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Groupe de travail

Président du groupe de travail

  • HervĂ© Gaymard, ancien ministre de l’Agriculture

Membres du groupe de travail

  • Éric Adam, directeur des relations institutionnelles, Carrefour
  • Éric Campos, directeur de la RSE du CrĂ©dit Agricole SA, dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral de la Fondation Grameen CrĂ©dit Agricole
  • Sophie Caron, chargĂ©e de la transition agricole et alimentaire Ă  la direction de la RSE, CrĂ©dit Agricole SA
  • Hubert Dunant, directeur de la performance, Axereal
  • Harrison Foucher-Charraire, directeur gĂ©nĂ©ral, M.Charraire
  • Benjamin Fremaux, Senior Fellow Ă©nergie et climat, Institut Montaigne
  • Anne-Élodie Gennetier, directrice marketing & dĂ©veloppement durable, MĂ©rieux NutriSciences et Membre du groupe de rĂ©flexion "Better Food for Better Earth" animĂ© par MĂ©rieux
  • Marion Guillou, membre, Haut Conseil pour le Climat
  • Catherine Migault, responsable agriculture et agroalimentaire, FĂ©dĂ©ration Nationale du CrĂ©dit Agricole
  • François Schmitt, prĂ©sident-dĂ©lĂ©guĂ©, Groupama
  • Pierre-Alexandre TeuliĂ©, Directeur GĂ©nĂ©ral Communication, RSE, Public Affairs, NestlĂ© France

Rapporteurs

  • Pierre-Marie DĂ©coret, responsable des Ă©tudes Ă©conomiques, Avril
  • Pierre-Ange Savelli, Co-Founder et CEO, Zolo.
  • François-RĂ©gis Turc, Partner, The Boston Consulting Group

Ainsi que

  • ClĂ©mence AlmĂ©ras, chargĂ©e d’études dĂ©veloppement durable et Ă©nergie, Institut Montaigne
  • Sophie Conrad, responsable du pĂ´le politiques publiques, Institut Montaigne
  • Marin Gillot, chargĂ© d’études, Institut Montaigne
  • Élise Lannaud, assistante chargĂ©e d’études, Institut Montaigne
Personnes auditionnées

Nous remercions également les personnes avec qui nous avons échangé dans l’élaboration de ce travail :

  • SĂ©bastien Abis, directeur, Club DEMETER et chercheur associĂ©, Institut de relations internationales et stratĂ©giques (IRIS)
  • Éric Adam, directeur des relations institutionnelles, Groupe Carrefour
  • Pierre-Marie Aubert, coordinateur, Initiative Agriculture europĂ©enne, IDDRI
  • HĂ©lène Aussignac, conseillère agriculture, alimentation, PAC, forĂŞt et pĂŞche, RĂ©gions de France
  • Henri Biès-PĂ©rĂ©, deuxième vice-prĂ©sident, FNSEA
  • Thierry Blandinières, directeur gĂ©nĂ©ral, InVivo Group
  • Rachel Blumel, directrice gĂ©nĂ©rale, UFS
  • Camille Bonenfant-Jeanneney, directrice gĂ©nĂ©rale, Storengy
  • Jean-Paul Bordes, directeur gĂ©nĂ©ral, ACTA
  • Bernard Le Buanec, membre, AcadĂ©mie d'agriculture de France et membre fondateur, AcadĂ©mie des technologies
  • Philippe Boullet, directeur du PĂ´le Performance et Prospective, Conseil National du RĂ©seau Cerfrance
  • Christoph BĂĽren, prĂ©sident, VIVESCIA
  • Philippe Camburet, prĂ©sident, FNAB
  • Kevin Camphuis, co-fondateur, ShakeUpFactory
  • Eric Campos, directeur de la RSE, CrĂ©dit Agricole SA et dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral, Fondation Grameen CrĂ©dit Agricole
  • Jacques Carles, prĂ©sident, Agriculture StratĂ©gies
  • Laurence Champier, directrice fĂ©dĂ©rale, FĂ©dĂ©ration Française des Banques Alimentaires
  • Fabienne Chapelain, responsable des Risques Amont Agricole, BessĂ© Agro
  • SĂ©bastien Chauffaut, ancien prĂ©sident du Directoire – CEO, Groupe Roullier
  • Jacques Creyssel, dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral, FĂ©dĂ©ration du Commerce et de la Distribution
  • Michel Dantin, ancien dĂ©putĂ© europĂ©en, Parlement europĂ©en
  • HervĂ© Daudin, directeur des activitĂ©s marchandises et prĂ©sident d’achats marchandises, Casino
  • HervĂ© Demalle, prĂ©sident, Conseil National du RĂ©seau Cerfrance
  • Antoine Denoix, directeur gĂ©nĂ©ral, AXA Climate
  • Pierre Dubreuil, directeur gĂ©nĂ©ral, Office français de la biodiversitĂ©
  • Francky Duchateau, responsable entreprises durables et territoires, AgridĂ©es
  • Anne Dumonnet-Leca, prĂ©sidente, SYRPA
  • Hubert Dunant, directeur de la performance, Axereal
  • Laurent Duplomb, sĂ©nateur de la Haute-Loire, SĂ©nat
  • JĂ©rĂ´me Fabre, prĂ©sident exĂ©cutif, La Compagnie Fruitière
  • Pierre Feillet, membre, AcadĂ©mie d’agriculture et membre, AcadĂ©mie des technologies
  • Benjamin Fremaux, Senior Fellow Ă©nergie et climat, Institut Montaigne
  • Stella Gass, directrice, FĂ©dĂ©ration nationale des SCoT
  • Olivier Gergaud, professeur, KEDGE Business School
  • Marion Guillou, membre, Haut conseil pour le climat
  • Pascale Hebel, directrice du PĂ´le Consommation et Entreprise, CREDOC ; Membre du groupe de rĂ©flexion "Better Food for Better Earth" animĂ© par MĂ©rieux NutriSciences (Institut MĂ©rieux)
  • Michel Heinrich, prĂ©sident, FĂ©dĂ©ration nationale des SCoT
  • Xavier Hollandts, professeur, KEDGE Business School
  • Antoine Hubert, prĂ©sident-directeur gĂ©nĂ©ral, Ynsect
  • Emmanuel Hyest, prĂ©sident, FNSafer
  • Gilles Kindelberger, directeur gĂ©nĂ©ral, SĂ©nalia
  • Alessandra Kirsch, directrice des Ă©tudes, Agriculture StratĂ©gies
  • Marcel Kuntz, directeur de recherche, CNRS
  • Christiane Lambert, prĂ©sidente, FNSEA et COPA
  • Pascal Lamy, prĂ©sident, Forum de Paris sur la Paix et ancien directeur gĂ©nĂ©ral, Organisation Mondiale du Commerce et Ancien commissaire europĂ©en pour le commerce, Commission europĂ©enne
  • Paul-Yves L’AnthoĂ«n, directeur gĂ©nĂ©ral, Axereal
  • Jean-Michel Lecerf, chef du Service Nutrition & ActivitĂ© Physique, directeur mĂ©dical du Centre PrĂ©vention SantĂ© LongĂ©vitĂ©, Institut Pasteur de Lille ; Membre du groupe de rĂ©flexion "Better Food for Better Earth" animĂ© par MĂ©rieux NutriSciences (Institut MĂ©rieux)
  • HervĂ© Lejeune, inspecteur gĂ©nĂ©ral de l’Agriculture (IGA), ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation
  • Sylvain Lhermitte, chef de service politiques agricoles et internationales, FNSEA
  • Guillaume Lidon, responsable des affaires publiques, FNSEA
  • Yves Madre, prĂ©sident, Farm Europe
  • FrĂ©dĂ©ric Martin, directeur gĂ©nĂ©ral adjoint, GRDF
  • Arnaud Martrenchar, dĂ©lĂ©guĂ© interministĂ©riel Ă  la transformation agricole des Outre-mer
  • Jacques Marzin, chercheur, CIRAD
  • Philippe Mauguin, prĂ©sident directeur gĂ©nĂ©ral, INRAE
  • ValĂ©rie Mazza, directrice des affaires scientifiques, de l’innovation et de la RSE, Limagrain
  • Philippe Michel, directeur des affaires juridiques et rĂ©glementaires, UIPP
  • Catherine Migault, responsable agriculture et agroalimentaire, FĂ©dĂ©ration Nationale du CrĂ©dit Agricole
  • Jean-Baptiste Millard, dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral, AgridĂ©es
  • Jean-Baptiste Moreau, dĂ©putĂ© de la Creuse, AssemblĂ©e nationale
  • Yves Le Morvan, responsable filières et marchĂ©s, AgridĂ©es
  • JĂ©rĂ´me Mousset, directeur bioĂ©conomie et Ă©nergies renouvelables, ADEME
  • Emmanuelle Pabolleta, directrice de la communication et des affaires publiques, UIPP
  • Serge Papin, ancien prĂ©sident, Système U
  • Pierre Pezziardi, prĂ©sident, La Ceinture Verte
  • EugĂ©nia Pommaret, directrice gĂ©nĂ©rale, UIPP
  • Dominique Potier, dĂ©putĂ© de la 5e circonscription de la Meurthe-et-Moselle, AssemblĂ©e nationale
  • Caroline Le Poultier, directrice gĂ©nĂ©rale, CNIEL
  • Jean-Philippe Puig, directeur gĂ©nĂ©ral et gĂ©rant, Avril SCA
  • Maxime de Rostolan, fondateur, Fermes d’Avenir
  • Arnaud Rousseau, prĂ©sident, Avril Gestion
  • Bastien Sachet, directeur GĂ©nĂ©ral, Earthworm
  • Quentin SanniĂ©, prĂ©sident, Greenback ; Membre du groupe de rĂ©flexion "Better Food for Better Earth" animĂ© par MĂ©rieux NutriSciences (Institut MĂ©rieux)
  • Alain Savary, directeur gĂ©nĂ©ral, AXEMA
  • François Schmitt, prĂ©sident dĂ©lĂ©guĂ©, Groupama
  • Isabelle Senand, directrice des Ă©tudes, FĂ©dĂ©ration du Commerce et de la Distribution
  • Jean-Marie SĂ©ronie, agroĂ©conomiste indĂ©pendant et membre, AcadĂ©mie d'agriculture
  • Ludovic Spiers, directeur gĂ©nĂ©ral, Agrial
  • Claude Tabel, prĂ©sident du directoire, RAGT
  • FrĂ©dĂ©ric Terrisse, directeur gĂ©nĂ©ral adjoint, ENGIE Bioz
  • Pierre-Alexandre TeuliĂ©, directeur gĂ©nĂ©ral, NestlĂ© France
  • Philippe Tillous-Borde, prĂ©sident, Numalim
  • Daniel TomĂ©, professeur honoraire de nutrition humaine, AgroParisTech, INRAE, UniversitĂ© Paris-Saclay, Paris, France
  • Jean-Paul Torris, CEO, SAVENCIA Group, premier vice-prĂ©sident, ANIA
  • Bertrand Valiorgue, professeur, UniversitĂ© Clermont Auvergne
  • Samuel Vandaele, prĂ©sident, Jeunes Agriculteurs
  • Pascal Viguier, prĂ©sident, Limagrain
  • Pascal VinĂ©, directeur des Relations institutionnelles, Groupama
  • Anne Wagner, prĂ©sidente, ProtĂ©ines France
  • SĂ©bastien Windsor, prĂ©sident, Chambre d’agriculture France

Les Français s’intĂ©ressent de plus en plus Ă  leur alimentation, et Ă  son impact sur leur santĂ© (69 %) ou sur les territoires (61 %). La diversification des habitudes de consommation, le souci grandissant de la protection de l’environnement et du bien-ĂŞtre animal et une demande plus marquĂ©e pour une alimentation saine, durable et Ă©quilibrĂ©e ramènent progressivement la question agricole et alimentaire au centre du dĂ©bat public.

Première puissance agricole du Vieux Continent, la France reprĂ©sentait 18 % de la production agricole de l’Union europĂ©enne en 2019. Elle assure Ă©galement 80 % de son alimentation nationale. Ă€ ce titre, sa souverainetĂ© alimentaire, c’est-Ă -dire la capacitĂ© de notre pays Ă  assurer sa sĂ©curitĂ© alimentaire dans le respect de ses prĂ©fĂ©rences collectives, est aujourd’hui globalement assurĂ©e. Pourtant, il s’agit d’un acquis rĂ©cent, fragilisĂ© par de nombreux dĂ©fis auxquels le secteur agricole français fait face : essoufflement du projet agricole europĂ©en, dĂ©pendance grandissante vis-Ă -vis de certains produits, dĂ©règlement climatique et faible attractivitĂ© du secteur. Pluriels par nature, la prĂ©gnance de ces dĂ©fis doit ĂŞtre l’occasion de repenser l’avenir de l’agriculture française et de son industrie agroalimentaire.

Afin d’anticiper les nombreuses transformations Ă  venir, l’Institut Montaigne propose dans ce rapport une nouvelle ambition collective pour la France agricole et agroalimentaire. Cette ambition requiert de mener conjointement six chantiers, qui visent Ă  rĂ©investir le caractère stratĂ©gique de notre agriculture et de notre alimentation. L’objectif est clair : (re)faire de la France la première puissance agricole durable au monde. Ce rapport propose ainsi un agenda de solutions pour mettre la question agricole et alimentaire au cĹ“ur des choix que feront les citoyens français en 2022, avec l’élection prĂ©sidentielle.

Une activité agricole en perte de vitesse

La France est une puissance agricole majeure, exportatrice nette de produits alimentaires. Après l’aĂ©ronautique et la chimie, ses produits alimentaires assurent au pays son troisième excĂ©dent commercial. Celui-ci est pourtant fragile, car il ne repose que sur une poignĂ©e de filières parmi lesquelles les cĂ©rĂ©ales, les vins et spiritueux et les produits laitiers. Sans ces filières, la France serait aujourd’hui importatrice nette de produits agroalimentaires. En effet, en l’espace de dix ans, nous avons perdu un tiers de notre excĂ©dent commercial alimentaire, avec une pĂ©nĂ©tration inquiĂ©tante des importations constatĂ©e depuis plusieurs annĂ©es : plus de la moitiĂ© de la viande ovine est importĂ©e, tout comme environ 40 % des fruits frais tempĂ©rĂ©s consommĂ©s sur le territoire. En l’absence de mesures fortes pour enrayer ce dĂ©clin, la France pourrait devenir importatrice nette de produits alimentaires Ă  horizon 2023.

 

En campagne pour l’agriculture de demain - Infographie import / exportEn campagne pour l’agriculture de demain - Infographie import / export

 

D’ordre stratégique, la dépendance française et européenne en matière de protéines végétales est particulièrement source d’inquiétudes. Au niveau européen, elle se traduit par des importations élevées de soja en provenance des États-Unis pour l’alimentation des animaux d’élevage. Elle expose les systèmes agricoles européens aux tensions géopolitiques et commerciales qui existent entres les principaux pays producteurs, ainsi qu'à la faible durabilité de ces produits, souvent à caractère OGM, qui contiennent des résidus de pesticides interdits en Europe ou issus de la déforestation. En France, si les risques sont moindres, c’est tout de même 900 000 emplois directs et induits qui sont en jeu à travers le territoire.

La transformation de la distribution alimentaire a Ă©galement entraĂ®nĂ© une tension grandissante entre les maillons des filières agroalimentaires - producteurs, industriels, et distributeurs. Sur le marchĂ© des produits alimentaires, la rĂ©partition en "double entonnoir" favorise la concentration de la valeur ajoutĂ©e par les grandes enseignes de distribution et les multinationales agroalimentaires. Largement accĂ©lĂ©rĂ© par les confinements successifs en France, l’essor du commerce en ligne - qui reprĂ©sente aujourd’hui 6 % des ventes de produits de grande consommation - renforce largement les effets pervers de cette rĂ©partition. En particulier, ce phĂ©nomène exerce une forte pression sur les marges des distributeurs et fragilise les enseignes. En dĂ©coule une dĂ©formation du partage de la valeur ajoutĂ©e qui pèse largement sur les producteurs et mine un peu plus la rentabilitĂ© des acteurs en amont de la distribution : pour 100 euros dĂ©pensĂ©s en produits alimentaires, un agriculteur reçoit aujourd’hui environ 10 % de la valeur ajoutĂ©e.

Le secteur agricole, tout aussi faiblement attractif, peine aujourd’hui Ă  renouveler une dĂ©mographie agricole vieillissante. Ă€ horizon 2030, c’est un agriculteur sur deux qui devrait prendre sa retraite. Si de nouveaux visages Ă©mergent qui permettent de compenser une partie de ces dĂ©parts, reste qu’un agriculteur sur quatre quitte le mĂ©tier sans remplaçant. Ce manque de bras flagrant est largement imputable Ă  la faiblesse du revenu agricole, fortement dĂ©pendant des aides publiques et qui, malgrĂ© les subventions, reste insuffisant. Ainsi, 18 % des mĂ©nages agricoles vivent sous le seuil de pauvretĂ©, contre 13 % de l’ensemble des mĂ©nages actifs. AjoutĂ© aux conditions de travail particulièrement difficiles du mĂ©tier, ce dĂ©clin de la population agricole pĂ©nalise la profession.

 

En campagne pour l’agriculture de demain - Infographie AgriculteurEn campagne pour l’agriculture de demain - Infographie Agriculteur

 

Enfin, le projet agricole connaĂ®t un ralentissement Ă  l'Ă©chelle europĂ©enne. Mise en place en 1962, la Politique agricole commune (PAC), qui garantit subventions, mĂ©canismes de soutien et solidaritĂ© financière entre les États membres, est largement remise en cause par de nouvelles prioritĂ©s europĂ©ennes. Les engagements climatiques du Pacte Vert europĂ©en (Green Deal) pourraient ainsi contraindre la production agricole europĂ©enne Ă  une baisse de 10 Ă  15 % pour de nombreuses filières. De la mĂŞme manière, le secteur se voit soumis aux injonctions de la politique commerciale extĂ©rieure. Le dĂ©classement de la question agricole dans les agendas politiques europĂ©ens est manifeste : l’UE est la seule grande puissance agricole Ă  rĂ©duire son soutien public au secteur agricole depuis les annĂ©es 2000, une tendance confirmĂ©e par la rĂ©duction du budget de la PAC pour la pĂ©riode 2021-2027.

De nouveaux défis

Le défi démographique

Au-delĂ  de l’essoufflement que connaĂ®t le secteur agricole français, la croissance dĂ©mographique mondiale implique une hausse des besoins alimentaires dans le futur Ă  laquelle il va falloir rĂ©pondre. Ă€ l’horizon 2050, il faudra nourrir 9,7 milliards de personnes, alors mĂŞme que c’est un tiers de la population mondiale qui vit encore actuellement en insĂ©curitĂ© alimentaire. Les Ă©volutions des modes de vie induites par la croissance des classes moyennes et de la population urbaine se traduisent par de nouveaux rĂ©gimes et une diversification des habitudes alimentaires. C’est dĂ©jĂ  le cas en France, et plus largement en Europe. La demande alimentaire est ainsi de plus en plus fragmentĂ©e par les nouvelles prĂ©fĂ©rences et attentes des consommateurs : labels bio, production locale et qualitĂ© nutritionnelle sont autant de facteurs dont la croissance sera lourde de consĂ©quences pour le secteur agroalimentaire.

Le défi climatique

Au dĂ©fi d’une demande croissante et morcelĂ©e s’ajoute celui, majeur, du changement climatique. Notre agriculture est confrontĂ©e Ă  des bouleversements de conditions de production inĂ©dits, et dont les effets sont dĂ©jĂ  perceptibles sur les cycles agricoles. En France, les vendanges sont aujourd’hui plus prĂ©coces de 15 jours par rapport aux annĂ©es 1990. De la mĂŞme manière, les rendements du secteur ont vocation Ă  ĂŞtre impactĂ©s : les pertes de rĂ©coltes liĂ©es aux sĂ©cheresses auraient dĂ©jĂ  Ă©tĂ© multipliĂ©es par trois entre 1961 et 2018 au sein de l’UE. Sans mesures fortes pour lutter contre le dĂ©règlement climatique, la moitiĂ© sud de l’Hexagone pourrait progressivement passer d’un climat mĂ©diterranĂ©en Ă  un climat plus aride, au dĂ©triment de certaines productions sensibles. Notre agriculture doit donc accĂ©lĂ©rer son adaptation aux effets du changement climatique. Ă€ titre d’exemple, l’augmentation des stress hydriques actuellement constatĂ©e impose une gestion plus durable de la ressource en eau. Plus encore, il revient au secteur agricole d’accĂ©lĂ©rer sa dĂ©carbonation. Ă€ l’origine de 19 % des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre du pays, il s’agit du deuxième secteur le plus Ă©metteur. Sa dĂ©carbonation est donc absolument nĂ©cessaire Ă  l’atteinte des objectifs nationaux de lutte contre le rĂ©chauffement climatique et de neutralitĂ© carbone Ă  l’horizon 2050.

Pour engager ce virage Ă©cologique, le secteur peut compter sur des atouts de taille : la Ferme France produit actuellement 20 % des Ă©nergies renouvelables de notre pays, une activitĂ© source de revenus pour nos agriculteurs grâce Ă  la production de biocarburants (biodiesel, bioĂ©thanol) ou de matĂ©riaux biosourcĂ©s. Par ailleurs, les sols agricoles possèdent un potentiel de stockage de carbone important. La France pourrait compenser près de 7 % du total de ses Ă©missions de gaz Ă  effet de serre en s’appuyant sur la capacitĂ© de stockage des sols agricoles. Pour cela, il conviendra de renforcer la lutte contre l’artificialisation des sols pour protĂ©ger les terres agricoles riches en carbone. Dans tous les cas, le secteur agricole aura un rĂ´le primordial Ă  jouer en matière de dĂ©carbonation dans les annĂ©es Ă  venir, rĂ´le intimement liĂ© Ă  l’objectif de prĂ©servation de la biodiversitĂ© que le secteur doit poursuivre.

Le défi de l’opinion publique

La mise en place d’une réponse efficace à ces défis devra se faire dans un contexte inédit, marqué par de vives critiques à l’encontre de certaines pratiques du monde agricole et du mode de production dit "conventionnel". Certaines pratiques, autrefois acceptées, sont aujourd’hui considérées comme inacceptables par le grand public. Or, le mouvement national en faveur d’une accélération de la décarbonation de l’économie et la préoccupation croissante des citoyens pour le bien-être animal se heurtent au temps long des transitions dans le monde agricole. En mal de représentation à l’échelle nationale par rapport à son poids historique, le monde agricole perçoit de plus en plus ces critiques comme une forme d’"agribashing" qui ignore la difficulté des conditions de travail du secteur. Ainsi, la distance se creuse entre agriculture et reste de la société.

Une nouvelle ambition collective

Pour relever ces défis, il convient de porter une nouvelle ambition collective pour la France agricole et agroalimentaire. La France a aujourd’hui des atouts à faire valoir en tant que première puissance agricole du continent. Elle est riche de la diversité de ses terroirs et de ses conditions pédoclimatiques. Activité économique essentielle à de nombreux territoires, l’agriculture est source de cohésion et de dynamisme au niveau national et source de rayonnement à l’international.

La France peut compter sur des filières d’excellence bien organisées, avec un tiers des fermes de France qui ont au moins une production sous signe officiel de la qualité et de l’origine (SIQO). Portées par des entrepreneurs innovants ou de petites entreprises agroalimentaires, elles contribuent à l’emploi dans les territoires et permettent de faire rayonner son patrimoine gastronomique et culinaire made in France, véritable levier de notre soft power à l’international.

Par ailleurs, une nouvelle rĂ©volution agricole est en marche Ă  mesure que de nouvelles techniques et solutions se dĂ©ploient dans les exploitations agricoles. Elle met notamment l’accent sur la sobriĂ©tĂ©, via une utilisation rĂ©duite des intrants fossiles, et sur la diversification des cultures. C’est Ă©galement une rĂ©volution technologique : le dynamisme de l’écosystème Agritech français a facilitĂ© l’émergence de la robotisation, de la digitalisation et des biotechnologies. Ă€ terme, ces innovations pourraient favoriser l’accĂ©lĂ©ration de la recherche de variĂ©tĂ©s et de mĂ©thodes plus adaptĂ©es Ă  la nouvelle donne climatique.

Cette nouvelle ambition doit ĂŞtre portĂ©e par la France au niveau europĂ©en. Nos partenaires sont des atouts dans la construction d’une Europe en partage : l’Allemagne, première industrie agroalimentaire d’Europe, est aussi responsable d’un cinquième de la production europĂ©enne de lait et de porc. Premier pays exportateur europĂ©en de volaille, la Pologne a rĂ©ussi, en l’espace de 15 ans, Ă  rĂ©sorber son dĂ©ficit structurel du commerce extĂ©rieur et devenir exportatrice. Le positionnement espagnol, similaire Ă  celui de la France sur certaines productions, a permis au pays de s’imposer comme la quatrième puissance agricole europĂ©enne, Ă  l’origine de 10 % de la production du continent.

Une nouvelle ambition européenne pour l’agriculture doit reposer avant tout sur un socle de pratiques durables, concrétisant l’objectif de double performance économique et environnementale. Elle doit valoriser une plus grande diversité des productions agricoles. Cette vision invite à repenser la coexistence des circuits longs et courts et à réduire notre dépendance aux importations. Elle nécessite également d’évoluer davantage en flux tirés par la demande des consommateurs, et non plus en flux poussés par la production disponible.

Propositions

Pour répondre à ces défis et travailler à faire de la France la première puissance agricole durable au monde, six chantiers de travail ont été identifiés.

1
Donner un cap stratégique cohérent et de long terme aux politiques publiques
Détails

​​Chantier n°1 : donner un cap stratĂ©gique cohĂ©rent et de long terme aux politiques publiques. Cette vision constitue le socle de la reconquĂŞte agricole et agroalimentaire. AccĂ©lĂ©rer la transition agricole requiert une politique agricole ambitieuse Ă  l’échelle europĂ©enne. Pour autant, on ne pourra pas mener cette ambition Ă  terme sans mettre la politique commerciale en cohĂ©rence avec nos prĂ©fĂ©rences collectives. Il faut pouvoir avancer sur la rĂ©ciprocitĂ© dans les Ă©changes commerciaux pour que les importations de produits alimentaires respectent les mĂŞmes standards que notre production domestique. Renforcer la souverainetĂ© alimentaire invite aussi Ă  la reconquĂŞte de notre souverainetĂ© protĂ©inique, par le soutien au dĂ©veloppement des protĂ©ines vĂ©gĂ©tales en Europe pour nos Ă©levages et notre alimentation.

2
Restaurer la compétitivité des filières agricoles
Détails

Chantier n°2 : restaurer la compĂ©titivitĂ© des filières agricoles, car il n’est pas possible de mettre en Ĺ“uvre cette indispensable transition sans dĂ©gager les financements nĂ©cessaires aux investissements. Restaurer des conditions de concurrence loyale constitue un prĂ©requis essentiel pour Ă©viter de pĂ©naliser les "mieux disant", comme la France l’est bien souvent, sur le marchĂ© unique. Pour gagner en compĂ©titivitĂ©, un effort de (re)structuration est indispensable dans certaines filières agricoles et agroalimentaires. Il faut en parallèle investir massivement dans le dĂ©ploiement des innovations et la modernisation des outils (usines, bâtiments, logistique). Parallèlement, il convient de rĂ©former les relations entre amont et aval pour partager plus Ă©quitablement la valeur et le risque inhĂ©rent aux transitions. Cette contractualisation rĂ©novĂ©e nĂ©cessitera un effort de tous les maillons de la chaĂ®ne alimentaire pour assurer leur juste rĂ©tribution.

3
Revaloriser le revenu agricole et réenchanter les métiers constitue un chantier de taille pour attirer davantage les nouvelles générations et répondre aux besoins du secteur
Détails

Chantier n°3 : revaloriser le revenu agricole et rĂ©enchanter les mĂ©tiers constitue un chantier de taille pour attirer davantage les nouvelles gĂ©nĂ©rations et rĂ©pondre aux besoins du secteur. Le revenu est le premier dĂ©terminant pour attirer de nouveaux profils. S’il est important de maintenir des aides publiques Ă  la hauteur des dĂ©fis qui attendent le monde agricole, la revalorisation du revenu des agriculteurs passera aussi par sa diversification. Un soutien plus prononcĂ© Ă  la production Ă©nergĂ©tique renouvelable Ă  partir de biomasse agricole (mĂ©thanisation, biocarburants…) est un levier Ă  actionner. Par ailleurs, il convient d’accompagner davantage les porteurs de projets et la transmission des exploitations pour installer de nouveaux agriculteurs. Communiquer davantage sur les opportunitĂ©s des mĂ©tiers du vivant et adapter la formation aux pratiques et aux mĂ©tiers de demain (carbone, agriculture numĂ©rique...) constitue un autre levier important du renouvellement des gĂ©nĂ©rations en agriculture.

4
Donner aux agriculteurs les moyens de produire et entreprendre durablement
Détails

Chantier n°4 : donner aux agriculteurs les moyens de produire et entreprendre durablement. Cette politique implique de prĂ©server les facteurs indispensables Ă  la production agricole. Renforcer la protection du foncier agricole dans les documents d’urbanisme est un prĂ©requis pour prĂ©server notre potentiel de production face Ă  l’artificialisation des sols. Il convient Ă©galement d’imaginer des solutions foncières innovantes et partenariales pour favoriser l’installation de nouveaux agriculteurs. Par ailleurs, un rĂ©investissement du gĂ©nie hydraulique (retenues, recyclage des eaux usĂ©es…) est compatible avec une gestion durable de la ressource en eau. L’agriculture doit aussi bĂ©nĂ©ficier des avancĂ©es de la recherche gĂ©nĂ©tique (sĂ©lection, NBT). La France agricole est prĂŞte Ă  accĂ©lĂ©rer sa baisse de consommation d’intrants fossiles (engrais de synthèse, phytosanitaires) Ă  condition de pouvoir compter sur des alternatives crĂ©dibles et un accompagnement viable et de long terme dans sa transition.

5
Accompagner les changements de pratiques agricoles
Détails

Chantier n°5 : accompagner les changements de pratiques agricoles. Ce dĂ©fi requiert un effort accru de recherche et de dĂ©ploiement des innovations. Il importe de mieux prioriser les efforts de recherche pour concentrer les moyens vers les impasses techniques les plus critiques. Le dĂ©ploiement des innovations dans les exploitations requiert de cibler les investissements dans une logique de triple performance Ă©conomique, sociale et environnementale. Ces changements de pratiques passent aussi par un accompagnement plus soutenu des modes de production plus durables (HVE, bio, signes de qualitĂ©). Ă€ ce titre, une rĂ©forme des outils de gestion des risques est indispensable pour assurer des filets de sĂ©curitĂ© aux agriculteurs dans la transition. RĂ©munĂ©rer les pratiques vertueuses, comme le stockage du carbone dans les sols, reprĂ©sente un autre levier Ă  actionner pour accĂ©lĂ©rer la transition agricole en France tout en permettant aux entreprises de se dĂ©carboner. L’agriculteur de demain sera aussi un carboniculteur.

6
Accélérer la marche vers une alimentation durable et de qualité
Détails

Chantier n°6 : accĂ©lĂ©rer la marche vers une alimentation durable et de qualitĂ©. Cette transition alimentaire passera par un effort accru de lutte contre la prĂ©caritĂ© et le gaspillage alimentaire, pour mettre le droit Ă  l’alimentation au bĂ©nĂ©fice du plus grand nombre. Renforcer la transparence alimentaire par les Ă©tiquetages constitue Ă©galement un levier important pour Ă©clairer les choix du consommateur et pour promouvoir les produits frais, les plus sains et "origine France". Cette transition alimentaire passe aussi par de nouveaux outils pour Ă©duquer Ă  une alimentation plus saine et durable.

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<p>En campagne<br />
pour l’<strong>agriculture de demain</strong></p>

<div class="titre-petit">Propositions pour une souveraineté alimentaire durable</div>
Rapport
(200 pages)
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