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Rencontres
Septembre 2016

« Le Royaume-Uni, l’Europe et le monde après le Brexit. Points de vue depuis Londres »

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Ce dĂ©bat a Ă©tĂ© organisĂ© dans le cadre des petits dĂ©jeuners de l'Institut Montaigne consacrĂ©s aux enjeux internationaux. 
 
avec Robin Niblett, directeur, Chatham House
et Nick Butler, professeur, King’s College
Débat présidé par Dominique Moïsi, conseiller spécial de l'Institut Montaigne

Le Brexit : quels enseignements ?

Le Brexit a suscitĂ© deux types de rĂ©actions : celle d’un Ă©lectrochoc pour le Royaume-Uni comme pour l’Union europĂ©enne (UE), ainsi que pour la dĂ©mocratie plus largement, d’une part. La certitude que cet Ă©vĂ©nement n’en est pas vraiment un puisque le Royaume-Uni a toujours exercĂ© un rĂ´le singulier au sein de l’Union europĂ©enne, d’autre part. Nous vivons une sorte de nouvelle « drĂ´le de guerre Â» : des changements et des mutations substantielles sont Ă  l’œuvre mais il est impossible de discerner le sens dans laquelle la situation Ă©volue.
 
Le résultat du referendum ne doit pas être interprété comme un signe d’hostilité à l’égard de l’Europe ou de ses Etats membres mais bien vis-à-vis de la bureaucratie européenne et de Bruxelles.
 
Le vote britannique a rĂ©vĂ©lĂ© un profond clivage gĂ©nĂ©rationnel. La nostalgie d’un âge d’or britannique l’emporte chez la gĂ©nĂ©ration la plus âgĂ©e, pour qui le projet europĂ©en est un Ă©chec : absence de politique commune en matière de sĂ©curitĂ©, cacophonie dans la gestion de la crise des rĂ©fugiĂ©s, des rĂ©sultats Ă©conomiques dĂ©cevants.  

Et maintenant ?
 
Quatre scenarios sont possibles pour l’avenir des relations euro-britanniques :
 
1. Le Royaume-Uni et l’UE poursuivent leurs chemins séparément.
 
2. Le Brexit en reste Ă  l’état de « coquille vide Â» en raison d’une trop grande complexitĂ© juridique et administrative dans la mise en Ĺ“uvre du processus de sortie de l’UE.
 
3. L’UE se rĂ©forme et opère des changements radicaux en renonçant Ă  sa politique d’austĂ©ritĂ© ainsi qu’à sa politique d’élargissement et en s’affranchissant du « leadership Â» allemand.  
 
4. L’UE se resserre autour d’un noyau dur de pays et s’arme d’un parlement europĂ©en fort, se dote d’une vĂ©ritable politique de dĂ©fense commune et fait le choix d’une politique Ă©conomique plus protectionniste.  
 
Sur le plan international, quatre risques sont identifiĂ©s :
 
1. Le résultat du référendum porte en lui les effets des discours populistes pro-Brexit. Il vient renforcer, au sein de plusieurs pays européens, et légitimer le développement de mouvements ou de partis populistes dirigés par des leaders au discours nationaliste qui ont pour modèles Erdogan ou Poutine.
 
2. La coopĂ©ration transatlantique est un sujet de prĂ©occupation pour les EuropĂ©ens comme pour les Etats-Unis : comment la relation Ă©voluera-t-elle sans le Royaume-Uni Ă  la table des nĂ©gociations ? Quel rĂ´le pour l’OTAN dans cette nouvelle configuration et quelles consĂ©quences pour le pivot stratĂ©gique en Asie ? Les incertitudes sont fortes en matière d’affaires internationales.
 
3. Malgré la singularité de la présence britannique dans l’UE, le Royaume-Uni était très engagé dans les discussions et les négociations à Bruxelles. Le risque de déstabilisation et de dysfonctionnement des institutions européennes n’est pas négligeable, tout comme celui d’un réflexe de repli nationaliste par les Etats membres.
 
4. Dans le cadre de ce contexte très incertain, l’UE doit indiscutablement incarner la stabilité et le Royaume-Uni doit, quant à lui, prendre ses responsabilités. Parmi les nombreux sujets révélés par le Brexit sur le plan international, les questions concernant l’avenir du TTIP, la place de plus en plus importante qu’occupe la Russie de V. Poutine ainsi que le gel des projets européens, à commencer par la politique d’élargissement, doivent être urgemment abordés et discutés.
 
NĂ©anmoins, le Royaume-Uni ne peut pas faire abstraction de sa situation gĂ©ographique et stratĂ©gique. Si le rĂŞve churchillien de crĂ©ation d’« Etats-Unis d’Europe Â» ne deviendra jamais rĂ©alitĂ©, l’UE demeure le partenaire principal du Royaume-Uni que la relation bilatĂ©rale avec les USA ne peut pas, Ă  elle seule, remplacer.
 
Remarques diverses
 
Le Brexit peut avoir une incidence positive sur le renforcement de la relation franco-allemande, notamment sur les questions de défense et de sécurité. Paradoxalement, ce rapprochement peut ramener, à terme, le Royaume-Uni dans le giron européen.
 
Le gouvernement britannique devra prouver, dans les années à venir, que quitter l’Union européenne était le meilleur choix possible. Il est probable qu’il mette l’emphase sur les bénéfices tirés des accords commerciaux bilatéraux par rapport à ceux auxquels les pays membres de l’UE sont tenus. En revanche, en matière de sécurité, le Royaume-Uni devra nécessairement engager une coopération efficace avec les Européens.
 
Le plus gros dĂ©fi auquel l’administration britannique est confrontĂ©e est son imprĂ©paration au Brexit. Il n’y a pas d’horizon connu ni de cadre cohĂ©rent pour conduire les six nĂ©gociations qui l’attend :
 
1. Les modalitĂ©s du « divorce Â» (article 50)

2. L’avenir de la relation UE/R-U

3. La nature de la transition vers cette nouvelle relation

4. Le mode d’adhésion à l’OMC

5. Les relations entre le Royaume-Uni et ses partenaires principaux

6. La coopération sur les questions de défense et de sécurité avec l’UE
 
En votant pour la sortie de l’UE, les Britanniques ont fait le pari qu’ils seraient plus forts seuls qu’en Ă©tant membre de l’UE. L’histoire leur donnera raison ou non. Qu’elle que soit la rĂ©ponse, elle sera dĂ©terminante pour l’avenir de la construction europĂ©enne. 

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