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29/04/2020
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Les États face au coronavirus – L’archétype italien

Les États face au coronavirus – L’archétype italien
 Alexandre Robinet-Borgomano
Auteur
Expert Associé - Allemagne

Chronologie

  • 30 janvier : Ă€ Rome, deux touristes d’origine chinoise sont testĂ©s positif au virus. Les vols en provenance et Ă  destination de la Chine sont suspendus. Le PrĂ©sident du Conseil et le Ministre de la SantĂ© annoncent que "tout est sous contrĂ´le".
  • 31 janvier : L’Italie dĂ©crète l’état d’urgence, permettant la mobilisation rapide des moyens dont la Protection civile pourrait avoir besoin et dĂ©bloque 5 millions d’euros pour faire face au risque sanitaire.
  • 18 fĂ©vrier : Un premier cas de transmission secondaire est identifiĂ© Ă  Codogno (Lombardie).
  • 19 fĂ©vrier : 45 000 supporters assistent au "Match zĂ©ro" entre l’Atalanta Bergame et le FC Valence au stade San Siro de Milan.
  • 20 fĂ©vrier : le premier dĂ©cès liĂ© au Covid-19 est annoncĂ©, dans la ville de Vo, en VĂ©nĂ©tie. Les Ă©lus locaux prennent des mesures de confinement partiel dans les villes de Lombardie et de VĂ©nĂ©tie prĂ©sentant les premiers cas de contamination.
  • 23 fĂ©vrier : Le gouvernement demande la mise sous quarantaine de 10 villes italiennes : 9 dans la province de Lodi, en Lombardie et une dans la province de Padoue, en VĂ©nĂ©tie. Au total, plus de 50 000 personnes sont confinĂ©es.
  • 24 fĂ©vrier : Avec 7 morts et 229 cas confirmĂ©s, l’Italie devient le troisième pays le plus touchĂ© au monde après la Chine et la CorĂ©e du Sud.
  • 27 fĂ©vrier : La mairie de Milan lance sa campagne #MilanoNonSiFerma
  • 4 mars : Le Premier ministre annonce la fermeture de toutes les Ă©coles et universitĂ©s. Le jour mĂŞme, la France et l’Allemagne interdisent l’exportation de matĂ©riel mĂ©dical demandĂ© par l’Italie.
  • 5 mars : Report du rĂ©fĂ©rendum constitutionnel Ă  une date indĂ©terminĂ©e
  • 8 mars : Un dĂ©cret approuvĂ© en conseil des ministres instaure des mesures de quarantaine dans le nord de l’Italie. La Lombardie, une partie de la VĂ©nĂ©tie, de l’Émilie Romagne et du PiĂ©mont sont concernĂ©es : 15 millions de personnes - soit environ un quart de la population italienne - sont confinĂ©es. Le mĂŞme jour, des mutineries Ă©clatent dans 27 prisons Ă  travers le pays.
  • 9 mars : 9 172 cas recensĂ©s dans le pays, 463 morts dont 333 en Lombardie. Le dĂ©cret #ioRestoaCasa (je reste Ă  la maison) est adoptĂ©. Le confinement est gĂ©nĂ©ralisĂ© Ă  l’ensemble du pays. Tous les lieux publics ferment ; les dĂ©placements sont limitĂ©s au strict nĂ©cessaire (santĂ©, alimentation et travail lorsque le tĂ©lĂ©travail est impossible) ; tous les rassemblements sont interdits et passibles d’amende.
  • 11 mars : Adoption d’un nouveau dĂ©cret en conseil des ministres imposant la fermeture de tous les commerces Ă  l’exception des pharmacies et des magasins d’alimentation. Un plan de 25 milliards d’euros de soutien Ă  l’économie est prĂ©sentĂ© par le gouvernement italien.
  • 12 mars : ArrivĂ©e d’une Ă©quipe de mĂ©decins chinois et d’une cargaison de matĂ©riel mĂ©dical donnant lieu Ă  une vaste campagne de communication.
  • 19 mars : Le nombre de dĂ©cès liĂ©s au Covid-19 dĂ©passe celui de la Chine (3 405 en Italie contre 3 245 dans l’Empire du milieu).
  • 20 mars : PrĂ©sentation de l’étude menĂ©e par l’UniversitĂ© de Padoue et la Croix rouge italienne prouvant le succès du dĂ©pistage dans la ville de Vo (VĂ©nĂ©tie). Ce succès aura pour effet un appel de l’OMS au dĂ©pistage massif.
  • 21 mars : 65 mĂ©decins, infirmiers et infirmières cubains atterrissent Ă  Milan.
  • 22 mars : Le PrĂ©sident du conseil annonce l’interruption de toutes les activitĂ©s non essentielles Ă  la vie du pays.
  • 22 mars : Ordonnance adoptĂ©e par les ministères de la SantĂ© et de l’IntĂ©rieur interdisant aux citoyens de quitter leur ville de confinement.
  • 25 mars : Renforcement des peines encourues en cas de non-respect du confinement.
  • 26 mars : Un convoi militaire russe apporte du matĂ©riel mĂ©dical avec la mention "from Russia with Love".
  • 1er avril : Ouverture d’un hĂ´pital Ă  Fiera di Milano contenant 53 lits de rĂ©animation, construit en 10 jours grâce Ă  21 millions d’euros de dons privĂ©s.
  • 10 avril : Le gouvernement annonce la prolongation du confinement jusqu’au 3 mai.
  • 17 avril : La ministre de l’Éducation annonce que l’école ne rouvrira pas avant la rentrĂ©e de Septembre.
  • 26 avril : Giuseppe Conte dĂ©taille les premières mesures de dĂ©confinement : rĂ©ouverture des parcs, des bars et restaurants (uniquement pour la vente Ă  emporter), du secteur manufacturier et construction le 4 mai ; rĂ©ouverture des commerces de dĂ©tail, des musĂ©es et autres lieux culturels le 18 mai. Les fĂŞtes privĂ©es restent interdites et un maximum de 15 personnes est autorisĂ© pour les funĂ©railles ; les dĂ©placements restent limitĂ©s Ă  l’intĂ©rieur de la commune de rĂ©sidence.

Analyse

Touchée par l’épidémie avant les autres États, l’Italie fut le premier pays d’Europe à mettre en place une réponse à la crise en rompant radicalement avec la conception européenne de la "normalité". En décidant de mettre en quarantaine les principaux foyers de l’épidémie, en instaurant un confinement généralisé à toute la péninsule et en choisissant de suspendre toutes les activités non essentielles à la vie du pays, l’Italie a démontré, en premier, la capacité d’un État démocratique et occidental à prendre des mesures radicales de lutte contre l’épidémie.

Alors que les autres États européens bénéficient du "précédent italien" pour anticiper l’évolution possible de la situation, l’Italie a dû inventer un nouveau modèle européen de réponse à l’épidémie.

Le Président du Conseil, Giuseppe Conte, s’est imposé durant cette crise comme l’homme fort de l’Italie, au mépris, parfois, de la tradition parlementaire de la péninsule et de la souveraineté des régions. L’analyse de la réponse de l’Italie à la crise du Covid-19 doit tenir compte à la fois des contraintes matérielles et institutionnelles pesant sur les dirigeants, mais également du contexte inédit dans lequel le gouvernement italien prend ses décisions.Alors que les autres États européens bénéficient du "précédent italien" pour anticiper l’évolution possible de la situation, l’Italie a dû inventer un nouveau modèle européen de réponse à l’épidémie.

La progression de l’épidémie

L’Italie fut le premier pays d’Europe touchĂ© par l’épidĂ©mie. Dès le 23 fĂ©vrier, 100 cas de contamination ont Ă©tĂ© identifiĂ©s dans la pĂ©ninsule : la propagation s’accĂ©lère ensuite Ă  un rythme exponentiel. La barre symbolique des 1 000 cas est franchie le 29 fĂ©vrier et, le 10 mars, l’Italie compte plus de 10 000 personnes infectĂ©es par le virus. La courbe des dĂ©cès suit une pente tout aussi dramatique : entre le 29 fĂ©vrier et le 15 mars, le nombre de dĂ©cès liĂ©s au virus passe de 30 Ă  1 800 personnes. Mardi 28 avril 2020, l’Italie recense près de 200 000 cas de contamination et 27 000 dĂ©cès, soit, Ă  cette date, le plus grand nombre de morts de tous les pays d’Europe.

Comme dans les autres pays, ces chiffres officiels sont à prendre avec précaution dans la mesure où ils dépendent largement du nombre de tests pratiqués. Le 10 avril, le Commissaire extraordinaire du gouvernement italien pour le coronavirus, Domenico Arcuri, annonçait qu’un peu moins d’un million de tests avaient été pratiqués par l’Italie depuis le début de la pandémie et que 2,5 millions de tests seraient distribués dans la péninsule la semaine suivante. Selon les chiffres de l’OCDE, l’Italie réalisait, à la date du 26 avril, 29,7 tests pour 1000 personnes, soit plus que l’Allemagne (25,1), alors que le nombre de tests réalisés en France restait encore incertain. Le volontarisme de l’Italie en matière de dépistage s’explique par le succès de la stratégie adoptée par la Vénétie, une région du nord du pays ayant eu recours au dépistage massif pour freiner le rythme des contaminations.

Comme le révèle une étude de l’Instituto Cattaneo datée du 1er avril 2020, les effets de la crise sur la mortalité en Italie pourraient être bien plus élevés que ne semblent l’indiquer les chiffres du gouvernement. En comparant la mortalité de l’Italie sur la période allant du 21 février au 21 mars par rapport aux années précédentes, cette étude révèle une surmortalité de l’ordre de 8 740 personnes, alors que le nombre de personnes dont le décès est officiellement lié au virus s’élève sur cette période à 4 825. À l’heure où chaque État comptera ses pertes humaines, seule cette analyse comparative de la surmortalité permettra de tirer le véritable bilan humain de la crise.

Le Nord industriel particulièrement touché

L’analyse des chiffres des contaminations et des décès en Italie doit également tenir compte de très fortes disparités d’une région à l’autre. Avec 73 000 cas de contamination et 13 400 décès – soit près de la moitié des décès en Italie - la Lombardie est de loin la principale victime de cette crise. À titre de comparaison, l’Emilie-Romagne, deuxième région la plus touchée, ne compte "que" 25 000 cas de contamination et 3 400 décès et la Sicile 3 000 cas de contamination pour 230 décès.

Le départ vers les régions du Sud de nombreux italiens résidant dans le Nord à l’annonce de la mise en quarantaine de la "zone rouge" ne s’est pas traduit par une dissémination du virus, qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques dans le Mezzogiorno. Conscient qu’ils venaient de régions contaminées et que la fragilité du système de soins des régions du Sud ne permettrait pas de faire face à une explosion de cas, ces personnes rentrées dans leur région d’origine ont adopté les gestes barrières indispensables à la maîtrise de l’épidémie - se conformant ainsi aux campagnes de communication appropriées développées par les régions du Sud.

La progression fulgurante du virus en Italie reste un sujet d’interrogation. Si, dans l’imaginaire populaire, le "match zéro" à Milan, qui oppose le 19 février l’équipe de football de Valence à celle de Bergame a joué le rôle de "bombe biologique", en accélérant la diffusion du virus, les experts s’accordent aujourd’hui à considérer que le virus circulait déjà en Lombardie depuis le mois de janvier. La densité de la population particulièrement forte dans les villes lombardes, l’intensité des contacts sociaux - plus élevée en Italie que dans les autres États européens – et l’ouverture européenne et internationale de ces régions ont largement contribué à accélérer cette diffusion.

Le fait que cette région industrielle soit également l’une des plus polluée d’Europe a également pu jouer un rôle dans la propagation rapide de l’épidémie. Croisant les chiffres de l’Agence pour la protection de l’environnement et ceux de la Protection civile, une étude italienne établit en effet une relation entre les concentrations en particules fines et la rapidité avec laquelle l’épidémie de Covid-19 s’est diffusée dans le nord du pays.

Un témoignage du front

Le fait que cette région industrielle soit également l’une des plus polluée d’Europe a également pu jouer un rôle dans la propagation rapide de l’épidémie.

Les images de convois militaires Ă©vacuant Ă  Bergame les corps de victimes du Covid-19 laisseront dans l’opinion publique l’image d’un pays ravagĂ© par la guerre. Dans une lettre intitulĂ© "Un tĂ©moignage du front" publiĂ©e le 10 mars 2020, Daniele Macchini, docteur de l'hĂ´pital Humanitas Gavazzeni Ă  Bergame, dĂ©crit l’état des urgences dans cette ville devenue en quelques jours l’épicentre de l’épidĂ©mie : "C’était une atmosphère de silence et de vide surrĂ©aliste que nous ne comprenions pas encore, dans l’attente d’une guerre qui n’avait pas encore commencĂ© et dont beaucoup — moi y compris — n’étaient pas si sĂ»rs qu’elle viendrait un jour avec une telle fĂ©rocitĂ©".

MalgrĂ© la qualitĂ© du système de soins en Lombardie, le système de santĂ© italien n’était pas prĂ©parĂ© pour faire face Ă  cette Ă©pidĂ©mie. Selon les chiffres de l’OCDE et de la Commission europĂ©enne, les dĂ©penses de santĂ© correspondent Ă  8,8 % du PIB, soit un point de moins que la moyenne europĂ©enne et s’élèvent Ă  2 483 euros par habitant, soit 15 % de moins que la moyenne de l’UE. Les dĂ©penses de santĂ© italiennes suivaient l’évolution des dĂ©penses de santĂ© europĂ©ennes jusqu’en 2008 ; Ă  partir de cette date, elles ont commencĂ© Ă  dĂ©crocher, confirmant l’idĂ©e que le système de santĂ© italien aurait Ă©tĂ© victime de la politique d’austĂ©ritĂ© menĂ©e dans les annĂ©es suivant la crise financière. Avant le dĂ©clenchement de l’épidĂ©mie, l’Italie ne disposait que de 8,6 lits en soins intensifs pour 100 000 habitants, contre 16,3 pour la France et 33,9 pour l’Allemagne.

Il convient de relativiser ces chiffres en tenant compte du fait que la Lombardie, la région la plus touchée, est également celle qui bénéficiait d’un des systèmes de santé les plus performants d’Italie. Ses hôpitaux publics et privés ont longtemps été considérés comme un modèle d’excellence pour le reste de l’Europe. La saturation des hôpitaux, le manque de matériel médical et de protection en particulier pour le personnel soignant, aboutit aujourd’hui à une remise en cause de ce modèle.

Pour l’auteur et journaliste italien Roberto Saviano, cette confiance dans le système de soin lombard est l’une des principales causes de la faillite de l’Italie. Dans une tribune controversée intitulé la "La faiblesse, c’est de se croire invincible", l’auteur de Gomorra dénonce le rôle de la mafia et des politiques de droite dans la gestion erratique de la crise.

La comparaison entre les cas lombard et vĂ©nitien rĂ©vèle l’importance du dĂ©pistage massif et de la coopĂ©ration entre le système hospitalier et la mĂ©decine de ville pour contenir la pandĂ©mie. 

Il compare Ă©galement la stratĂ©gie adoptĂ©e par la Lombardie Ă  celle de la VĂ©nĂ©tie voisine : "la VĂ©nĂ©tie a beaucoup misĂ© sur le dĂ©pistage des personnes asymptomatiques pour identifier les foyers de contagions et agir ensuite rapidement en isolant les territoires concernĂ©s. Ă€ la diffĂ©rence de la Lombardie oĂą la contagion s’est accrue Ă  cause de l’imprĂ©paration des petits hĂ´pitaux, la VĂ©nĂ©tie a tentĂ© de limiter les hospitalisations des malades en privilĂ©giant les soins Ă  domicile". La comparaison entre les cas lombard et vĂ©nitien rĂ©vèle l’importance du dĂ©pistage massif et de la coopĂ©ration entre le système hospitalier et la mĂ©decine de ville pour contenir la pandĂ©mie. 

Les quatre leçons de l’Italie

"Si certains aspects de cette crise sont attribuables à la mauvaise fortune (Sfortuna) et ne pouvaient faire l’objet d’un contrôle par les décideurs publics, d’autres aspects, en revanche, sont emblématiques des difficultés du gouvernement italien à reconnaître l’ampleur de la menace, à organiser une réponse systématique, à apprendre des succès de cette stratégie mais également des erreurs commises".Le 27 mars 2020, un article publié dans la Harvard Business Review intitulé "Les leçons de la réponse de l’Italie au Coronavirus" établit les principales caractéristiques de la crise mises en lumière par le cas italien.

Face à la progression fulgurante de l’épidémie en Italie, seule une réponse immédiate et massive, impliquant une mobilisation totale de l’économie et de la société, aurait été à même de contenir efficacement la progression du virus. Sans renier le caractère parfois exemplaire de la réaction italienne, les auteurs de cette étude révèlent que les "erreurs" inhérentes à la stratégie du gouvernement italien forment une sorte de matrice, que l’on retrouve avec une intensité plus ou moins grande dans la gestion de la crise par les autres États européens.

Quatre Ă©lĂ©ments de la rĂ©ponse italienne mĂ©ritent de retenir l’attention :

  • Le premier concerne le "biais cognitif" conduisant l’Italie comme la plupart des États europĂ©ens Ă  nĂ©gliger les avis scientifiques et Ă  minimiser dans un premier temps la gravitĂ© de la situation. Un biais souvent renforcĂ© par des considĂ©rations d’ordre Ă©conomique, comme le relève la campagne de communication lancĂ©e par la mairie de Milan sous le slogan #MilanoNonSiFerma ("Milan ne fermera pas") afin de rassurer les investisseurs peu de jours avant que le gouvernement ne place la Lombardie en quarantaine. Après de longs atermoiements et contre l’avis de Confindustria, la confĂ©dĂ©ration italienne de l’industrie, le gouvernement se range aux appels du PrĂ©sident de la rĂ©gion lombarde et impose des mesures de confinement gĂ©nĂ©ralisĂ©es le 9 mars 2020. Ă€ cette date, le pays comptabilisait dĂ©jĂ  près de 400 dĂ©cès.
  • Le deuxième Ă©lĂ©ment concerne la tentation des dĂ©cideurs politiques Ă  n’adopter que des mesures partielles et progressives, alors que mĂŞme que ces mesures rĂ©vèlent leur pleine efficacitĂ© lorsqu’elles sont prises de façon systĂ©matique et simultanĂ©e. En Italie en effet, les mesures de confinement et les fermetures imposĂ©es progressivement Ă  l’ensemble du pays ont Ă©tĂ© renforcĂ©es progressivement, donnant l’impression d’une course contre le virus perdue par les autoritĂ©s. Les mesures sont accompagnĂ©es d’exceptions - comme le maintien de l’activitĂ© des usines en Lombardie après que le confinement y a Ă©tĂ© imposĂ© - diminuant ou annulant leur efficacitĂ©.

Les mesures de confinement et les fermetures imposées progressivement à l’ensemble du pays ont été renforcées progressivement, donnant l’impression d’une course contre le virus perdue par les autorités.

  • Le troisième Ă©lĂ©ment concerne la difficultĂ© des organisations – collectivitĂ©s publiques ou système de soins - Ă  modifier leurs pratiques en fonction des rĂ©sultats observĂ©s. Dans le nord du pays, comme nous l’avons vu, deux des rĂ©gions les plus touchĂ©es, la Lombardie et la VĂ©nĂ©tie, ont choisi des mĂ©thodes opposĂ©es : alors que le VĂ©nĂ©tie, en misant sur le dĂ©pistage pour identifier les porteurs du virus et les isoler, parvient Ă  ralentir le rythme des contaminations, la Lombardie, reconnue pour l’excellence de son système de soins, recourt massivement aux hospitalisations d’urgence sans parvenir Ă  empĂŞcher la saturation de ses hĂ´pitaux. L’extension de la stratĂ©gie ciblĂ©e adoptĂ©e par la VĂ©nĂ©tie aux autres rĂ©gions italiennes aurait sans doute permis une meilleure maĂ®trise de la chaĂ®ne de contamination. 
     
  • Le dernier Ă©lĂ©ment concerne enfin la nĂ©cessitĂ© de disposer de donnĂ©es prĂ©cises et actualisĂ©es pour suivre l’évolution de l’épidĂ©mie et y apporter les rĂ©ponses adaptĂ©es. La difficultĂ© Ă  suivre prĂ©cisĂ©ment la progression du virus et le manque de donnĂ©es sur les chaĂ®nes de contamination et le profil des patients pose dĂ©sormais un problème particulier pour la phase de dĂ©-confinement.

La sortie du confinement

Lors d'une conférence de presse organisée dimanche 26 avril, le Président du conseil a détaillé le plan de sortie du confinement. À partir du lundi 27 avril, les secteurs considérés comme stratégiques - chantiers publics et secteurs industriels tournés vers l’exportation - ont pu reprendre leur activité, mais la "phase 2", qui voit l’Italie entrer dans une nouvelle normalité, ne doit débuter que le 4 mai. Cette phase 2 s’accompagne du maintien des gestes barrières, du port obligatoire du masque dans l’espace public et de l’adoption d’une nouvelle application de traçage numérique nommée "Immuni", créée par la société Bending Spoons de Milan avec le soutien du centre médical Santagostino.

Premier pays d’Europe touché par l’épidémie, l’Italie a subi cette crise de plein fouet et payé à ce jour le plus lourd tribut humain.

Ce retour à la normalité signifie la réouverture des parcs et jardins et la possibilité de se promener de nouveau dans la rue à partir du 4 mai. Les musées et les bibliothèques devraient rouvrir à partir du 18 mai alors que les restaurants et cafés, tenus jusqu’ici à la vente à emporter, pourront rouvrir le 1er juin. Les centres commerciaux pourront rouvrir dès le 4 mai et les commerces de petite taille devront attendre le 18 mai. Les coiffeurs ne rouvriront quant à eux que début juin.

Pour le moment, le comité scientifique a souligné qu'une réouverture des églises et autres offices présenterait un risque sanitaire trop élevé, suscitant la protestation des évêques italiens. Les écoles italiennes ne pourront rouvrir quant à elle que début septembre, ce qui pose la question de la garde des enfants pour les parents amenés à reprendre leur activité.

Conclusion

Premier pays d’Europe touché par l’épidémie, l’Italie a subi cette crise de plein fouet et payé à ce jour le plus lourd tribut humain. La situation dans laquelle se sont retrouvés les hôpitaux italiens aura eu le mérite d'accélérer la perception de l’ampleur de la crise au niveau européen. En choisissant de mettre en place des mesures drastiques pour contenir la propagation du virus, l’Italie a fait un choix éthique, sans doute empreint de catholicisme, dont le modèle a déterminé les réponses adoptées par les autres États européens.

 

 

Avec la collaboration de Victor Bus et Margaux Tellier

 

Copyright : MIGUEL MEDINA / AFP

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