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13/02/2017
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Donald Trump, un président fidèle au candidat

Donald Trump, un président fidèle au candidat
 Dominique MoĂŻsi
Auteur
Conseiller Spécial - Géopolitique

Moyen-Orient, Europe, Amérique, Asie,... Dominique Moïsi, conseiller spécial de l'Institut Montaigne, analyse chaque semaine l'actualité internationale pourles Echos.

Pour l'instant, le président Trump fait ce qu'il a dit qu'il ferait. Il s'ensuit une politique étrangère populiste qui déroute les meilleurs experts. Mais il ne doit pas son élection aux élites. Seule la réalité géopolitique s'imposera à lui.

Au musée d'Art moderne de New York (le MoMA), la résistance à Donald Trump s'organise, avec discrétion et élégance. Des oeuvres, signées d'artistes venus des sept pays musulmans visés par le décret migratoire du nouveau président, sont exposées désormais entre les Matisse et les Picasso. Le théâtre n'est pas en reste. Ecrite dans l'urgence et la colère, en à peine une semaine, la dernière pièce de Robert Schenkkan, "Building the Wall" ("Construire le mur"), sera bientôt présentée de Los Angeles à Denver en passant par Santa Fe.

Pendant que le monde culturel résiste à sa manière, les élites traditionnelles s'interrogent et se livrent à un exercice - qui mérite d'autant plus d'être souligné qu'il est rare - d'autocritique. Elles se demandent comment elles ont pu être à ce point déconnectées de la réalité pour ne pas voir venir le phénomène Trump et, avant lui en Europe, la victoire du Brexit.

Il y a quelques jours, lors d'une rĂ©union discrète Ă  New York entre AmĂ©ricains et EuropĂ©ens, organisĂ©e autour du "vieux sage" de la diplomatie mondiale Henry Kissinger, il Ă©manait comme un parfum de mĂ©lancolie, sinon de fin d'un monde. Un monde que certains des participants avaient contribuĂ© Ă  bâtir. Des deux cĂ´tĂ©s, on ressentait la mĂŞme inquiĂ©tude, sinon le mĂŞme sentiment d'impuissance, avec une particularitĂ© importante cependant : chacun semblait s'inquiĂ©ter davantage du sort de l'autre. L'Ă©ventuelle victoire de Marine Le Pen en France n'allait-elle pas signifier la fin de l'Europe, se demandaient les AmĂ©ricains ? Pour les EuropĂ©ens, l'Ă©lection de Donald Trump ne signifiait-elle pas dĂ©jĂ  la fin de l'Occident ?

Du cĂ´tĂ© amĂ©ricain, on Ă©tait bien conscient de l'impact catastrophique de l'Ă©lection de Trump sur l'image des États-Unis dans le monde, mais certains cherchaient Ă  se rassurer. "Le nouveau prĂ©sident a beau ĂŞtre impulsif et imprĂ©visible, il n'est pas un idĂ©ologue. Ce qui l'obsède, c'est le succès. DotĂ© d'un ego surdimensionnĂ©, persuadĂ© de son charme et de ses talents uniques de nĂ©gociateur, il fera tout pour rĂ©ussir mĂŞme si cela suppose quelques compromis." Soit, mais Trump sait, sent aussi, que pour le moment au moins, il reprĂ©sente plus fidèlement les positions de la majoritĂ© des Ă©lecteurs du Parti rĂ©publicain que ne le fait le parti lui-mĂŞme. C'est sans doute pour cette raison que le prĂ©sident Trump, depuis qu'il est Ă  la Maison-Blanche, demeure fidèle Ă  ce qu'Ă©tait le candidat Trump. Il semble dire aux caciques du Parti rĂ©publicain : "Je ne vous dois rien, j'ai Ă©tĂ© Ă©lu en dĂ©pit de vous. Je tiens directement ma lĂ©gitimitĂ© du peuple. Et plus « l'autre AmĂ©rique Â» manifeste contre moi, plus je suis populaire dans mon camp. Pourquoi voulez-vous que je cherche Ă  rĂ©unir les AmĂ©ricains entre eux, c'est leur division mĂŞme qui constitue le ressort secret de ma prĂ©sidence ?" Sur ce point comme sur beaucoup d'autres, la dĂ©marche adoptĂ©e par Emmanuel Macron en France est Ă  l'exact opposĂ© de celle de Trump.

Mais cette absolue fidélité du président au candidat, si elle peut-être un plus politique à court terme, a aussi un coût. Si l'office de la présidence n'a pas transformé Trump, sa direction des affaires semble aujourd'hui pour le moins confuse, sur le plan tant intérieur et, c'est plus grave encore, qu'international. On ne gère pas un pays comme on le ferait d'une entreprise. Et ce n'est pas la personnalité de Steve Bannon, son principal conseiller, décrit parfois comme le "Raspoutine" de Trump, qui va contribuer à rassurer le monde. Bannon est, lui, un idéologue avec un programme qui le placerait presque à la "droite de Gengis Khan".

En matière de politique Ă©trangère en particulier, les contradictions abondent. A la fin des annĂ©es 1950, en pleine guerre froide, l'ambition du jeune Henry Kissinger Ă©tait de transmettre Ă  la diplomatie amĂ©ricaine un peu de cette sophistication qui avait fait selon lui la grandeur de l'Europe. Mais comment s'inspirer des leçons de Bismarck ou de Metternich quand votre Ă©lève s'appelle Donald Trump, autrement dit comment vendre des concepts sophistiquĂ©s Ă  quelqu'un qui, c'est le moins que l'on puisse dire, ne l'est pas et se vante de ne pas l'ĂŞtre ?

Vouloir se rapprocher de la Russie est une chose, espĂ©rer qu'il sera possible, ce faisant, de l'Ă©loigner de l'Iran, en est une autre. Comment croire un seul instant que, pour les beaux yeux de Washington, Moscou se privera du soutien objectif prĂ©cieux de TĂ©hĂ©ran ? De la mĂŞme manière, si l'on considère que la principale menace Ă  court terme est la folie nuclĂ©aire de la CorĂ©e du Nord - près d'avoir des missiles Ă  longue portĂ©e capables d'atteindre le territoire amĂ©ricain -, il faut repenser sa politique Ă  l'Ă©gard de la Chine. Washington a plus que jamais besoin de la bonne volontĂ© de PĂ©kin sur ce dossier brĂ»lant et ne peut se permettre de dĂ©clencher une guerre commerciale avec la Chine. Revenir au principe de la Chine unique comme vient de le faire Donald Trump ne suffira pas Ă  rassurer les Chinois.

Le pays, qui constitue toujours la première puissance mondiale, ne pourra continuer de pratiquer une "politique Ă©trangère populiste", dont le principal objectif est de faire plaisir Ă  son propre camp, dans l'opinion publique amĂ©ricaine. Continuer sur cette voie serait un dangereux contresens historique. On peut certes se rassurer en Ă©voquant les noms du nouveau secrĂ©taire Ă  la DĂ©fense, James Mattis, et plus encore peut-ĂŞtre celui de Rex Tillerson, le nouveau secrĂ©taire d’État, qui semblent eux rationnels et expĂ©rimentĂ©s. Mais le pouvoir est Ă  la Maison-Blanche. En ce dĂ©but de PrĂ©sidence Trump, il faut espĂ©rer que la sociĂ©tĂ© civile, de la Silicon Valley au monde culturel et artistique, constituera la meilleure protection, face aux dĂ©rives du pouvoir : Ă  cotĂ© et au delĂ  du pouvoir de blocage des juges. L'histoire ne fait que commencer.

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