AccueilExpressions par Montaigne[Vu d’ailleurs] Sanction, dĂ©pĂ©nalisation ou lĂ©galisation du cannabisLa plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Action publique12/04/2017ImprimerPARTAGER[Vu d’ailleurs] Sanction, dĂ©pĂ©nalisation ou lĂ©galisation du cannabisAuteur Marc-Antoine Authier Ancien chargĂ© d'Ă©tudes - Energie, DĂ©veloppement durable Ă l'Institut Montaigne Le Canada vient d'enclencher le processus pour lĂ©galiser la consommation rĂ©crĂ©ative de cannabis. Cette mesure pourrait rĂ©sonner dans la campagne prĂ©sidentielle française dans laquelle de nombreux candidats proposent de faire Ă©voluer la loi en la matière. En France, le dĂ©bat se nourrit d'un paradoxe dĂ©sormais bien connu : malgrĂ© un arsenal lĂ©gal particulièrement coercitif, les Français sont les plus gros consommateurs de cannabis dans l'Union europĂ©enne. Quelle est la situation chez nos voisins ? Quelles alternatives existent en terme de lĂ©gislation ? Tour d'horizon des options prises dans d'autres pays.Quelle est la situation en France ?Selon l’Observatoire français des drogues et toxicomanies, 17 millions de personnes âgĂ©es de 11 Ă 75 ans ont dĂ©jĂ expĂ©rimentĂ© le cannabis. Parmi elles, 4,6 millions en ont consommĂ© lors de l’annĂ©e Ă©coulĂ©e et 1,6 million en consomment rĂ©gulièrement, c’est-Ă -dire au moins dix fois par mois. Pourtant, la loi du 31 dĂ©cembre 1970 relative aux “mesures sanitaires de lutte contre la toxicomanie et la rĂ©pression du trafic et de l'usage illicite de substances vĂ©nĂ©neuses” punit l'usage de substances classĂ©es comme “stupĂ©fiants”, parmi lesquelles figure le cannabis. Elle ne fait pas de distinction entre drogues douces et drogues dures, ni mĂŞme entre l'usage en privĂ© et en public, ou encore l'usage rĂ©gulier et occasionnel.Alors que la consommation de cannabis tend Ă se banaliser dans notre sociĂ©tĂ©, le nombre des interpellations pour usage ou trafic a lui augmentĂ©, comme le montre le graphique ci-dessous :La comparaison internationale renforce ce doute quant Ă l’efficacitĂ© des politiques de rĂ©prĂ©hension de la consommation et de l’usage : pour preuve, les trois pays les plus consommateurs en interdisent la consommation. Ainsi, l’Islande oĂą la prĂ©valence de consommateurs de cannabis atteint 18,1% de la population, les États-Unis (16,2%) et le Nigeria (14,3%) l’interdisent tous trois. La situation aux États-Unis reste toutefois Ă nuancer : si le cannabis demeure proscrit au niveau fĂ©dĂ©ral, certains États en ont dĂ©jĂ lĂ©galisĂ© l’usage, soit thĂ©rapeutique, soit rĂ©crĂ©atif.LĂ©galisation, dĂ©pĂ©nalisation, usage thĂ©rapeutique,... : quelles options ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© retenues ailleurs ?La lĂ©galisation encadrĂ©e de l’usage rĂ©crĂ©atifAvec la lĂ©galisation de l’usage rĂ©crĂ©atif, la possibilitĂ© est donnĂ©e au citoyen d’acheter du cannabis sous certaines conditions, a priori peu contraignantes. La lĂ©galisation suppose Ă©galement l’autorisation de cultiver des plantes, avec un encadrement plus ou moins important exercĂ© par l’État.Il s’agit de la forme la plus aboutie de lĂ©galisation car elle n’exerce pas ou très peu de contrĂ´le sur l’achat et la consommation. Mais diffĂ©rentes formes de lĂ©galisation existent, selon que la production, la distribution et la consommation restent ou non encadrĂ©es par l’État. D’autres questions se posent alors : doit-on obtenir une licence pour pouvoir acheter et consommer ? l’usage est-il restreint des lieux rĂ©servĂ©s Ă l’usage ? l’auto-consommation et la revente sont-elles autorisĂ©es ?Ainsi, aux États-Unis, huit États ont dĂ©jĂ complètement lĂ©galisĂ© l’usage rĂ©crĂ©atif : l’Alaska, la Californie, le Colorado, le Maine, le Massachusetts, le Nevada, l'Oregon et l’État de Washington. L’Uruguay a Ă©galement choisi de lĂ©galiser complètement la consommation. Les Uruguayens et les Ă©trangers disposant d’une carte de rĂ©sident pourront ainsi obtenir une autorisation administrative leur permettant d’acheter du cannabis en pharmacie.Il est difficile d’apprĂ©cier prĂ©cisĂ©ment les avantages et les inconvĂ©nients de la lĂ©galisation au-delĂ des recettes fiscales. En effet, il est pour le moment impossible d’évaluer prĂ©cisĂ©ment les consĂ©quences sanitaires sur le long terme de la lĂ©galisation. Au Colorado, les recettes fiscales ont rapportĂ© en 2016 quelque 150 millions de dollars qui ont permis des investissements dans les secteurs de la santĂ© et de l’éducation.La lĂ©galisation de l’usage thĂ©rapeutiqueLa lĂ©galisation de l’usage thĂ©rapeutique, c’est l’autorisation de consommer sous prescription mĂ©dicale. Elle pose la question de la production, qui doit ĂŞtre strictement encadrĂ©e par la puissance publique afin d’éviter tout dĂ©tournement de la production en dehors des canaux de diffusion mĂ©dicaux.L’innovation thĂ©rapeutique intègre progressivement le cannabis dans le dĂ©veloppement de nouveaux traitements dont les bĂ©nĂ©fices sont avĂ©rĂ©s pour soulager les patients des douleurs provoquĂ©es par certaines maladies, comme les maladies de Charcot ou de Parkinson. Concrètement, cela signifie qu’un patient peut se voir prescrire la consommation de cannabis par son mĂ©decin comme partie de son traitement.IsraĂ«l a autorisĂ© depuis une dizaine d’annĂ©es la prescription de cannabis dans ce cadre et dĂ©veloppe activement la recherche mĂ©dicale autour de l’utilisation de la plante verte. L’usage rĂ©crĂ©atif devrait bientĂ´t y ĂŞtre tolĂ©rĂ©. En outre, la lĂ©galisation de l’usage thĂ©rapeutique permet d’approfondir les connaissances cliniques des effets liĂ©s Ă la consommation de cannabis. Aux États-Unis, 14 États ont dĂ©jĂ retenu cette option.La dĂ©pĂ©nalisationLa dĂ©pĂ©nalisation de l’usage vise Ă ne plus punir pĂ©nalement la consommation. Elle ne suppose pas nĂ©cessairement l’autorisation. De nombreuses nuances existent qui rendent la dĂ©pĂ©nalisation plus ou moins permissive.En France, la dĂ©tention, la production, la vente et l’usage sont pĂ©nalement punis. Ils constituent des dĂ©lits, c’est-Ă -dire des infractions jugĂ©es par le tribunal correctionnel. La consommation peut ainsi encore ĂŞtre considĂ©rĂ©e comme une infraction passible d’une contravention. Dans cette configuration, la dĂ©pĂ©nalisation facilite la sanction car elle permet notamment aux forces de l’ordre de verbaliser immĂ©diatement toute infraction constatĂ©e. Mais la dĂ©pĂ©nalisation peut Ă©galement ĂŞtre dĂ©judiciarisĂ©e, c’est-Ă -dire qu’aucune poursuite n’est engagĂ©e mĂŞme lorsque l’infraction est constatĂ©e, tout en restant interdite par la loi...La dĂ©pĂ©nalisation ne revient donc pas Ă autoriser lĂ©galement la consommation mais elle instaure un cadre plus flexible. En effet, la sanction pĂ©nale de l’usage de cannabis ne peut ĂŞtre strictement respectĂ©e car le nombre de cas constatĂ©s ne permet pas, pour des raisons de moyens, de les traiter comme des dĂ©lits. Ainsi, les sanctions sont globalement peu appliquĂ©es car elles ne semblent pas proportionnĂ©es.Ainsi, en Allemagne, au Royaume-Uni, au Danemark et aux Pays-Bas, la consommation du cannabis n'est pas sanctionnĂ©e pĂ©nalement. Dans ces quatre pays, toutes les opĂ©rations liĂ©es aux produits stupĂ©fiants sont prohibĂ©es, mais cette interdiction gĂ©nĂ©rale ne fait pas rĂ©fĂ©rence Ă la consommation. Le Portugal ou encore les Pays-Bas ont Ă©galement explicitement dĂ©pĂ©nalisĂ© la dĂ©tention d’une petite quantitĂ© de cannabis, mĂŞme si sa vente et sa culture constituent toujours des infractions pĂ©nales. Aux Pays-Bas, la vente y est tout de mĂŞme largement tolĂ©rĂ©e. En Espagne, la consommation de cannabis constitue simplement une infraction administrative. De nombreuses coopĂ©ratives de producteurs se sont dĂ©veloppĂ©es qui permettent aux coopĂ©rateurs de consommer sur place la production. En AmĂ©rique latine, de nombreux pays ont Ă©galement suivi cette voie : BrĂ©sil, Mexique, Bolivie, Paraguay.Que proposent les candidats ?François Fillon engage la dĂ©pĂ©nalisation. Le candidat Les RĂ©publicains souhaite en effet que les consommateurs de cannabis soient punis par des amendes lorsqu’ils sont interpellĂ©s pour la première fois. En cas de rĂ©cidive, la consommation serait considĂ©rĂ©e comme un dĂ©lit, comme c’est actuellement le cas.BenoĂ®t ÂHamon propose la lĂ©galisation totale du cannabis pour les majeurs, y compris pour un usage rĂ©crĂ©atif. Il souhaite ainsi constituer un monopole d’État afin d’encadrer sa distribution pour assĂ©cher les trafics et prĂ©venir les violences. Les recettes ainsi gĂ©nĂ©rĂ©es soutiendraient la politique de prĂ©vention des risques.Marine Le Pen est la seule candidate Ă ne pas proposer d’évolution de la loi de 1970.Emmanuel Macron souhaite quant Ă lui recourir Ă la sanction par contravention de l’usage de cannabis. Il prĂ©voit ainsi de dĂ©pĂ©naliser la dĂ©tention en petite quantitĂ© de cannabis afin de dĂ©sengorger les tribunaux.ÂJean-Luc MĂ©lenchon, enfin, veut lĂ©galiser l’usage du cannabis mais sanctionner par contravention celui d’autres stupĂ©fiants. La lĂ©galisation permettrait ainsi d’engager des campagnes de prĂ©vention contre les consĂ©quences sanitaires de sa consommation.ImprimerPARTAGER