AccueilRencontres FĂ©vrier 2018IntĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral : que peut lâentreprise ? SociĂ©tĂ© RĂ©gulationImprimerPARTAGERLâInstitut Montaigne rĂ©unissait un panel de cinq personnalitĂ©s pour dĂ©battre du lien entre entreprise et intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Cet Ă©change a vocation Ă alimenter les rĂ©flexions gouvernementales en cours sur cette question, dans le cadre de la mission âEntreprise et intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ralâ lancĂ©e le 5 janvier dernier.ââJean-Marc Daniel, Ă©conomiste, Elizabeth Ducottet, prĂ©sidente-directrice gĂ©nĂ©rale de Thuasne, Marylise LĂ©on, secrĂ©taire nationale de la CFDT, Serge Weinberg, prĂ©sident du Conseil dâadministration de Sanofi et Charles-Edouard Vincent, fondateur dâEmmaĂŒs DĂ©fis et de Lulu dans ma rue, ont donnĂ© leur avis sur le rĂŽle et les missions de lâentreprise dans notre pays.Les Ă©changes Ă©taient animĂ©s par Julien Damon, professeur associĂ© Ă Sciences Po et auteur de lâouvrage IntĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral : que peut l'entreprise ?. Retrouvez les quatre points Ă retenir de cette matinĂ©e.1. Les salariĂ©s ont une perception globalement positive de la prise en compte de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral par leur entreprise.Une grande majoritĂ© des salariĂ©s français considĂšre que lâaction de leur entreprise va dans le sens de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Ce chiffre rĂ©vĂšle un paradigme clair, oĂč il est dĂ©sormais manifeste que lâEtat nâa plus le monopole de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Le terme dâentreprise signifie âprendre Ă plusieursâ, la notion est donc intrinsĂšquement liĂ©e Ă celle dâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Une entreprise, pour survivre et se dĂ©velopper, doit participer Ă lâĂ©volution de son Ă©cosystĂšme. De leur cĂŽtĂ©, les salariĂ©s sont attachĂ©s Ă leur entreprise et attendent dâelle quâelle sâinscrive dans un environnement, un territoire, une dĂ©marche citoyenne. Le chef dâentreprise, quant Ă lui, vit son mĂ©tier comme une composante du contrat social. Si lâintĂ©rĂȘt collectif et social est dĂ©jĂ dans les gĂšnes de lâentreprise, il est indĂ©niable que lâopinion publique, les salariĂ©s et les pouvoirs publics en attendent encore davantage.ââ2. LâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral peut cependant avoir des acceptions et des perceptions multiples.La perception de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral est multiple. Elle diffĂšre selon les acteurs : chefs dâentreprises, pouvoirs publics, sociĂ©tĂ© civile, etc. Pour un chef dâEtat, la participation de lâentreprise Ă lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral rĂ©side dans la crĂ©ation dâemplois, la stimulation du pouvoir dâachat. Les entrepreneurs ont, quant Ă eux, le sentiment de crĂ©er, de protĂ©ger des emplois et considĂšrent que les actions de leur entreprise prennent en compte lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Leur activitĂ© contribue, par essence et via ce soutien Ă lâemploi, Ă lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Les chefs dâentreprises ou les salariĂ©s ont une vision diffĂ©rente des finalitĂ©s de lâentreprise, dâabord perçue comme devant gĂ©nĂ©rer un profit et crĂ©er des biens ou des services utiles pour ses clients. Cette dimension nâexclut en aucun cas leur contribution Ă lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.Les quatre piliers de la responsabilitĂ© sociĂ©tale des entreprises (RSE) tĂ©moignent eux-mĂȘmes de lâambiguĂŻtĂ© des termes, puisque la RSE regroupe :la formation et le dĂ©veloppement des compĂ©tences ;la participation Ă la promotion du design et des start-up ;le rapport Ă lâenvironnement ;le rapport au monde acadĂ©mique.Enfin, la difficultĂ© dâapprĂ©ciation de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral fait Ă©cho Ă la dĂ©licate Ă©valuation de lâimpact social des entreprises. Une entreprise peut avoir une activitĂ© trĂšs vertueuse mais un tout petit impact.â3. La question du profit des entreprises nâest plus taboue, elle vient Ă©clairer diffĂ©remment la notion dâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.Pour de nombreuses entreprises françaises, la performance Ă©conomique, permettant elle-mĂȘme lâaccĂšs aux marchĂ©s internationaux, est la condition de la pĂ©rennitĂ© du lien entre lâactivitĂ© et lâattachement au territoire. Lâentreprise a besoin de se dĂ©velopper Ă lâinternational pour pĂ©renniser lâemploi national. La recherche du profit est elle-mĂȘme plus complexe que le simple fait de gagner de lâargent Ă court terme. Pour certains secteurs dâactivitĂ©, les investissements sont rĂ©alisĂ©s dans des perspectives Ă 5, 10 ou 15 ans. Le but du profit est de prĂ©parer lâavenir (en investissant) et de rĂ©compenser le passĂ© (le profit est le fruit des choix rĂ©alisĂ©s dans le passĂ©). Mais les sens que lâon donne au profit ou Ă la responsabilitĂ© sociĂ©tale des entreprises Ă©voluent avec le temps. En bref, si la question du profit ne fait plus dĂ©bat, elle porte plutĂŽt sur la maniĂšre dont les profits sont rĂ©alisĂ©s et la façon dont il faut les partager. Le profit est sain lorsquâil permet de transmettre, de durer, de pĂ©renniser lâactivitĂ©.â4. Toute Ă©volution du Code civil vers une plus grande prise en compte de lâimpact social des entreprises doit ĂȘtre pensĂ©e Ă lâaune des dispositifs existants.La derniĂšre modification de lâarticle 1832 du Code civil sur les fondements de lâentreprise date de 1985. Dans de nombreux domaines, la multiplication des normes et des obligations peut sâavĂ©rer dangereuse. Câest pourquoi il faut veiller Ă ce que toute Ă©volution du Code civil ne pĂ©nalise en rien lâefficacitĂ© des entreprises. Si le dĂ©bat autour de la RSE porte effectivement sur lâarbitrage entre volontariat et obligation, cette notion a dĂ©jĂ envahi la rĂ©alitĂ© des entreprises et le monde des investisseurs. Les grands fonds exigent des entreprises quâelles se comportent comme des citoyennes. Le mouvement est lancĂ© : les entreprises initient de nombreuses actions qui ne sâinscrivent pas dans le processus traditionnel de production mais vont bien au-delĂ . Lâintroduction de concepts juridiques flous pourrait crĂ©er une incertitude, des risques juridiques, au moment mĂȘme oĂč des efforts sont rĂ©alisĂ©s pour permettre aux entreprises dâĂȘtre stabilisĂ©es dans leur environnement juridique et fiscal. Toutefois, certaines voix sâĂ©lĂšvent pour que la place particuliĂšre des salariĂ©s soit mieux reconnue et que le Code civil prenne davantage en compte les impacts sociaux et environnementaux des entreprises. Revoir la confĂ©rence en vidĂ©o.contenus associĂ©s Ă la uneIntĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral que peut l'entreprise ?Consultez la Etude