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Ouvrage
Janvier 2021

Les militants
du djihad

Auteurs
Hakim El Karoui
Ancien Expert Associé - Monde Arabe, Islam

Hakim El Karoui dirige le bureau parisien de Brunswick, groupe d’origine britannique de conseil en communication.

Il est notamment l'auteur du rapport Un islam français est possible et Nouveau monde arabe, nouvelle "politique arabe" pour la France.

Il a enseigné à l’université Lyon II avant de rejoindre le cabinet du Premier ministre en 2002. Après un passage à Bercy, il rejoint, en 2006, la banque Rothschild. En 2011, il rejoint le cabinet de conseil en stratégie Roland Berger où il est co-responsable de l’Afrique et du conseil au gouvernement français. Il a créé et dirigé pendant 5 ans Volentia, société de conseil stratégique. Il est aussi essayiste et entrepreneur social (il a créé le club du XXIème siècle et les Young Mediterranean Leaders).

Hakim El Karoui est normalien et agrégé de géographie.

L'Institut Montaigne a, depuis plusieurs années, porté une attention particulière au sujet de l’idéologie islamiste et du djihadisme. Après plusieurs travaux sur le sujet, notamment Terreur dans l’Hexagone (2015) et La Fabrique de l’islamisme (2018), il nous a paru nécessaire d'étudier le parcours sociologique et idéologique des djihadistes français et européens.

Cet ouvrage, Les militants du djihad, est le fruit d’un travail initiĂ© en 2018 qui a permis de constituer une base de donnĂ©es inĂ©dite de plus de 1 460 djihadistes actifs entre 2010 et fin 2019 dans quatre pays europĂ©ens (France, Royaume-Uni, Belgique et Allemagne). 700 djihadistes liĂ©s Ă  la France y sont identifiĂ©s, ce qui reprĂ©sente environ 30 % des 2 500 djihadistes français estimĂ©s pour la pĂ©riode. 

Ces femmes et ces hommes ont commis des attentats, en ont projetĂ© (20 % des personnes identifiĂ©es dans la base de donnĂ©es sont des terroristes), sont partis en Syrie ou ont voulu rejoindre cette zone de guerre pour y faire le djihad. 

Pourquoi ce travail ? Car il est nĂ©cessaire de s’appuyer sur des chiffres clairs et des donnĂ©es concrètes pour dĂ©passer les dĂ©bats passionnĂ©s, comprendre les raisons de l’engagement sans prĂ©cĂ©dent de citoyens europĂ©ens dans le djihadisme, et ainsi tenter d’anticiper les grandes tendances Ă  venir du djihadisme, qui mute sous nos yeux. 

Trois enseignements principaux se dĂ©gagent de ce travail :

  • Le parcours sociologique des femmes et des hommes qui choisissent le djihad montre l’homogĂ©nĂ©itĂ© sociale et gĂ©ographique du phĂ©nomène et la prĂ©existence de failles personnelles, qui peuvent rendre les individus vulnĂ©rables aux discours radicaux. 
     
  • L’approche religieuse et idĂ©ologique dĂ©crit les chemins intellectuels et spirituels d’accès au djihadisme et met en lumière le rĂ´le du salafisme dans le parcours d’au moins la moitiĂ© des djihadistes français.
     
  • La reconstitution des rĂ©seaux Ă©claire la mĂ©canique exacte du militantisme, du recrutement et de l’engagement, qui se jouent avant tout Ă  l’échelle locale, sur des territoires prĂ©caires travaillĂ©s de longue date par l’islamisme.

Zoom sur le cas français

Les djihadistes sont pour 90 % d’entre eux nĂ©s en France, et 94 % sont français. Comment expliquer alors que des Français ayant grandi en France puissent renier la RĂ©publique, voire prendre les armes contre elle ? C’est la question Ă  laquelle cet ouvrage tente de rĂ©pondre en retraçant les parcours sociologiques et idĂ©ologiques des djihadistes. 

Tout d’abord, il s’agit d’un phĂ©nomène gĂ©nĂ©rationnel puisqu’en France, comme en Europe, les djihadistes sont nĂ©s en moyenne en 1988. Leur vivier de recrutement est au croisement de groupes minoritaires de la population : les jeunes, les habitants de Quartiers populaires de la politique de la ville (QPV) et les musulmans. 

Ces données sociologiques ne constituent pas une causalité mais une toile de fond. C’est la religion, transformée en idéologie par l’islamisme, qui est le principal levier de l’engagement dans le djihad.

L’importance de la religion dans l’engagement djihadiste

Mais de quel islam parle-t-on ? Le fossĂ© est large entre les formes absolutistes de l’islam (salafisme, djihadisme) et l’islam traditionnel pratiquĂ© par la majoritĂ© des musulmans français. 90 % des individus ont connu une rupture spirituelle, au sens oĂą ils ont en quelque sorte changĂ© d’islam, passant de l’islam traditionnel au salafo-djihadisme. Par ailleurs, 30 % des djihadistes français sont des convertis, ce qui dĂ©montre la puissance de conviction de l’islamisme. Il s’agit lĂ  d’une jeunesse qui subit un questionnement identitaire, auquel l’islamisme (violent ou non) rĂ©pond Ă  la place de la RĂ©publique. 

Tous les salafistes ne deviennent pas djihadistes, mais le djihadisme français tire sa force du salafisme français. Ces deux courants partagent des fondements identiques et une mĂŞme vision absolutiste de la religion musulmane. En France, tous deux voient une incompatibilitĂ© fondamentale entre l’islam et la RĂ©publique, dont ils nient les valeurs. La diffĂ©rence entre ces deux formes de salafisme se fait non sur les fins (expansion de l’islam et application de la sharia dans son interprĂ©tation la plus dure et littĂ©raliste), mais sur les moyens : la prĂ©dication pour les uns, la violence pour les autres. 

Lorsque l’on se penche sur la trajectoire des djihadistes, ce livre montre qu’il faut distinguer deux parcours : l’un passe par le salafisme, l’autre va directement au djihadisme.

Un engagement local qui se fait en réseau

Bien que la propagande en ligne soit un puissant moteur pour diffuser l’idĂ©ologie, pour mobiliser les militants, et polariser les haines, internet et les rĂ©seaux sociaux suffisent rarement Ă  expliquer l’engagement rĂ©el des djihadistes. L’élĂ©ment dĂ©terminant est plutĂ´t la capacitĂ© pour l’aspirant djihadiste Ă  se connecter, entre autres par Internet, Ă  d’autres djihadistes - ou plutĂ´t Ă  ĂŞtre dĂ©jĂ  connectĂ© Ă  eux. 

L’élĂ©ment dĂ©terminant est en effet la prĂ©sence de recruteurs djihadistes. La tâche de ces derniers est facilitĂ©e dans la mesure oĂą les hotspots ont Ă©tĂ© travaillĂ©s par plusieurs gĂ©nĂ©rations d’islamistes, Frères musulmans, militants du Tabligh et salafistes qui, involontairement, mais avec une vision de la religion qui se rejoint sur bien des points, ont contribuĂ© Ă  des formes plus ou moins poussĂ©es de communautarisation. Leur prĂ©sence a eu pour consĂ©quence, sur le long terme, une inversion des normes au profit d’un absolutisme religieux et aux dĂ©pens des normes et valeurs de la RĂ©publique. Cette nouvelle normalitĂ© explique la facilitĂ© avec laquelle des individus en apparence Ă©loignĂ©s de la religion peuvent rapidement basculer dans le djihadisme : ces normes leur apparaissent comme une vĂ©ritĂ© non remise en cause, qu’ils finissent par s’approprier. La rupture du passage Ă  l’acte ou du dĂ©part en Syrie est donc moins rude qu’on pourrait le penser. Tous les djihadistes, qui pour la plupart sont originaires des mĂŞmes territoires, sont convaincus par la cause qu’ils dĂ©fendent. Il ne faut donc pas rĂ©flĂ©chir en termes de "radicalisation" ou de "lavage de cerveau", mais d’engagement, de recrutement et de militantisme.

Cet ouvrage fournit d’ailleurs une étude précise de la mécanique de recrutement et la constitution des filières et des réseaux à l’échelle locale.

Le djihadisme français à la croisée des chemins

Les auteurs identifient entre la fin de la dĂ©cennie 2000 et 2012 l’émergence d’un salafisme plus agressif et provocateur. En 2012, il entrait dans une phase violente (reprĂ©sentĂ©e par Mohammed Merah) quand la guerre syrienne puis la montĂ©e en puissance de l’État islamique a en grande partie dĂ©tournĂ© les forces salafistes et djihadistes du territoire europĂ©en - les attentats exceptĂ©s. L’échec du projet califal de l’État islamique a refermĂ© cette parenthèse syrienne. Comment penser alors l’avenir du djihadisme en France ? 

Ce travail de recherche amène les auteurs Ă  avancer deux scĂ©narii d’évolution :

  • L’un, violent, dans lequel les djihadistes qui n’ont pas Ă©tĂ© tuĂ©s ou apprĂ©hendĂ©s dans le djihad syrien, ceux qui sont sortis de prison, et leurs nouveaux disciples, se tournent vers la France et l’Europe et en font le nouveau théâtre du djihadisme.
     
  • L’autre, social, dans lequel le djihadisme Ă©volue vers une forme moins violente, plus politique, mais tout aussi dangereuse qui accĂ©lĂ©rerait le repli identitaire et sĂ©paratiste dĂ©jĂ  Ă  l’œuvre dans certains quartiers.

Une chose apparaĂ®t Ă©vidente : la France deviendra un enjeu majeur pour l’idĂ©ologie djihadiste. 

Cet ouvrage est disponible en librairie et sur le site de Fayard

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