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Esther, Dov, Nathalie,Michel, Samira et Mohammed, ont grandi dans le mĂŞme quartier de Beyrouth au Liban.

Esther et Dov sont juifs, Nathalie et Michel sont catholiques, Samira et Mohammed sont musulmans. Ă€ l’issue du collège, ils ont convaincu leurs parents de les laisser partir en France pour y continuer leurs Ă©tudes. Ils choisissent le mĂŞme parcours : passer le bac et s’inscrire en BTS comptabilitĂ©. 

France, 2013 : Ă  25 ans, ils ont tous les six acquis la nationalitĂ© française et ont multipliĂ© les expĂ©riences professionnelles en CDD. Pourtant, Ă  l’heure de chercher un nouvel emploi, leurs candidatures ne reçoivent pas le mĂŞme accueil.

Combien de CV les candidats ont-ils besoin d'envoyer avant de se voir proposer un entretien d'embauche ? 

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Esther, Dov, Samira et Mohammed sont-ils discriminĂ©s ?

44% des Français d’origine
extra-européenne déclarent
avoir rencontrĂ© une situation discriminatoire au moins une fois dans leur vie 
Source

Cette diffĂ©rence de traitement des candidatures d’Esther, Dov, Nathalie, Michel, Samira et Mohammed illustre la discrimination Ă  l’embauche qui sĂ©vit en France, phĂ©nomène rĂ©pandu mais mal connu en raison d’une absence d’indicateurs permettant une mesure prĂ©cise de son ampleur – mis Ă  part les 21 critères reconnus par le Code pĂ©nal. Les rares informations disponibles soulignent que les Français d'origine extra-europĂ©enne sont les plus touchĂ©s par la discrimination. Des outils viennent combler cette faille et permettent d’apprĂ©hender cette rĂ©alitĂ© : les testings correspondent Ă  une mĂ©thode lĂ©gale consistant Ă  envoyer des CV de candidats fictifs en rĂ©ponse Ă  des offres d’emploi rĂ©elles, et Ă  mesurer les taux de rĂ©ponses en fonction des diffĂ©rents profils.

En 2007, le Conseil constitutionnel a prohibĂ© toute mesure gĂ©nĂ©ralisĂ©e de la diversitĂ© qui reposerait sur l’origine ethnique ou raciale des personnes. Cependant, il est possible de recourir Ă  des donnĂ©es « objectives Â», telle que la nationalitĂ© ou le lieu de naissance d’un individu et de ses parents, mais aussi des mesures subjectives comme le « ressenti d’appartenance Â».

Les rares informations disponibles soulignent que les Français d’origine extra-europĂ©enne sont les plus touchĂ©s. Des testings prĂ©cĂ©demment menĂ©s montrent qu’ils sont systĂ©matiquement dĂ©favorisĂ©s par rapport aux Français d’origine française et qu’il existe une forte corrĂ©lation entre la discrimination vĂ©cue Ă  l’embauche et au travail, d’une part, et l’origine migratoire – en particulier extra-europĂ©enne – des salariĂ©s, d’autre part. Ainsi, les injustices vĂ©cues dans le cadre du travail par des immigrĂ©s d’origine d’Afrique sub-saharienne et du Maghreb notamment s’apparentent Ă  des discriminations ethno-raciales.

Seuls 26% des Français ont
une bonne image de la religion
musulmane
Source

Mais cette discrimination est-elle basĂ©e 
sur l’origine ou la religion ?

Le testing Valfort-Institut Montaigne

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​L'Institut Montaigne et Marie-Anne Valfort se sont associĂ©s pour rĂ©aliser un testing sur CV d’une ampleur sans prĂ©cĂ©dent pour pallier ce manque de donnĂ©es et fonder l’action publique sur des constats solides et scientifiquement Ă©tablis. Le testing Valfort-Institut Montaigne a comparĂ© les taux de rĂ©ponse de ces candidats fictifs issus du mĂŞme pays (le Liban) et au parcours identique. Seule leur religion supposĂ©e diffère (voir FAQ).

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Les rĂ©sultats du testing rĂ©vèlent une forte discrimination Ă  raison de la religion : parcourez cette infographie interactive

Ce testing dresse pour la première fois un Ă©tat des lieux chiffrĂ© de la discrimination religieuse sur le marchĂ© du travail. Les rĂ©sultats rĂ©vèlent une forte discrimination Ă  l’égard des juifs et des musulmans. 

Ces derniers ont deux fois moins de chances d’être contactĂ©s par les recruteurs que les catholiques. Les hommes musulmans sont particulièrement discriminĂ©s : leur taux de rĂ©ponse est 4 fois plus faible que celui des hommes catholiques

Comment peut-on expliquer ces rĂ©sultats ?

La religion musulmane est associĂ©e Ă  deux types de stĂ©rĂ©otypes : le premier fait rĂ©fĂ©rence Ă  une pratique extrĂ©miste de la religion, le second suppose une inĂ©galitĂ© de traitement entre les hommes et les femmes. Dans l’emploi, ces stĂ©rĂ©otypes se traduisent par des craintes ressenties par les recruteurs, qui pourraient permettre de rationaliser leur comportement. Le testing Valfort-Institut Montaigne a cherchĂ© Ă  vĂ©rifier ces intuitions, par l’introduction de profils laĂŻcs et de profils d’excellence.

Le protocole expérimental mis en place pour cette étude a été développé plus spécifiquement pour analyser les ressorts de la discrimination à l’égard des musulmans. Cela ne signifie pas pour autant qu’il ne permet pas d’expliquer la discrimination à l’égard des juifs, certains stéréotypes dont ils souffrent pouvant coïncider avec ceux dont sont victimes les musulmans.

Le schéma ci-dessous synthétise les stéréotypes associés à la religion musulmane et les comportements des recruteurs qui peuvent en découler. Il y ajoute les éléments du protocole expérimental qui ont permis de tester ces intuitions, et les résultats obtenus à l’issue du testing.

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Foire aux questions

L’administration quotidienne du testing sur CV a consisté à répondre aux offres d’emploi parues sur le site de Pôle Emploi pour des postes en comptabilité localisés en France métropolitaine. Pour mesurer la discrimination mais aussi en éclairer les ressorts, le testing Valfort-Institut Montaigne a comparé les taux de réponses de candidats fictifs.

Pour chaque métier testé (comptable, assistant comptable et secrétaire comptable), le testing sur CV est composé de 30 types de candidatures. Ces candidatures sont déclinées par département, c’est-à-dire que l’adresse postale du candidat figurant en haut de son CV et de sa lettre de motivation diffère d’un département à l’autre. Les candidats sont domiciliés dans le centre-ville de la préfecture du département dans lequel ils postulent.

Le protocole expérimental exclut les offres gérées par un intermédiaire de l’emploi (entreprises intérimaires, cabinets de recrutement, conseillers Pôle Emploi, etc.), afin de traiter uniquement les offres d’emploi permettant d’envoyer directement la candidature à l’établissement disposant d’un poste à pourvoir. De plus, afin d’éviter que les recruteurs ne détectent le testing, le protocole expérimental interdit de répondre à plus d’une offre d’emploi publiée par le même établissement, même si ces offres concernent des centres d'activités situés dans des localités différentes.

Pour chaque offre d'emploi, dans chaque département, l’un des 30 types de candidatures est sélectionné de manière aléatoire et envoyé au recruteur par un email. Toute différence de taux de réponse entre les types de candidatures est donc uniquement imputable à leurs différences de contenu, c’est-à-dire à leur religion réelle ou supposée.

De plus, pour rejeter la possibilité, lorsqu’elle doit l’être, que des différences de taux de réponse entre candidats sont tout simplement dues au hasard, chaque type de CV a été envoyé à un nombre élevé d’offres d’emploi (un peu plus de 200). Les conclusions du testing Valfort-Institut Montaigne reposent donc sur le traitement de 6231 offres d’emploi, ce qui représente un volume de candidatures sans précédent.

L’appartenance religieuse des candidats est signalĂ©e via trois informations : 

  • • Le prĂ©nom des candidats : Dov et Esther pour les juifs, Michel et Nathalie pour les catholiques et Mohammed et Samira pour les musulmans. 
  • • Le collège confessionnel dans lequel ils ont obtenu leur brevet, pour les candidats catholiques et musulmans (Michel, Mohammed, Nathalie et Samira) : le « collège privĂ© catholique bilingue français-arabe Notre Dame de Nazareth (Beyrouth) Â» pour Michel et Nathalie et le « collège privĂ© musulman bilingue français-arabe Amilieh (Beyrouth) Â» pour Mohammed et Samira. Les candidats juifs, Dov et Esther, sont les seuls pour lesquels l’hĂ©breu est la langue maternelle, au mĂŞme titre que l’arabe qui est la langue maternelle pour tous les candidats.
  • • Les centres d’intĂ©rĂŞt : 
    • - chez Dov et Esther, « Encadrement de jeunes Ă  l’association juive de scoutisme Eclaireuses Ă©claireurs israĂ©lites de France Â» ;
    • - chez Michel et Nathalie, « Encadrement de jeunes Ă  l’association catholique de scoutisme Scouts et Guides de France Â» ;
    • - chez Mohammed et Samira, « Encadrement de jeunes Ă  l’association musulmane de scoutisme Scouts musulmans de France Â».

En 2006, un testing sur CV menĂ© dans le secteur de la comptabilitĂ© a permis de comparer les taux de convocation Ă  un entretien d'embauche de deux Français dotĂ©s des mĂŞmes CV Ă  l’exception de leur origine nationale, signalĂ©e par le prĂ©nom et le nom. « ClĂ©ment Meunier Â» suggĂ©rait une origine française, « Yassine Mokraoui Â» une origine marocaine. Ce testing a permis de rĂ©vĂ©ler que le Français d’origine marocaine a quatre fois moins de chances que le Français d’origine française d’être contactĂ© par le recruteur en vue d’un entretien d’embauche. 

Cependant, le protocole expĂ©rimental de ce testing ne permettait pas d’expliquer les causes de cet Ă©cart : la diffĂ©rence de taux de rĂ©ponse entre ClĂ©ment et Yassine pouvait tout aussi bien ĂŞtre attribuĂ©e Ă  leurs origines nationales diffĂ©rentes qu’à leurs traditions religieuses supposĂ©es diffĂ©rentes (le christianisme pour ClĂ©ment, l’islam pour Yassine). Pour associer les diffĂ©rences de taux de rĂ©ponse entre ClĂ©ment et Yassine Ă  leurs seules diffĂ©rences d’affiliation religieuse, il aurait fallu leur assigner la mĂŞme origine nationale. 

C’est pour cette raison que le testing Valfort-Institut Montaigne a comparĂ© les taux de rĂ©ponse de candidats fictifs diffĂ©rant seulement en fonction de leur religion supposĂ©e, donc issus du mĂŞme pays d’origine. 

Les rĂ©sultats de ce testing ont permis de montrer que le fait que Mohammed Haddad est discriminĂ© par rapport Ă  Michel Haddad, autant que l’est Yassine Mokraoui par rapport Ă  ClĂ©ment Meunier, suggère que Yassine Mokraoui est pĂ©nalisĂ© non pas tant en raison de son origine non-europĂ©enne qu’en raison de sa religion supposĂ©e. Les MaghrĂ©bins sont en effet la seule population pour laquelle les managers font rĂ©fĂ©rence Ă  la religion, rĂ©vĂ©lant ainsi, d’après les auteurs du rapport, un « amalgame entre MaghrĂ©bins et musulmans Â».

Pour vĂ©rifier cette possibilitĂ©, le protocole expĂ©rimental introduit des candidatures dites de « vĂ©rification Â». Ces candidatures sont identiques aux candidatures d’exception des candidats pratiquants, Ă  la diffĂ©rence près que tous les candidats de vĂ©rification ont le mĂŞme prĂ©nom, quelle que soit leur religion. Il s’agit d’un prĂ©nom pouvant ĂŞtre indiffĂ©remment portĂ© par des catholiques, des juifs ou des musulmans, et donc susceptible d’être perçu par les recruteurs comme plus familier que « Dov Â», « Mohammed Â» ou « Samira Â». Ce prĂ©nom est « Adam Â» pour les hommes et « Myriam Â» pour les femmes. 

Sans surprise, Esther ne gagne rien Ă  s’appeler Myriam. L’adoption d’un prĂ©nom familier ne bĂ©nĂ©ficie pas non plus Ă  Dov ou Ă  Samira, pourtant dotĂ©s de prĂ©noms plus exotiques. 

Ce résultat confirme que les candidats minoritaires ne sont pas simplement discriminés en raison de l’exotisme de leur prénom. Si c’était le cas, leur taux de réponse devrait systématiquement converger vers celui de Michel Haddad pour les hommes et vers celui de Nathalie Haddad pour les femmes lorsqu’ils adoptent des prénoms plus familiers.

L’essentiel de l’échantillon est composĂ© de TPE (effectif infĂ©rieur Ă  20 salariĂ©s) et de PME (effectif compris entre 20 et 249 salariĂ©s). Il n’est donc pas possible de comparer de manière rigoureuse le comportement de recrutement de ces entreprises avec celui des ETI et des TGE (très grande entreprise, effectif supĂ©rieur Ă  4999 salariĂ©s) : ces dernières totalisent trop peu d’observations. 

Les TPE et PME composent 56% (N=3056) et 37% (N=1992) respectivement de ces établissements. Les 7% restants sont constitués d’ETI et de TGE (N=395). Or, si les ETI et TGE représentent moins de 1% des entreprises en France (INSEE), elles contribuent pour moitié à la création d’emplois (OCDE). La sous-représentation des ETI et TGE découle de l’impératif de ne répondre qu’à une offre d’emploi par établissement, afin d’éviter tout risque de détection du testing sur CV. Il convient de souligner que l’intensité de la discrimination à raison de la religion est la même au sein des TPE et des PME.

Si les enquĂŞtes sur l’image de l’islam en France sont assez nombreuses, la perception du judaĂŻsme par les Français et le monde de l’entreprise est peu documentĂ©e et l’on ne dispose pas d’informations suffisantes pour comprendre de façon dĂ©taillĂ©e les stĂ©rĂ©otypes Ă  l’égard des juifs.

Pour autant, certains stéréotypes dont souffrent les musulmans peuvent coïncider avec ceux des juifs et permettre d’expliquer une partie de la discrimination dont ils sont également victimes.

Quelle que soit leur religion, les femmes affichent des taux de rĂ©ponse significativement plus Ă©levĂ©s que leurs homologues masculins. Ce rĂ©sultat est cohĂ©rent avec les stĂ©rĂ©otypes sur le genre Ă©galement associĂ©es Ă  l’homme et Ă  la femme, et qui tendent Ă  rĂ©sumer le duo « Manager-Assistante Â». En d’autres termes, les femmes sont perçues comme excellant aux fonctions d’assistanat (dont les postes de comptables, assistant(e)s et secrĂ©taires comptables font partie), alors que les hommes, perçus comme naturellement leaders, sont moins faciles Ă  diriger Ă  ces fonctions. Et en effet, le mĂ©tier « EmployĂ©s de la comptabilitĂ© Â» est Ă  85% fĂ©minin d'après une enquĂŞte 2013 de la DARES.

La littĂ©rature scientifique permet de dire que la candidate catholique pratiquante a les mĂŞmes taux de rĂ©ponse que la candidate de rĂ©fĂ©rence areligieuse : ainsi, dans le testing de Adida, Laitin et Valfort (2010), le taux de rĂ©ponse de la candidate catholique pratiquante (Ă©gal Ă  23,5%, qu’elle affiche un profil ordinaire ou d’exception) correspondait Ă  celui de la candidate de rĂ©fĂ©rence (AurĂ©lie MĂ©nard). AurĂ©lie MĂ©nard est une candidate française d’origine française dotĂ©e d’un CV Ă©quivalent Ă  celui de Khadija et Marie Ă  l’exception du fait qu’aucun signal d’appartenance religieuse n’y figure. Le taux de rĂ©ponse d’AurĂ©lie MĂ©nard est de 26%, ce qui est très proche du taux de rĂ©ponse de 23,5% de Nathalie Haddad. 

L’échantillon est composé à plus de 90% d’établissements du secteur tertiaire et moins de 15% des établissements de cet échantillon appartiennent au secteur public ou associatif.

Non, il convient d'être prudent concernant tout éventuel classement des régions car il ne reposerait que sur peu d'offres d'emploi.

L’intensitĂ© de la discrimination Ă  l’égard de la religion est sensible Ă  deux facteurs locaux : 
• la proportion, parmi les immigrĂ©s de la zone d’emploi, de personnes d’origine non europĂ©enne ; 
• et le score du Front National dans la commune oĂą l’établissement est situĂ©.  

Ces deux variables constituent des facteurs aggravants de discrimination Ă  l’égard des candidats minoritaires, qu’ils soient juifs ou musulmans. 

Il peut sembler surprenant que le taux de chĂ´mage dans la zone d’emploi n’influence pas l’écart entre le taux de rĂ©ponse des candidats catholiques et celui des candidats juifs et musulmans. On n’obtient pas non plus de rĂ©sultat en se concentrant sur l’impact de la difficultĂ© Ă  recruter pour les mĂ©tiers « EmployĂ©s de la comptabilitĂ© Â». 

Pourtant, l’intuition suggère qu’une plus grande difficultĂ© Ă  recruter devrait contraindre les employeurs Ă  moins discriminer. Mais encore faut-il que le taux de chĂ´mage soit suffisamment faible et/ou la difficultĂ© Ă  recruter suffisamment Ă©levĂ©e pour vraiment limiter les choix du recruteur. Cela ne semble pas ĂŞtre le cas : le taux de chĂ´mage moyen dans les zones d’emploi est relativement Ă©levĂ© (Ă©gal Ă  10%) et la dispersion des donnĂ©es autour de cette moyenne est modeste. De mĂŞme, la difficultĂ© Ă  recruter est relativement faible en moyenne (Ă©gale Ă  30%) et supĂ©rieure Ă  80% dans seulement 10% des bassins d’emploi.

DiffĂ©rents facteurs sont susceptibles d’influencer la discrimination Ă  l’égard des candidats minoritaires. On peut regrouper ces facteurs en trois catĂ©gories :

  •  les caractĂ©ristiques du poste : CDD ou CDI. Il est possible que le recruteur soit prĂŞt Ă  prendre plus de risques et donc discrimine moins dans le cadre d’un CDD que d’un CDI ;
  • les caractĂ©ristiques de l’établissement qui recrute : nombre de salariĂ©s, secteur d’activitĂ© (primaire, secondaire ou tertiaire) et statut (associatif, privĂ© ou public). 
  • les caractĂ©ristiques de la zone d’emploi oĂą cet Ă©tablissement se situe : proportion d’immigrĂ©s et proportion, parmi les immigrĂ©s, de personnes d’origine non-europĂ©enne, taux de chĂ´mage en 2013 et revenu fiscal mĂ©dian. Cela inclut Ă©galement le score du Front National lors du premier tour des Ă©lections prĂ©sidentielles de 2012 dans la commune oĂą l’établissement est situĂ©. 

Malheureusement, seul l’impact des caractĂ©ristiques liĂ©es au poste et Ă  la localitĂ© oĂą l’établissement est situĂ© peut ĂŞtre analysĂ© avec prĂ©cision. Les consĂ©quences de la taille, du secteur d’activitĂ© et du statut de l’établissement sont en revanche difficilement identifiables. 

Les résultats révèlent que l’intensité de la discrimination à raison de la religion est la même que le contrat proposé soit à durée déterminée ou non.

Cependant, il est important de revenir sur les consĂ©quences de la taille, du secteur d’activitĂ© et du statut des Ă©tablissements auxquels des candidatures ont Ă©tĂ© adressĂ©es. Le faible nombre d’observations disponibles pour les « grandes Â» entreprises (ETI et TGE), pour les entreprises des secteurs primaire et secondaire et pour les entreprises des secteurs public et associatif empĂŞche de conclure que, pour ces entreprises, les diffĂ©rences observĂ©es entre les taux de rĂ©ponse des diffĂ©rents candidats sont statistiquement significatives. On ne peut donc pas exclure que ces diffĂ©rences sont uniquement dues au hasard.

Dans le cas d’une rĂ©ponse positive, le dĂ©lai de rĂ©ponse du recruteur est supĂ©rieur de 3,8 jours pour le candidat juif et de deux jours pour le candidat musulman par rapport au dĂ©lai de rĂ©ponse du candidat catholique. Cependant, seule la diffĂ©rence entre le dĂ©lai de rĂ©ponse du candidat catholique et celui du candidat juif est statistiquement significative. Ces rĂ©sultats suggèrent que les candidats juifs et musulmans ne sont pas forcĂ©ment les premiers choix des recruteurs, mĂŞme lorsque ces derniers donnent suite Ă  leur candidature. 

Dans le cas d’une réponse négative, tous les candidats ont la même probabilité (20% environ) d’être informés du refus du recruteur lorsque ce dernier écarte leur candidature.

Le testing a Ă©galement permis de mesurer le ton de l’email de refus envoyĂ© par le recruteur, et mesurĂ© par sept variables binaires (par exemple, remerciement pour la candidature : variable Ă©gale Ă  1 si le recruteur remercie, Ă©gale Ă  0 sinon). Le ton de l’email varie donc de 1 Ă  7. 

Ce ton est moins affable pour les juifs et les musulmans que pour les catholiques. Sur une échelle de 0 à 7, il est en effet de 3,85 pour les catholiques et de 3,63, à la fois pour les juifs et les musulmans. Certes, en raison d’une automatisation des réponses aux candidats dans un grand nombre d’établissements, la différence entre ces deux valeurs est ténue. Elle est cependant statistiquement significative.

 

Quelles pistes pour l’action publique ?

Pour lutter contre les discriminations à raison de la religion comme sous toutes ses autres formes, il est avant tout nécessaire de mettre des mots et des données chiffrées sur les situations existantes, de les objectiver afin de les rendre visibles au plus grand nombre. La mise en place d’outils de mesure figure ainsi au premier rang des recommandations que l’Institut Montaigne porte sur ces enjeux, en exprimant le souhait que l’ensemble des acteurs du débat public s’en saisissent. C’est dans le même esprit que s’inscrivent les leviers d’action analysés par l’auteur dans le quatrième chapitre de cette étude. Ils doivent être discutés avec les citoyens et les décideurs publics. C’est à eux qu’il incombera de déterminer les options à retenir et leurs modalités de mise en œuvre, afin de garantir la pleine efficacité de ces politiques de lutte contre les discriminations.

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31/12/2015
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