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Note
Juillet 2021

China Trends #9
Une Chine dĂ©carbonĂ©e est-elle possible ?

Auteurs
François Godement
Expert Résident, Conseiller spécial - Asie et États-Unis

François Godement est Expert Résident principal et Conseiller spécial – Asie et États-Unis à l’Institut Montaigne. Il était également Nonresident Senior Fellow du Carnegie Endowment for International Peace et assistait le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères français en tant que consultant externe jusqu'à l'été 2024. François Godement était précédemment directeur du programme Asie de l’ECFR, professeur des universités à l’INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales) puis à Sciences Po Paris. Il a fondé le Centre Asie de l’IFRI et le think tank Asia Centre. En 1995, il a co-fondé le comité européen du Council for Security Cooperation in the Asia Pacific (CSCAP). François Godement est diplômé de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, où il s’est spécialisé en histoire, avant d’étudier à l’université Harvard.

Viviana Zhu
Analyste Chine - Anciennement Research Fellow - programme Asie, Institut Montaigne

Viviana Zhu était Research Fellow à l'Institut Montaigne jusqu'en janvier 2023. Avant cela, elle était coordinatrice du programme Asie à l’European Council on Foreign Relations (ECFR)

Ce numĂ©ro de China Trends s’intĂ©resse aux objectifs de dĂ©carbonation de l'Ă©conomie chinoise, dĂ©jĂ  passĂ©s en revue par l’Institut Montaigne il y a quelques semaines. Les trois contributeurs de ce numĂ©ro ont chacun choisi un angle au sein des dĂ©bats qui animent les experts et commentateurs chinois. Viviana Zhu, chargĂ©e d’études Asie Ă  l’Institut Montaigne et rĂ©dactrice en chef de China Trends, analyse la manière dont sont apprĂ©hendĂ©s les moyens d'atteindre l’objectif, fixĂ© par Xi Jinping, de neutralitĂ© carbone d’ici Ă  2060. Byford Tsang, Senior Policy Adviser du think tank E3G, se penche sur la question du charbon et des Ă©nergies fossiles. Enfin, Stephen Minas, Associate Professor Ă  la School of Transnational Law de l’universitĂ© de PĂ©kin et Senior Research Fellow au Transnational Law Institute du King’s College London, explore l’état de la diplomatie climatique chinoise. Ce numĂ©ro est introduit par François Godement, conseiller pour l’Asie Ă  l’Institut Montaigne. 

 

Une certaine ambiguïté

Les sources sur lesquelles s’appuie notre numĂ©ro signalent une sorte de malaise, ou tout du moins une certaine ambiguĂŻtĂ© parmi les experts et les dĂ©fenseurs de la diplomatie publique de la Chine. On peut le comprendre : tout objectif fixĂ© par le PrĂ©sident Xi Jinping devient par essence incontestable. Mais, de façon assez judicieuse, le PrĂ©sident chinois qualifie aussi la trajectoire pour atteindre ces objectifs de "bataille difficile". Les commentateurs chinois se doivent donc d’inclure dans leurs analyses l’évocation des difficultĂ©s qu’impliquera cette bataille - sans pour autant aller jusqu’à mettre en doute le caractère rĂ©aliste des objectifs d’ensemble. Après tout, il y a aussi des raisons d’être optimiste : certaines Ă©volutions qui pourraient se produire en Chine - sinon avant 2030, du moins avant 2060 - sous l’effet des innovations technologiques, de la restructuration de ce qui devrait alors ĂŞtre une Ă©conomie avancĂ©e ou d’un changement radical dans la demande d’énergie avec une population plus rĂ©duite, pourraient rendre ces objectifs plus atteignables.

Des réserves réalistes

Pourtant, les experts chinois formulent des rĂ©serves, mĂŞme si c’est plus ou moins ouvertement. L’une d’elles revient Ă  affirmer que la croissance Ă©conomique ne doit pas ĂŞtre nĂ©gligĂ©e au profit du contrĂ´le des Ă©missions. On ne trouvera pas en tous cas en Chine de partisans de la "dĂ©croissance", ce refrain Ă  la mode propre aux vieilles sociĂ©tĂ©s industrialisĂ©es… Admettons toutefois qu’une population chinoise sur le dĂ©clin dès les prochaines annĂ©es, ainsi que l’achèvement de l’urbanisation massive qui a caractĂ©risĂ© la Chine ces dernières dĂ©cennies, pourraient constituer des Ă©lĂ©ments de rĂ©ponse au dĂ©fi des Ă©missions. LĂ  oĂą le bât blesse, c’est qu’au moins dans un avenir proche, la croissance chinoise rimera avec charbon, acier, ciment, aluminium et produits pĂ©trochimiques, en raison d’un secteur de la construction exceptionnellement prĂ©dominant. MĂŞme une part de la mobilitĂ© Ă©lectrique atteignant 100 % dans les transports ne compenserait pas cette rĂ©alitĂ©.

Verdissement et diplomatie publique chinoise

Si ces commentateurs cherchent à se persuader que la réduction des émissions relève d’une tendance mondiale inévitable et que le contrôle de ces émissions sera porteur de croissance, on note aussi l’argument en filigrane selon lequel la Chine ne pourra faire autrement que de s’en tenir à un degré supérieur d’émissions de CO2. La diplomatie climatique de la Chine, comme le montre ce China Trends, combine rigidité traditionnelle et efforts d’adaptation aux requêtes internationales. À la rubrique de cette rigidité, on trouve le droit à polluer, découlant directement du fait que d’autres ont pollué avant la Chine. Cet argument moral exempte la diplomatie chinoise de toute culpabilité, bien que l’échelle actuelle des émissions chinoises de CO2 écrase celle de tous ses prédécesseurs dans l’histoire. Mais sous la rubrique de l’adaptation aux exigences internationales, on trouve le fait que la Chine cherche à jouer un rôle d’inspirateur dans la "civilisation écologique". On ne peut nier que le pays est parvenu à développer ce qui est désormais le plus grand secteur d’énergies alternatives au monde et que sa diplomatie publique est à l’avant-garde de la sémantique du verdissement.

La décarbonation, un objectif parmi d’autres

C’est principalement la pleine conscience qu’ils ont de la structure actuelle de l’économie chinoise qui gĂŞne nombre d’experts et de commentateurs. Nous ne pouvons les blâmer qu’avec un brin d’hypocrisie : au regard, dans les Ă©conomies très avancĂ©es, de la difficultĂ© Ă  mettre en Ĺ“uvre une transition verte dans le secteur du logement et de la construction, de la place que l’agriculture tient encore dans les Ă©missions et des combats qui opposent toujours les partisans de telle ou telle source d’énergie, on comprend bien que toute transition Ă©nergĂ©tique implique et mobilise la sociĂ©tĂ© tout entière. 

La capacitĂ© tant vantĂ©e de la Chine Ă  surmonter la rĂ©sistance des groupes sociaux grâce Ă  l’autoritarisme a ses limites. Les secteurs Ă©conomiques qui dĂ©fendent le statu quo s’avèrent ĂŞtre les piliers de l’État-parti, et l’édification d’une sociĂ©tĂ© "modĂ©rĂ©ment prospère" est l’atout clĂ© que le Parti communiste chinois brandit Ă  destination de la population. On entend souvent, de la part des observateurs Ă©trangers, l’argument selon lequel la transition verte en Chine est aussi pour elle un enjeu vital, dans un pays qui, reprĂ©sentant 30 % des Ă©missions mondiales et avec une grande sensibilitĂ© Ă  la pollution et au changement climatique, serait Ă  la fois le coupable et la victime directe de sa trajectoire intensive en CO2. En Chine comme ailleurs, cet argument repose sur l’hypothèse d’un processus de dĂ©cision rationnel. Mais d’importants inconvĂ©nients de court terme, les problèmes d’ajustement et la question des perdants de cette transition pèsent tout autant dans l’équation. 

Il faut espérer que ce débat s’épanouira en Chine, car ce n’est qu’en transformant l’ensemble de la structure économique que les objectifs 30/60 (pic des émissions d’ici à 2030, neutralité carbone d’ici 2060) deviendront réalistes.


Téléchargez la version complète en anglais au lien ci-dessous.

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