AccueilExpressions par MontaigneAutonomie des universitĂ©s, autonomie des universitaires : une incompatibilitĂ© ?La plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Éducation19/02/2009ImprimerPARTAGERAutonomie des universitĂ©s, autonomie des universitaires : une incompatibilitĂ© ?Auteur Quelques réflexions inspirées par le décret sur le statut des universitaires :1 – Ce décret était-il nécessaire ? Non, il n’y avait pas urgence ! La preuve, la loi LRU de 2007 donne déjà explicitement la possibilité au Conseil d’administration de répartir les obligations de service entre les personnels enseignants. Quant au décret de 1984, il offre de ce point de vue une latitude assez large.2 – Pourquoi ce dĂ©cret a-t-il vu le jour ? Pour satisfaire la confĂ©rence des PrĂ©sidents d’UniversitĂ© (CPU) qui souhaitait que leurs prĂ©rogatives dĂ©finies dans la loi LRU soient explicitĂ©es. C’est cette mĂŞme CPU* qui aujourd’hui utilise l’argument de l’indĂ©pendance universitaire pour mieux contester ce dĂ©cret. Que celle-ci change d’avis de façon intempestive, ce n’est pas une première. Depuis trente ans, elle agit ainsi avec les gouvernements de gauche comme e de droite. Pendant que la CPU (1) conteste, nos grandes Ă©coles telles Sciences Po, HEC, Paris-Tech, continuent d’avancer, lèvent des fonds… aux USA afin de poursuivre leur dĂ©veloppement.Le PrĂ©sident de la RĂ©publique a demandĂ© Ă la Ministre de l’Enseignement supĂ©rieur de dĂ©gager de nouvelles pistes. En voici quelques unes qui permettraient de concilier autonomie des universitĂ©s et indĂ©pendance des universitaires.1 – Faire court ! 22 pages, c’est la longueur du fameux dĂ©cret "Pecresse" (soit 20 pages de trop !). Plus le texte est long, plus on prĂŞte le flanc Ă la critique. 2 – Distinguer clairement dans le recrutement et la gestion de carrière ce qui relève du niveau national - les universitaires Ă©tant des fonctionnaires (les qualifications, etc.) - de ce qui relève de l’universitĂ© autonome (le recrutement, etc.).3 – Sur l’Ă©valuation – un sujet sensible : de la mĂŞme façon qu’un enseignant-chercheur est Ă©valuĂ©, sur la partie « recherche », dans le cadre du laboratoire auquel il appartient (2) , un enseignant du supĂ©rieur devrait ĂŞtre, sur la partie « enseignement » Ă©valuĂ© Ă l’aune des « performances » des formations qu’il dispense. Par exemple (en caricaturant volontairement Ă l’excès), une formation de licence dont 50% des Ă©tudiants « s’Ă©vaporent » au cours du premier semestre de la première annĂ©e ou un master professionnel sans dĂ©bouchĂ©s devraient nous laisser songeur sur la pertinence de ces formations mais Ă©galement sur l’implication des enseignants…4 – Bannir toute interfĂ©rence de la part de l’Administration centrale. Est-il normal, en effet, que le dĂ©cret incriminĂ© rĂ©gularise la pratique actuelle au terme de laquelle un enseignant-chercheur utilisĂ© comme expert ou consultant par l’Administration centrale du Ministère se voit dĂ©charger des 2/3 de son service d’enseignement dans son universitĂ© (3) ? La bonne logique exigerait plutĂ´t que ces enseignants-chercheurs soient rĂ©munĂ©rĂ©s comme experts sur le budget de l’Administration centrale et assurent leur tâche d’enseignement dans leur universitĂ©.5 - La CPU, enfin, serait bien inspirĂ©e de rĂ©flĂ©chir et surtout d’agir pour la mise en place dans les universitĂ©s, dans le cadre de leur statut, d’instances collĂ©giales consultatives Ă mĂŞme de garantir l’indĂ©pendance des universitaires, comme cela existe dans les plus grandes universitĂ©s Ă©trangères (assemblĂ©e des universitaires, collèges de disciplines, etc.). Point n’est besoin de loi pour tout cela. De nombreux prĂ©sidents, anciens et actuels, dirigent ou ont dirigĂ© leur universitĂ© en s’appuyant sur une assemblĂ©e des directeurs dont la composition n’a Ă©tĂ© prĂ©vu dans aucune des lois (1968, 1984, 2007…).Quoi qu’il en soit, passer de l’autonomie formelle Ă l’autonomie rĂ©elle suppose que les responsables de nos Ă©tablissement soient « autonomes dans leur tĂŞte » et capables de penser et d’agir indĂ©pendamment de l’Administration centrale. Cela, malheureusement, ne se dĂ©crète pas !(1) Observons que le Gouvernement actuel a multipliĂ© par 4 leur indemnitĂ© de fonction (40.000 €/an) qui s’ajoute Ă leur rĂ©munĂ©ration normale de Professeur ou MaĂ®tre de ConfĂ©rences. Le projet de dĂ©cret les dispense, par ailleurs, de toute activitĂ© d’enseignement.(2) Cf. par exemple le rĂ©pertoire des laboratoires d’excellence publiĂ© par l’Institut Montaigne. Laboratoire de niveau international. Il est clair que pour les chercheurs qui appartiennent Ă ces laboratoires les propos du PrĂ©sident de la RĂ©publique du 22 janvier ne sont pas pertinents.(3) Plusieurs centaines/anConsulter le classement des Ă©tablissements universitaires de l'Institut MontaigneImprimerPARTAGER