AccueilExpressions par Montaigne[Vu d’ailleurs] NuclĂ©aire : entre sortie, transition et consolidationLa plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Action publique29/03/2017ImprimerPARTAGER[Vu d’ailleurs] NuclĂ©aire : entre sortie, transition et consolidationAuteur Marc-Antoine Authier Ancien chargĂ© d'Ă©tudes - Energie, DĂ©veloppement durable Ă l'Institut Montaigne Le nucléaire occupe en France une place fondamentale dans les débats sur la politique énergétique. Et pour cause : l'atome y fournit plus de 75% de la production d'électricité. Mais, plus que toute autre source d'énergie, l'atome cristallise les antagonismes entre ses partisans et ses détracteurs.Ă€ l’occasion de l’élection prĂ©sidentielle, l’avenir du parc nuclĂ©aire français est Ă nouveau dĂ©battu. Les diffĂ©rents candidats sont cette fois amenĂ©s Ă se prononcer sur la question de son renouvellement. En effet, 42 des 58 rĂ©acteurs en service en France ont Ă©tĂ© construits entre 1980 et 1990, soit près de trois rĂ©acteurs sur quatre. Or, leur durĂ©e de vie est initialement prĂ©vue pour 40 ans, ce qui implique qu’environ la moitiĂ© de notre capacitĂ© de production Ă©lectrique arrivera au terme de cette durĂ©e entre 2020 et 2030. Des dĂ©cisions fortes devront donc ĂŞtre prises lors du prochain quinquennat afin d’engager les investissements nĂ©cessaires Ă la modernisation des centrales ou, au contraire, Ă leur fermeture.En aoĂ»t 2016, la loi de transition Ă©nergĂ©tique pour une croissance verte (LTE) a fixĂ© un objectif de rĂ©duction de la dĂ©pendance Ă l’atome par deux mĂ©canismes :d’une part, elle limite la capacitĂ© maximale de production Ă la capacitĂ© du parc actuel, soit 62,3 GW : toute nouvelle installation nuclĂ©aire entraĂ®nera la fermeture d’au moins une capacitĂ© existante ;d’autre part, elle fixe un rythme de rĂ©duction du nuclĂ©aire Ă 50% dans le mix Ă©lectrique Ă horizon 2025 : afin d’atteindre cet objectif, il faudrait dĂ©cider la fermeture d’une centrale sur trois lors du prochain quinquennat.Comment nos voisins ont-ils tranchĂ© ? Quelles sont les dĂ©cisions qui ont Ă©tĂ© prises par les autres pays qui produisent de l’électricitĂ© d’origine nuclĂ©aire ? Sans parler de nouvelles constructions, quelles dĂ©cisions ont d’ores et dĂ©jĂ Ă©tĂ© actĂ©es pour la gestion du parc existant ?Quels choix ont Ă©tĂ© faits dans les autres pays ?La comparaison avec les dĂ©cisions prises dans d’autres pays nuclĂ©arisĂ©s est dĂ©licate pour au moins deux raisons :La France est le pays qui a la plus forte dĂ©pendance Ă l’atome ;La question du renouvellement du parc nuclĂ©aire se pose de façon plus pressante lorsqu’il arrive en fin de vie ; or, tous les pays n’ont pas construit leur parc en mĂŞme temps.L’exemple de l’Allemagne est plus riche d’enseignements pour ce qui concerne les consĂ©quences du remplacement de capacitĂ©s nuclĂ©aires par d’autres sources d’énergie. Si la sortie du nuclĂ©aire n’est pas encore complètement effective, elle a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e Ă la suite de la catastrophe de Fukushima au Japon en 2011. Il a ainsi Ă©tĂ© actĂ© dans le cadre de l’Energiewende, ou “tournant Ă©nergĂ©tique”, de renoncer aux quelque 20 GW de capacitĂ©s installĂ©es avant 2023. Ce rythme de transition correspond, grosso modo, Ă celui qui a Ă©tĂ© fixĂ© en France dans le cadre de la LTE avec l’objectif de ramener la part du nuclĂ©aire Ă 50% du mix Ă©lectrique.L’Allemagne a dĂ©jĂ dĂ» substituer les capacitĂ©s de production par de nouvelles capacitĂ©s, principalement des Ă©nergies renouvelables, afin d’accĂ©lĂ©rer le tournant Ă©nergĂ©tique. Toutefois, cette dĂ©cision a eu des consĂ©quences mitigĂ©es sur le bilan carbone de la production d’électricitĂ©. En effet, afin de contenir les coĂ»ts de production qui ont explosĂ© avec la mise en service de renouvelables, l’Allemagne a dĂ» maintenir une part Ă©levĂ©e de charbon et de lignite dans sa production d’électricitĂ© (moins chers mais plus Ă©metteurs de gaz Ă effets de serre).Source : Ministère fĂ©dĂ©ral de l’Économie et de l’ÉnergieL’Italie avait, avant l’Allemagne, dĂ©jĂ fait le choix d’une sortie accĂ©lĂ©rĂ©e du nuclĂ©aire. En effet, suite Ă la catastrophe nuclĂ©aire de Tchernobyl, en 1986, un rĂ©fĂ©rendum a Ă©tĂ© organisĂ© pour acter la sortie du nuclĂ©aire. Cette dĂ©cision a Ă©tĂ© confirmĂ©e par un nouveau rĂ©fĂ©rendum en 2011 suite Ă l’accident survenu au Japon.Le Japon avait fait le choix de renoncer au nuclĂ©aire immĂ©diatement après la catastrophe de Fukushima, au moment oĂą il reprĂ©sentait 30% de sa production Ă©lectrique. Le Premier ministre alors en fonction avait pris l’engagement d’une sortie anticipĂ©e d’ici 2025. Cependant, une augmentation de 20 Ă 30% du prix de l’électricitĂ© et un record d’émissions de gaz Ă effet de serre atteint en 2011 ont relancĂ© le dĂ©bat. Ă€ l’heure actuelle, l’avenir de l’atome au Japon est encore incertain mais la durĂ©e de fonctionnement des centrales a Ă©tĂ© limitĂ©e Ă 40 ans.En Suisse, une sortie progressive du nuclĂ©aire a Ă©tĂ© lĂ©galement prĂ©vue par l’Energiewende mais un rĂ©fĂ©rendum a Ă©tĂ© organisĂ© en novembre 2016 sur une sortie anticipĂ©e du nuclĂ©aire. Les citoyens helvètes ont alors refusĂ© Ă 54% la limitation Ă 45 ans de la durĂ©e de vie de leurs centrales. Une telle dĂ©cision aurait entraĂ®nĂ© la fermeture immĂ©diate de trois des cinq centrales nuclĂ©aires du pays.D’autres pays se sont engagĂ©s de façon beaucoup plus volontaire dans la consolidation de leur parc nuclĂ©aire. Ainsi, les États-Unis ont fait le choix de prolonger la durĂ©e de fonctionnement de leurs centrales de 40 Ă 60 ans. Pour certaines centrales, une prolongation jusqu’à 80 ans est mĂŞme envisagĂ©e. Notons toutefois que ces durĂ©es ne sauraient ĂŞtre comparĂ©es telles quelles Ă celles des centrales françaises car les mĂ©thodes de calcul diffèrent : en France, la durĂ©e de fonctionnement d’une centrale commence Ă sa mise en service ; aux États-Unis, elle commence au dĂ©but de la construction de la centrale. Au demeurant, il est intĂ©ressant de constater que le seul pays qui dispose d’un parc nuclĂ©aire globalement plus ancien que le nĂ´tre a fait le choix d’en prolonger la durĂ©e d’exploitation sur la base de critères Ă©conomiques et non politiques.Que proposent les candidats ?Aucun candidat ne s’engage sur une trajectoire prĂ©cise d’évolution pour notre mix Ă©lectrique. A fortiori, aucun n’a indiquĂ© de calendrier de fermeture des centrales.Jean-Luc MĂ©lenchon a fait de la sortie du nuclĂ©aire un Ă©lĂ©ment structurant de sa politique de planification Ă©cologique. Il y indique ainsi que toutes les centrales seront arrĂŞtĂ©es Ă horizon 2035. Cependant, le candidat de la France insoumise n’a pas prĂ©cisĂ© de calendrier pour cette sortie, dont il envisage qu’elle sera Ă©chelonnĂ©e dans le temps pour Ă©viter les risques de ruptures d’approvisionnement.BenoĂ®t Hamon, vainqueur de la primaire de la gauche en janvier, a Ă©galement intĂ©grĂ© cette proposition Ă son programme. Cette dĂ©cision a Ă©tĂ© actĂ©e suite Ă son alliance avec Yannick Jadot, candidat d’Europe Écologie-Les Verts. On ne trouve toutefois pas plus de prĂ©cisions quant au rythme de fermeture des centrales.Emmanuel Macron a pour sa part annoncĂ© maintenir le cap des 50% Ă horizon 2025. Cependant, le candidat d’En Marche ! a suspendu toute dĂ©cision stratĂ©gique concernant la prolongation des centrales au-delĂ de 40 ans aux conclusions qui seront rendues par l’AutoritĂ© de sĂ»retĂ© nuclĂ©aire (ASN) en 2018. Seule la dĂ©cision de fermer la centrale de Fessenheim a Ă©tĂ© confirmĂ©e, elle interviendra au moment de la mise en service de l'EPR de Flamanville.François Fillon souhaite quant Ă lui annuler la fermeture programmĂ©e de la centrale alsacienne. Le candidat Les RĂ©publicains s’engage Ă©galement Ă promulguer une nouvelle loi de transition Ă©nergĂ©tique qui reviendrait sur les deux principaux objectifs de la LTE afin de moderniser le parc nuclĂ©aire pour en prolonger la durĂ©e d’exploitation. On fait gĂ©nĂ©ralement rĂ©fĂ©rence Ă l’ensemble de ces investissements de modernisation et de rĂ©novation du parc sous le terme de “grand carĂ©nage”.Marine Le Pen veut Ă©galement annuler la fermeture de la centrale de Fessenheim et engager le grand carĂ©nage afin de maintenir, moderniser et sĂ©curiser la filière nuclĂ©aire française. Cependant, cet engagement devra s’articuler avec la volontĂ© affichĂ©e de dĂ©velopper massivement les filières françaises des Ă©nergies renouvelables. La candidate du Front national n’a pas prĂ©cisĂ© quelle place occuperait ces Ă©nergies renouvelables dans le mix Ă©lectrique au cours de son quinquennat.Pour aller plus loin :Vu d’ailleurs - NuclĂ©aire : entre sortie, transition et consolidationVu d’ailleurs - DĂ©fense : un rĂ©investissement Ă l’échelle mondiale ?Vu d’ailleurs - Moralisation de la vie politique : une exigence partagĂ©eVu d’ailleurs - Droit de vote des Ă©trangers, que font nos voisins ?Vu d’ailleurs - Quel avenir pour le salaire minimum ?Vu d’ailleurs - Retraites : un dĂ©bat vieux comme le monde ?ImprimerPARTAGER