AccueilExpressions par MontaigneVers une rĂ©forme de la formation professionnelle, enfin ? Chiche !La plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Éducation27/05/2013ImprimerPARTAGERVers une rĂ©forme de la formation professionnelle, enfin ? Chiche !Auteur Institut Montaigne La préparation de la seconde conférence sociale, qui aura lieu les 20 et 21 juin prochains, a débuté dès ce lundi par des rencontres bilatérales entre le Premier ministre et les organisations syndicales et patronales. Afin de fixer les objectifs du gouvernement pour la période 2013-2014, cette conférence abordera en particulier deux sujets : les retraites et la formation professionnelle.Alors qu’une rĂ©forme de cette dernière a Ă©tĂ© menĂ©e sous le quinquennat prĂ©cĂ©dent et que Nicolas Sarkozy avait mĂŞme annoncĂ© un rĂ©fĂ©rendum sur cet enjeu, un texte a Ă©tĂ© annoncĂ© pour la fin de l’annĂ©e. Une enquĂŞte menĂ©e par l’IFOP pour Acteurs publics et Ernst & Young [1] souligne la sĂ©vĂ©ritĂ© du regard que portent les Français sur ce dispositif. Mal ciblĂ©e, mal pilotĂ©e, inefficace : la formation professionnelle est aujourd’hui très discrĂ©ditĂ©e auprès de l'opinion publique. En effet, les personnes interrogĂ©es dans le cadre de cette enquĂŞte formulent trois critiques :les dĂ©penses publiques allouĂ©es Ă la formation professionnelle sont mal utilisĂ©es : seules 24 % des personnes interrogĂ©es estiment que les ressources qui y sont consacrĂ©es le sont de manière efficace ;les dispositifs existants ne rĂ©pondent pas aux besoins du marchĂ© du travail pour 79 % des personnes interrogĂ©es. Celles-ci estiment que les demandeurs d’emplois (citĂ©s par 39 % des sondĂ©s) et les jeunes non qualifiĂ©s (37 %) devraient ĂŞtre prioritaires. Ils considèrent ainsi que la formation professionnelle doit ĂŞtre un outil d’accès Ă l’emploi et non un soutien aux personnes salariĂ©es ;enfin, ils considèrent que les pouvoirs publics ne sont pas les plus Ă mĂŞmes de piloter cette politique : ils jugent plus capables les branches professionnelles (citĂ©es par 44 % des personnes interrogĂ©es), loin devant l’Etat (8 %) et PĂ´le Emploi (7 %). Ces critiques vont dans le sens d’un constat dressĂ© par la Cour des comptes [2]. Depuis de nombreuses annĂ©es, l’Institut Montaigne a lui aussi pointĂ© l'urgence d'une rĂ©forme profonde d'un système de formation professionnelle qui se porte mal. L’offre de formation plĂ©thorique et les dispositifs complexes dĂ©couragent les salariĂ©s, les employeurs et les demandeurs d’emploi. Dans le mĂŞme temps, l’obligation lĂ©gale de financement qui pèse sur les entreprises du fait du système "former ou payer" alimente l’opacitĂ© et le gaspillage de ressources utilisĂ©es Ă mauvais escient : la formation professionnelle ne bĂ©nĂ©ficie ni aux plus petites entreprises ni aux salariĂ©s les moins qualifiĂ©s et encore moins aux chĂ´meurs. L’Institut Montaigne a formulĂ© plusieurs propositions pour permettre une rĂ©forme audacieuse et sortir de l’impasse actuelle :en finir avec l’obligation lĂ©gale de financement, en la remplaçant progressivement par une incitation fiscale ou un système de subvention ;mettre en place des formations utiles aux salariĂ©s et adaptĂ©es aux besoins de l’entreprise en rendant la prioritĂ© aux formations longues et utiles, notamment au travers de la mise en place d’un compte Ă©pargne formation ;instituer un "chèque formation" fournissant aux chĂ´meurs une subvention des dĂ©penses de formation d’autant plus grande qu’ils sont Ă©loignĂ©s de l’emploi ;mieux coordonner les acteurs de la formation et faire Ă©voluer le rĂ´le des OPCA afin de confier aux URSSAF la collecte de la cotisation ;Ă©valuer la performance de l’effort de formation, en dĂ©finissant des indicateurs mesurables et objectifs et en crĂ©ant un organe indĂ©pendant de certification et d’homologation des formations. Les attentes exprimĂ©es dans cette enquĂŞte font Ă©cho aux mesures annoncĂ©es par le prĂ©sident de la RĂ©publique lors du sĂ©minaire gouvernemental du lundi 6 mai 2013 [3]. Dans le cadre des actions du gouvernement pour lutter contre le chĂ´mage, dont font partie les emplois d’avenir et les contrats de gĂ©nĂ©ration, François Hollande a prĂ©sentĂ© les principaux axes du projet de loi de rĂ©forme de la politique professionnelle :faire des demandeurs d’emploi, des jeunes et des salariĂ©s les moins qualifiĂ©s les principaux bĂ©nĂ©ficiaires de ce dispositif ;clarifier l’offre de formation ;crĂ©er un système de certification et d’évaluation des offres proposĂ©es. Si ces propositions vont dans le bon sens, elles ne rĂ©pondent pour l’instant que partiellement aux incohĂ©rences de notre système de formation professionnelle : ni le rĂ´le des organismes collecteurs, ni le financement des organisations paritaires n’ont Ă©tĂ© soulevĂ©s alors mĂŞme qu’une rĂ©flexion en profondeur sur ces deux axes est indispensable pour rĂ©ussir une rĂ©forme Ă la hauteur de la situation du marchĂ© du travail dans notre pays. Pour en savoir plus : - Remettre la formation professionnelle au service de l’emploi et de la compĂ©titivitĂ©, mars 2013 ; - Formation professionnelle : pour en finir avec les rĂ©formes inabouties, octobre 2011.Notes[1] IFOP pour Acteurs publics, Observatoire des politiques publiques : les Français et la formation professionnelle, avril 2013.[2] Cour des Comptes, La marche du travail : face Ă un chĂ´mage Ă©levĂ©, mieux cibler les politiques, janvier 2013.[3] http://www.elysee.fr/declarations/article/intervention-liminaire-du-president-de-la-republique-lors-de-la-reunion-de-travail-du-gouvernement/ImprimerPARTAGER