnel et codifié que représente le discours sur l’état de l’Union - mais également vendredi dernier à Davos - on a assisté à un curieux mélange entre la deuxième et la troisième de ces attitudes. Le président s’est ainsi directement adressé à son clan par l’appel à une fibre nationaliste, religieuse, familiale et républicaine. Son objectif consistait dès lors à se relégitimer et prouver aux Américains que son action politique, malgré son imprévisibilité, conduit à des résultats positifs.

Il faut dire que Donald Trump a eu beaucoup de chance et qu’il sait mettre cette chance Ă  son profit. L’économie amĂ©ricaine est certes repartie, avec une croissance estimĂ©e Ă  2,3 % du Produit IntĂ©rieur Brut (PIB) en 2017 contre 1,5 % en 2016 mais il serait hasardeux d’attribuer cette croissance Ă  la seule politique menĂ©e depuis son Ă©lection Ă  la tĂŞte du pays. La reprise amĂ©ricaine s’inscrit bien dans un mouvement mondial de reprise Ă©conomique. De mĂŞme, si Daech perd du terrain en Syrie, il est difficile d’y reconnaĂ®tre la seule consĂ©quence des frappes aĂ©riennes amĂ©ricaines. 

Quelles sont, selon vous, les principales annonces Ă  retenir du discours de Trump ?

Tout d’abord, l’accent a été mis sur l’indispensable investissement à consacrer aux infrastructures du pays. Si l’on peut reconnaître une erreur dans la politique menée par Barack Obama, c’est bien l’abandon du projet initial de modernisation des infrastructures devenues obsolètes.

Malgré la pertinence d’une telle annonce, on retrouve ici l’un des travers traditionnels des républicains. Si ces derniers souhaitent diminuer les recettes fiscales pour rendre de l’argent au contribuable américain, ils le feraient en parallèle d’une augmentation des dépenses publiques. Malgré l’annonce d’un effort public-privé par Donald Trump, il est fort à parier que le déficit américain s’aggravera dans les prochaines années pour soutenir un tel effort.

Au-delà des infrastructures, le président a défini comme prioritaire la hausse des dépenses militaires, nécessaire selon lui pour moderniser les forces américaines, notamment nucléaires. Il a également promis de combattre les prix des médicament, jugés exorbitants alors même qu’il n’a ni mentionné la réforme de la santé, ni la manière de répondre à la crise des opiacés.

MalgrĂ© les annonces du prĂ©sident, son discours reste clivant et parfois contradictoire, notamment sur l’immigration, oĂą il cherche Ă  trouver des compromis. Il doit ainsi appliquer son programme pour satisfaire sa base Ă©lectorale (la construction d’un mur Ă  la frontière avec le Mexique) mais envisager des compromis avec l’opposition (avec le possible accès Ă  la citoyennetĂ© pour 1,8 million de sans-papiers) pour que celle-ci envisage de dĂ©bloquer les fonds nĂ©cessaires. On retrouve d’ailleurs des sonoritĂ©s communes avec des populismes d’Europe centrale et orientale ou la position australienne, dĂ©fendant une immigration choisie et la plus faible possible. 

Finalement, qu’a dĂ©montrĂ© Donald Trump lors de ce discours ?

Donald Trump a prouvĂ© sa capacitĂ© Ă  rallier le parti RĂ©publicain et cherche Ă  Ă©viter un affaiblissement de sa position lors des Ă©lections de mi-mandat Ă  venir en novembre. Secrètement, en adoptant une position mesurĂ©e ainsi qu’un discours rĂ©publicain Ă  cette occasion, il se laisse des chances pour 2020. NĂ©anmoins, après avoir tenu des propos mesurĂ©s Ă  Davos et devant le Congrès, on peut s’attendre Ă  ce que le prĂ©sident retombe dans ses travers. 

Si Donald Trump est imprĂ©visible, cela ne l’empĂŞche pas d’avoir un agenda. Il l’a prouvĂ© en confirmant son refus de vouloir fermer la base de Guantanamo, en rĂ©affirmant le dĂ©mĂ©nagement de l’ambassade amĂ©ricaine Ă  JĂ©rusalem, et en menaçant indirectement les pays recevant de l’aide amĂ©ricaine mais qui ne soutiendraient pas de similaires positions au Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations-Unies. 

Si Donald Trump mentionne les pays qu’il considère comme rivaux (Chine, Russie) et ceux qu’il voit comme des menaces directes (Corée du Nord et Iran), il ne parle à aucun moment de l’Europe et ne semble pas plus préoccupé par ses alliés dans un discours qui se détourne du multilatéralisme.

Finalement, ce discours n’élimine en rien les ambiguïtés qui sont celles d’un leader populiste maître dans l’utilisation des émotions. En adoptant une attitude provocatrice sur l’immigration tout en laissant la porte ouverte au compromis, en se posant en père de la nation tout en appelant au libre-arbitre, Donald Trump manie les nombreuses ambiguïtés à son avantage. Ce premier discours sur l’état de l’Union peut rejoindre en cela le constat posé par Jean Anouilh, “La propagande est une chose sommaire [...]. L'essentiel est de dire quelque chose de très gros et de le répéter souvent, c'est comme cela qu'on fait une vérité.”

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