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Avril 2016

COP21 : et après ?

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L’Institut Montaigne a souhaité donner la parole aux acteurs qui cherchent à apporter des solutions à ces problèmes. Pour faire avancer les débats sur ces enjeux qui dépassent les seules logiques économiques et politiques, il est nécessaire d’élaborer dès aujourd’hui les pistes d’action concrètes qui pourront fonder les orientations futures.


• Après les objectifs, les moyens
 



L’ambassadrice de la France en charge des négociations climatiques a rappelé les trois principaux acquis de la dernière conférence des parties : l’accord émane des initiatives des pays ; il donne une direction globale ; enfin, il fixe à l’ensemble des pays des rendez-vous réguliers qui jalonneront la démarche. Autant de signaux positifs envoyés aux différentes parties prenantes qui ont largement contribué au succès du 12 décembre 2015 : entreprises, ONG et société civile au sens large. Ainsi, la COP21 a consacré une méthode tout autant que des objectifs : la mobilisation devra se maintenir dans la durée par la convergence des intérêts individuels. En somme, la démarche n’est plus top down, mais bien bottom up.

C’est dans ce cadre que les entreprises ont indéniablement un rôle clé à jouer dans la lutte contre le réchauffement climatique : plutôt que de simplement se conformer aux objectifs fixés par la puissance publique, voire de s’y opposer chaque fois qu’ils contreviennent à leurs intérêts, il leur appartient de prendre l’initiative et de montrer comment il est possible de passer efficacement à l’action. Dès lors, les pouvoirs publics doivent créer les conditions favorables à cette émulation des acteurs privés, pour stimuler et encourager l’innovation en faveur du climat. À titre d’exemple, Veolia s’est engagée, en amont de la COP21, à réduire de 50% ses émissions de gaz à effet de serre en cinq ans. Au-delà de ces objectifs ambitieux, l’entreprise propose également à ses clients – dont font notamment partie les pouvoirs publics – de les aider à diminuer leurs émissions. Autrement dit, les entreprises ont l’opportunité de faire partie de la solution plus que du problème.



Cependant, comme le rappelle Antoine FrĂ©rot, le prĂ©sident-directeur gĂ©nĂ©ral de Veolia, tant que polluer demeurera moins coĂ»teux que de dĂ©polluer, il sera difficile d’inciter les acteurs Ă©conomiques Ă  rĂ©duire leurs Ă©missions de gaz Ă  effet de serre. C’est tout l’enjeu de l’internalisation des externalitĂ©s nĂ©gatives. Il s’agit concrètement d’intĂ©grer les nuisances causĂ©es Ă  la collectivitĂ© et Ă  l’environnement par les acteurs Ă©conomiques dans les Ă©quations financières, afin d’influencer les comportements. Pour ce faire, plusieurs moyens ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© proposĂ©s : rĂ©glementation normative, redevance pour le dĂ©pollueur, marchĂ© du carbone, taxe du carbone, etc. Ces moyens, pour la plupart, ne sont pas mutuellement exclusifs, mais leur pertinence varie selon les situations.   


•    Le prix du carbone, entre initiatives locales et rĂ©glementation internationale
 

Quoiqu’il n’en soit pas fait mention explicite dans l’Accord de Paris, le prix du carbone est l’un des enjeux fondamentaux de la lutte contre le réchauffement climatique et l’un des chantiers majeurs de l’après COP21. Indépendamment de la méthode de valorisation retenue – soit par un mécanisme de marché de quota, soit par une taxe sur la production –, de nombreuses entreprises souhaitent qu’un signal-prix clair leur soit donné pour réorienter leurs investissements.

Aujourd’hui, les situations sont extrêmement diverses : dans certains pays, le prix de la tonne de CO2 atteint environ 100 €, alors qu’il peut avoir un prix négatif dans d’autres pays si des subventions y sont octroyées à certaines énergies carbonées. Comment faire converger ces situations sans créer des perdants de la lutte contre le réchauffement climatique ? Faut-il créer une organisation visant à arbitrer les différends entre pays ayant adopté des prix du carbone différents, sur le modèle du fonctionnement de l’OMC concernant les échanges mondiaux ? L’idée peut séduire, mais sa mise en œuvre n’est envisageable qu’à moyen voire long terme.



Aussi les entreprises cherchent-elles Ă  prendre les devants en la matière afin d’adapter efficacement leur stratĂ©gie. Jean-Pierre Clamadieu, le prĂ©sident de Solvay, rappelle Ă  cet Ă©gard que, six mois avant la ConfĂ©rence de Paris, six entreprises pĂ©trolières europĂ©ennes ont appelĂ© de leurs vĹ“ux un prix du carbone mondial homogène, alors mĂŞme qu’un tel dispositif pèserait lourdement sur leurs coĂ»ts de production. Dans cette attente, les initiatives foisonnent pour anticiper une telle Ă©volution. Solvay, acteur de premier rang de la chimie, a ainsi optĂ© pour l’adoption d’un prix du carbone en interne. Idem pour Saint-Gobain, qui a mĂŞme choisi de fixer deux prix du carbone, l’un d’eux Ă©tant nettement plus important (aux alentours de 100 € la tonne), afin d’évaluer Ă  plus long terme les dĂ©cisions  d’investissement.


• Mesurer pour progresser
 

Les problématiques liées à l’établissement d’un prix du carbone mettent en évidence l’importance de mesurer objectivement les progrès réalisés. En interne, la mesure permet d’assurer l’amélioration continue des pratiques ; sur les marchés, elle rend possibles la comparaison et la mise en concurrence des acteurs. En somme, elle constitue « une brique de cohérence » pour l’action internationale, selon Henri de Castries, président-directeur général d’AXA.

Il en va en outre de la transparence du système. Un prix du carbone constitue ainsi un prĂ©requis indispensable Ă  la mobilisation des acteurs financiers, dont les investissements doivent pouvoir ĂŞtre Ă©valuĂ©s sur des critères objectifs.  Pierre-AndrĂ© de Chalendar, le prĂ©sident de Saint-Gobain, prĂ©cise que de nombreux industriels se sont d’ores et dĂ©jĂ  dotĂ©s d’outils de reporting Ă©laborĂ©s pour mesurer les progrès rĂ©alisĂ©s en matière de gestion des externalitĂ©s nĂ©gatives. La sincĂ©ritĂ© et l’exactitude de ces procĂ©dĂ©s sont contrĂ´lĂ©es par des audits extĂ©rieurs et les rĂ©sultats figurent dans les rapports annuels. Les logiques sous-tendant la lutte contre le rĂ©chauffement climatique sont donc dĂ©jĂ  intĂ©grĂ©es aux logiques de gestion de certaines entreprises.

Si la prise de conscience des acteurs économiques ne répond pas seulement des négociations internationales, l’instauration d’un cadre réglementaire global ne pourrait qu’accélérer l’adaptation de leurs modèles d’affaires. Laurence Tubiana, dont la candidature au poste de secrétaire générale de la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique a été officiellement déposée début avril, a salué les initiatives présentées, en souhaitant toutefois que le rythme d’innovation s’accélère afin de répondre à l’urgence des défis climatiques.




 

COP21 : et après ? 11/04/2016

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