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Note
Juin 2017

Énergie :
prioritĂ© au climat !

Auteurs
Benjamin Fremaux
Expert Associé - Énergie

Benjamin Fremaux est prĂ©sident du groupe Idex. Il Ă©tait auparavant Managing Director chez Messiers Maris & AssociĂ©s. Il est l'auteur de la note Énergie : prioritĂ© au climat !
 
SpĂ©cialisĂ© dans le conseil en fusions et acquisitions dans les secteurs de l’industrie, de l’énergie et des infrastructures, Benjamin Fremaux a auparavant travaillĂ© au ministère de l'Économie et des Finances ainsi que chez Areva. 
 
Il est diplômé de l'École Polytechnique et ingénieur du Corps des Mines.

En France, les politiques énergétiques se heurtent systématiquement à l’opposition entre énergies renouvelables et nucléaire, le développement de celles-là correspondant forcément au déclin de celui-ci. Les récents débats présidentiels, plus passionnels que rationnels, l’ont une nouvelle fois démontré.
 
 
Mais, au fond, quel objectif notre politique de l’énergie doit-elle poursuivre ?
 
 
L’Accord de Paris conclu en dĂ©cembre 2015 a rĂ©affirmĂ© que la prioritĂ© devait toujours aller Ă  l’action en faveur du climat. L’objectif que les Nations Unies se sont communĂ©ment fixĂ© est d’ailleurs ambitieux : afin de contenir la hausse des tempĂ©ratures sous les 2°C Ă  la fin du siècle, les Ă©missions de gaz Ă  effet de serre (GES) doivent ĂŞtre rĂ©duites de 40 Ă  70 %.
 
 
Pour tenir cet engagement, les politiques de l’énergie doivent viser à réduire les émissions de GES à moindre coût tout en garantissant notre sécurité d’approvisionnement. C’est la condition pour que la transition vers une économie sobre en carbone soit économiquement soutenable et politiquement envisageable.
 
 
Il est donc nécessaire de s’attaquer à ce défi avec une approche rationnelle, qui fasse reposer notre politique de l’énergie sur des constats objectifs et non sur des préférences subjectives. Si notre ambition consiste effectivement à lutter contre le changement climatique, alors notre premier horizon doit être de réduire les émissions de GES. Cette note identifie les actions à entreprendre prioritairement.

Énergie primaire / énergie finale

L’énergie primaire est l’ensemble des produits énergétiques disponibles dans l'environnement et directement exploitables sans transformation (pétrole brut, schistes bitumineux, gaz naturel, biomasse, rayonnement solaire, énergie hydraulique, énergie du vent, géothermie).

L’énergie finale est celle qui sera livrée au consommateur final (essence à la pompe, électricité à la prise...).

 

Mix énergétique / mix électrique

On définit un mix énergétique pour la production ou pour la consommation. Dans le premier cas, il correspond à la répartition des différentes sources d'énergie primaire (nucléaire, charbon, pétrole, éolien, etc.) utilisées pour produire l’énergie finale, comme l’électricité. Dans le second, il représente la répartition des différentes sources d’énergie primaire dans la consommation d’énergie finale.

Le mix électrique, quant à lui, définit la répartition des différentes sources (thermique, nucléaire, hydraulique, etc.) dans la production d’électricité. Il constitue donc une partie du mix énergétique.

 

Gaz Ă  effet de serre / CO2

Les gaz à effet de serre participent à l'effet de serre : l'augmentation de leur concentration dans l'atmosphère terrestre est à l'origine du réchauffement climatique. Parmi eux, on trouve le dioxyde de carbone (CO2), mais aussi la vapeur d'eau (H2O), le méthane (CH4), le protoxyde d'azote (N2O), ou l'ozone (O3). Par abus de langage, on identifie parfois les gaz à effet de serre au carbone.

D’oĂą viennent nos Ă©missions de gaz Ă  effet de serre ?

En comparaison avec les autres pays dĂ©veloppĂ©s, la France Ă©met globalement peu de GES. Si elle reprĂ©sente près de 4 % du PIB mondial, elle n’est responsable que de 1 % des Ă©missions globales. Et pour cause : l’électricitĂ© qui est produite sur notre territoire Ă©met très peu de carbone. En effet, les Ă©nergies renouvelables et le nuclĂ©aire, qui reprĂ©sentent près de 90 % de notre production d’électricitĂ©, sont des sources d’énergie dĂ©carbonĂ©es.

Mais si l’électricitĂ© que nous produisons est largement dĂ©carbonĂ©e, l’énergie que nous consommons, elle, est encore largement issue des ressources fossiles, et en particulier du pĂ©trole (45,1 % de notre consommation finale). 

Ces Ă©nergies fossiles prĂ©sentent deux inconvĂ©nients majeurs :

  • elles sont fortement Ă©mettrices de GES et contribuent donc au rĂ©chauffement climatique ;

  • elles sont intĂ©gralement importĂ©es, ce qui a un impact nĂ©gatif sur notre balance commerciale et donc nos dĂ©penses publiques.

Les énergies renouvelables et le nucléaire peuvent contribuer à la réduction des émissions de GES car aucune de ces deux sources d’énergie n’en émet. Afin d’atteindre effectivement cet objectif, notre priorité doit donc être la réduction de notre dépendance aux énergies fossiles et notamment au pétrole.

Par oĂą commencer ?

Que ce soit dans un souci d’indépendance énergétique, d’équilibre de notre balance commerciale ou de lutte contre les émissions de GES, la France doit concentrer ses efforts sur la réduction de sa consommation (et donc de ses importations) d’énergie fossile.

Afin d’agir efficacement, il est nécessaire d’identifier les secteurs d’activité qui émettent le plus de GES et de concentrer nos ressources sur ces secteurs. En France, près de la moitié des émissions proviennent des transports (notamment les véhicules à l’essence et au diesel) ainsi que du résidentiel et du tertiaire (principalement au chauffage dans les bâtiments).

Afin de rĂ©duire notre dĂ©pendance aux Ă©nergies fossiles, le gouvernement pourrait choisir de se focaliser principalement sur ces deux secteurs :
  • les transports, par l’électrification des vĂ©hicules et le dĂ©veloppement du gaz naturel ;
  • le rĂ©sidentiel, par la rĂ©novation du bâti et le dĂ©veloppement des rĂ©seaux de chaleur et du gaz naturel.

La production d’électricité, l’autre chantier prioritaire

D’importants dysfonctionnements sont à l’oeuvre sur le marché de l’électricité, en France comme sur l’ensemble de la plaque européenne. Les choix politiques qui ont été faits, notamment en faveur du développement des énergies renouvelables, créent des déséquilibres entre l’offre et la demande. En effet, alors que la consommation d’électricité stagnait, de nouvelles capacités renouvelables ont continué à être installées, soutenues par des subventions. Le marché de l’électricité s’est ainsi trouvé en situation de surcapacité de production
 
 
Afin de respecter nos engagements en faveur du climat, une bonne articulation doit ĂŞtre trouvĂ©e entre les Ă©nergies renouvelables et les sources d’énergie peu carbonĂ©es, comme le nuclĂ©aire ou le gaz. Trois critères doivent ĂŞtre pris en compte :
 
1. l’impact sur l’environnement, et principalement les émissions de gaz à effet de serre ;
 
2. la compétitivité économique, en prenant en compte les coûts complets sur l’ensemble de la durée de production ;
 
3. la sécurité d’approvisionnement.
 
 
L’objectif ne doit pas être de privilégier une énergie plutôt qu’une autre, mais bien de réduire nos émissions à moindre coût tout en assurant notre indépendance énergétique.
 

Au niveau europĂ©en :

 
C’est chose inĂ©dite depuis la rĂ©volution industrielle : la consommation d’électricitĂ© du vieux continent stagne, voire baisse. En consĂ©quence, pour que l’offre corresponde Ă  la demande, les capacitĂ©s de production ne devraient pas augmenter. Ainsi, les subventions accordĂ©es Ă  certaines de ces capacitĂ©s crĂ©ent des distorsions de marchĂ© car elles incitent Ă  un dĂ©veloppement qui n’est pas Ă©conomiquement nĂ©cessaire. L’excès d’offre a gĂ©nĂ©rĂ© des surcapacitĂ©s, qui font s’effondrer les prix et donc les marges des Ă©lectriciens. 
 

Au niveau français :

 
On constate le mĂŞme dĂ©sĂ©quilibre entre l'offre et la demande. Il est perceptible Ă  travers l’évolution de la contribution au service public de l’électricitĂ© (CSPE) qui est une taxe payĂ©e par le consommateur. Ces dernières annĂ©es, elle a notamment servi Ă  financer les surcoĂ»ts rĂ©sultant des politiques de soutien aux Ă©nergies renouvelables. 
 
 
Bref, l’excès d’offre pénalise à la fois le consommateur et le producteur.

Ainsi, l’introduction de nouvelles capacités renouvelables en France a contribué à l’augmentation de la facture d’électricité payée par le consommateur. Par ailleurs, le déploiement de ces nouvelles capacités de production doit désormais s’articuler avec l’avenir de notre parc nucléaire.

En effet, notre parc nucléaire se trouve dans une situation inédite. Des problématiques spécifiques sont liées au vieillissement du parc nucléaire. Les trois quarts de nos centrales ont été mises en service entre 1980 et 1990. Leur durée de vie théorique étant de 40 ans, elles arriveront en fin de vie entre 2020 et 2030.

Pour anticiper la disparition de ces capacitĂ©s et acquĂ©rir davantage d’indĂ©pendance Ă©nergĂ©tique, des dĂ©cisions devront ĂŞtre prises durant ce quinquennat : faudra-t-il prolonger la durĂ©e de vie de ces centrales ? Faudra-t-il les fermer et les remplacer par d’autres capacitĂ©s ? Dans ce cas, comment assurer la production d’électricitĂ© mĂŞme lorsque les conditions climatiques ne permettent pas la production par des capacitĂ©s renouvelables ? 

Une politique climatique centrée autour de la taxe carbone

Une solution existe. Elle permet de faire correspondre les décisions rationnelles en matière de politique énergétique avec notre détermination à agir en faveur du climat. Elle consiste à donner un prix au carbone suffisamment important pour inciter les acteurs économiques à investir dans des actifs sobres en carbone. Cela revient à donner un coût aux externalités négatives, en l’occurrence les émissions de GES.

L’Accord de Paris, pour ambitieux qu’il soit, n’a pas entĂ©rinĂ© le principe d’une tarification du carbone. Comment avancer hors de ce cadre ?

L’Union europĂ©enne a une responsabilitĂ© Ă  assumer et une opportunitĂ© Ă  saisir. Certes, un marchĂ© europĂ©en du carbone existe dĂ©jĂ  : c’est l’European Trading Scheme. Il consiste en un marchĂ© sur lequel des quotas d’émissions, calculĂ©es en tonnes de carbone, peuvent s’échanger. Cependant, la crise Ă©conomique de 2008 a rĂ©vĂ©lĂ© ses limites avec l’effondrement du prix du carbone autour de 5 € la tonne, lĂ  oĂą les Ă©conomistes s’accordent Ă  dire qu’un minimum de 30 € est nĂ©cessaire pour orienter les dĂ©cisions d’investissement.

La tarification du carbone soulève de nombreux problèmes de mise en œuvre qui rendent difficile son adoption. Mais les bénéfices que l’on peut en espérer sont suffisamment importants pour que l’Union européenne agisse résolument dans ce sens. C’est une opportunité de déployer des politiques économiques en accord avec l’action en faveur du climat.

Propositions

1
Maîtriser le développement des énergies renouvelables
et anticiper les changements de mode de consommation
Détails
  • Contenir le poids budgĂ©taire des engagements passĂ©s et futurs.
  • Concentrer les efforts sur les filières compĂ©titives capables de gagner des marchĂ©s Ă  l’export.
  • Anticiper les changements de mode de consommation des Ă©nergies renouvelables avec l’autoconsommation.
2
Assurer la pérennité du parc nucléaire français
Détails
  • Prolonger la durĂ©e de vie des centrales nuclĂ©aires existantes, tant que leur sĂ»retĂ© est garantie et que c’est Ă©conomiquement rentable.
  • Rendre le nouveau nuclĂ©aire plus compĂ©titif.
  • Achever la restructuration de la filière nuclĂ©aire française.
3
Développer les réseaux de chaleur et le biogaz dans le chauffage
et inciter à l’isolation du bâti
Détails
  • Accentuer la politique de soutien au dĂ©veloppement des rĂ©seaux de chaleur.
  • Favoriser Ă  plus long terme le dĂ©veloppement du biogaz.
  • Appuyer la RĂ©glementation thermique des bâtiments sur les Ă©missions de GES des diffĂ©rentes solutions de chauffage sur une mĂ©thodologie Ă©valuant le contenu CO2 des diffĂ©rents usages de l’électricitĂ©.
  • Évaluer et rationaliser les diffĂ©rents outils d’incitation Ă  l’isolation des bâtiments et mieux en Ă©valuer les coĂ»ts.
  • Engager un dialogue sur la responsabilitĂ© entre propriĂ©taire et locataire en matière d’isolation des logements.
4
Développer l’électrification des transports et en adapter le cadre fiscal
Détails
  • Rééquilibrer progressivement la fiscalitĂ© de l’essence et celle du diesel.
  • Rechercher une meilleure concertation au sein de la filière, le dĂ©veloppement de normes et de bornes de recharges.
  • Maintenir les dispositifs financiers de soutien Ă  l’achat de ces vĂ©hicules.
  • PrivilĂ©gier absolument, par des signaux tarifaires adaptĂ©s, la charge lente, au domicile et au travail, pendant les heures creuses.
5
Renforcer notre action en faveur du climat et l’asseoir sur une taxation du carbone
Détails
  • Au niveau europĂ©en, fixer un objectif consensuel de rĂ©duction des importations d’hydrocarbures qui laisse aux États membres le choix des moyens pour y parvenir, dans le respect du principe de subsidiaritĂ© et en ayant pour objectif d’en minimiser les coĂ»ts.
  • Mettre en place au sein de l’Union europĂ©enne un prix du carbone plancher de 30 €/tonne.
  • Conserver la trajectoire d’évolution de la Contribution Climat Énergie en abaissant en parallèle la fiscalitĂ© pesant sur les entreprises et les mĂ©nages.
  • FlĂ©cher une partie du produit de la fiscalitĂ© carbone vers les actions en faveur du climat : soutien aux Ă©nergies renouvelables, aux rĂ©seaux de chaleur, aux vĂ©hicules Ă©lectriques et hybrides, Ă  l’isolation des bâtiments, etc. 
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