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Rencontres
Avril 2017

De quelle Europe avons-nous besoin ?

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A l’occasion de la sortie de notre rapport L’Europe dont nous avons besoinnous recevions :

  • Ramon Fernandezdirecteur gĂ©nĂ©ral dĂ©lĂ©guĂ©, en charge des finances et de la stratĂ©gie, groupe Orange, (prĂ©sident de notre groupe de travail sur l’Europe) ;

  • Pierre Moscovicicommissaire europĂ©en aux affaires Ă©conomiques et financières, Ă  la fiscalitĂ© et Ă  l’union douanière ;

  • Emmanuel Moulin, Managing Director, Mediobanca, (membre du groupe de travail) ;

  • Marwan Lahoudancien directeur gĂ©nĂ©ral dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la stratĂ©gie, Airbus Group, membre du ComitĂ© directeur de l’Institut Montaigne ;

  • Jean LemierreprĂ©sident du conseil d'administration, BNP Paribas, (membre du groupe de travail).


Ainsi que les représentants de François Fillon, Benoît Hamon et Emmanuel Macron :

  • Alain CadecdĂ©putĂ© europĂ©en, reprĂ©sentant de François Fillon ;

  • Isabelle ThomasdĂ©putĂ©e europĂ©enne, reprĂ©sentante de BenoĂ®t Hamon ;

  • Sylvie Goulard, dĂ©putĂ©e europĂ©enne, reprĂ©sentante d’Emmanuel Macron. 


Les Ă©changes Ă©taient animĂ©s par Sylvie Kauffmann, directrice Ă©ditoriale au Monde, et Nicholas Vinocur, correspondant Ă  Politico.  
 
En cinq points, l’avis des experts et des trois députés européens :

 

1 – L’Europe à la croisée des chemins



Pour Pierre Moscovici, la pĂ©riode que traverse actuellement l’Europe est Ă  la fois angoissante et stimulante. Angoissante, du fait de l’incroyable dĂ©fi que reprĂ©sente le Brexit et du contexte Ă©lectoral europĂ©en. Stimulante, parce que la pĂ©riode est propice Ă  un sursaut et Ă  une relance du processus d’intĂ©gration. L’Europe n’a pas d’autre choix que de prendre la mesure de la situation. L’unitĂ© du continent est maintenant contestĂ©e en interne, mais Ă©galement sur la scène internationale par certaines puissances, Ă  commencer par la Russie de Vladimir Poutine, ou les Etats-Unis de Donald Trump.

 

2 – Un rôle décisif pour la France



Pour Ramon Fernandez, l’issue de la prochaine Ă©lection prĂ©sidentielle sera dĂ©terminante pour l’avenir de l’Union europĂ©enne (UE). En effet, le rĂ©tablissement de la confiance entre les Etats membres, et surtout entre la France et l’Allemagne, est indispensable pour relancer le projet europĂ©en. Les premières rĂ©formes du prochain prĂ©sident de la RĂ©publique seront ainsi scrutĂ©es de près par nos principaux partenaires.

Selon Pierre Moscovici, un accord informel pourrait ĂŞtre passĂ© entre l’Allemagne, qui accepterait de mettre ses excĂ©dents commerciaux au service de l’investissement en Europe, et la France, qui rĂ©duirait ses dĂ©ficits et mènerait Ă  bien les rĂ©formes structurelles dont elle a besoin. L’arrivĂ©e prochaine de nouveaux gouvernements dans les deux pays ouvre une fenĂŞtre de tir Ă  cet effet.

 

3 – Faire converger les économies européennes, surtout au sein de la zone euro



Pour Jean Lemierre et Ramon Fernandez, malgrĂ© de nombreuses critiques, l’euro est un atout indĂ©niable en ce qu’il a permis de maintenir une inflation rĂ©duite. NĂ©anmoins, la monnaie unique n’a pas permis la convergence des Ă©conomies europĂ©ennes, et les disparitĂ©s des taux de croissance et de chĂ´mage font courir un risque politique important pour la zone. La construction de la zone euro semble ainsi inachevĂ©e. Pour Pierre Moscovici, citant Jacques Delors, “l’euro protège, mais il ne dynamise pas”.

Pour Isabelle Thomassoutien de BenoĂ®t Hamon, renforcer les institutions de la zone euro Ă©quivaut Ă  partager davantage la souverainetĂ© des Etats membres, ce qui requiert de mettre en place des procĂ©dures de contrĂ´le dĂ©mocratique. Sans une appropriation par les enceintes parlementaires nationales des dĂ©cisions macroĂ©conomiques prises pour la zone euro, les opinions publiques continueront Ă  se dĂ©tourner du projet europĂ©en.

Pour Sylvie Goulard, soutien d’Emmanuel Macron, il faut commencer par respecter enfin les règles - notamment budgĂ©taires - de la zone euro, avant de concevoir de nouvelles institutions ou de nouveaux outils. C’est la condition indispensable au retour de la confiance entre les diffĂ©rents gouvernements.

Alain Cadec, soutien de François Fillon, place lui au rang de priorité la convergence économique entre la France et l’Allemagne, ainsi que le rétablissement d’une volonté politique commune aux deux gouvernements.

 

4 – Marché intérieur, politique commerciale, politique de la concurrence :
quels leviers actionner ?



Pour Emmanuel Moulin, le retour Ă  la prospĂ©ritĂ© Ă©conomique en Europe nĂ©cessite que l’on achève la construction du marchĂ© intĂ©rieur. Pour cela, il faut poursuivre la “dĂ©fragmentation” des marchĂ©s nationaux dans de très nombreux secteurs d’activitĂ©s, comme la banque ou les tĂ©lĂ©coms. Concernant la politique commerciale, l’UE doit prendre acte du risque actuel de retour du protectionnisme et faire preuve de moins de naĂŻvetĂ©.

Pour Alain Cadec, l’Europe doit dĂ©fendre davantage ses intĂ©rĂŞts commerciaux en faisant respecter le principe de rĂ©ciprocitĂ© dans ses accords commerciaux.

Sylvie Goulard considère qu’il est nĂ©cessaire pour l’Europe qu’elle continue Ă  dĂ©fendre le principe d’ouverture des Ă©changes et Ă  faire de sa politique commerciale un des principaux outils de son action internationale.

Isabelle Thomas considère que la politique commerciale europĂ©enne devrait protĂ©ger davantage certains secteurs, ceci afin de permettre Ă  l’Europe de bĂ©nĂ©ficier Ă  terme d’une autonomie agroalimentaire et Ă©nergĂ©tique.

 

5 – Assurer la sécurité des citoyens européens



Selon Marwan Lahoud, pour la première fois depuis plusieurs dĂ©cennies, les Etats membres partagent une mĂŞme conception des menaces qui pèsent sur le continent : le terrorisme et le retour des puissances russe ou encore turque. De mĂŞme, la France comme l’Allemagne partagent le mĂŞme diagnostic sur la nĂ©cessitĂ© d’augmenter leur effort de dĂ©fense. Toutefois, il est nĂ©cessaire de s’interroger prĂ©alablement sur la stratĂ©gie que les Etats membres entendent mener collectivement.

Sylvie Goulard a rappelĂ© la rĂ©ticence historique de la France Ă  la mise en place d’une politique de sĂ©curitĂ© et de dĂ©fense europĂ©enne. La France semble avoir Ă©voluĂ© sur ce point, mais elle doit encore en convaincre ses principaux partenaires. L’Allemagne a elle aussi Ă©voluĂ© politiquement au cours des dernières annĂ©es. La rĂ©cente augmentation de son budget de la dĂ©fense reprĂ©sente une vĂ©ritable  rĂ©volution culturelle pour sa classe politique.

En accord avec Sylvie Goulard, Alain Cadec a insistĂ© sur l’importance de maintenir une coopĂ©ration Ă©troite en matière de dĂ©fense et de sĂ©curitĂ© avec le Royaume-Uni, et ce malgrĂ© la sortie de ce pays de l’UE.

(Isabelle Thomas n’a pas pu prendre part Ă  cette dernière discussion). 

Retrouvez l'intégralité de cette conférence sur notre page Facebook.

 
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