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12/03/2021
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Vers plus de proximitĂ© et d'efficacitĂ© en santĂ© grâce Ă  la future loi "4D" ?

Vers plus de proximité et d'efficacité en santé grâce à la future loi
 Laure Millet
Auteur
Experte Associée - Santé

Alors que l’épidĂ©mie de Covid-19 a remis l’organisation de notre système de santĂ© et l’articulation des compĂ©tences entre les Ă©chelons nationaux et rĂ©gionaux au cĹ“ur des dĂ©bats, le projet de loi de dĂ©centralisation dit Loi "4D" (diffĂ©renciation, dĂ©centralisation, dĂ©concentration et dĂ©complexification) qui devrait ĂŞtre portĂ© devant le Conseil des ministres au printemps, pourrait constituer un premier pas vers la transformation du rĂ´le des collectivitĂ©s locales dans la gouvernance du système de santĂ©. DĂ©cryptage avec Laure Millet, responsable du programme SantĂ© de l’Institut Montaigne. 

Centralisation, décentralisation, déconcentration : où en est la France ?

Si l’État n’est pas l’acteur exclusif du système de santé français, il en est néanmoins l’acteur principal. Selon l’article L 1411-1 du code de la santé publique, "la Nation définit sa politique de santé afin de garantir le droit à la protection de la santé de chacun". Si les premières nationalisations d'hôpitaux remontent à la révolution française, on peut retracer les formes de notre système actuel d’organisation des soins à la seconde moitié du XXe siècle. La loi Boulin du 31 décembre 1970 amorce réellement la planification hospitalière en la développant et en la systématisant dans le cadre juridique français. Cette loi définit notamment la carte sanitaire, qui découpe le territoire en 256 secteurs sanitaires avec au moins un plateau technique pour chaque secteur, et les indices de besoins, qui définissent l’implantation d’équipements hospitaliers dans le territoire.

Alors que la France propose une vision et une organisation très verticale des questions de santé, les années 1990 marquent une période de décentralisation des autres systèmes de soins en Europe. La Suède et le Danemark changent radicalement les structures de leurs systèmes de santé en confiant l’organisation des soins aux comtés et aux collectivités territoriales. Les conseils de comtés deviennent propriétaires des hôpitaux et versent eux-mêmes la rémunération des professionnels de santé. En Finlande, la décentralisation des responsabilités est encore plus accentuée puisque l’ensemble des services de santé est sous la responsabilité des 448 municipalités (11 000 habitants en moyenne), qui gèrent aussi l’éducation et les services sociaux. Si la France reste très loin de ces mouvements, elle va donner aux institutions régionales un espace croissant d’initiative et de meilleures capacités de gestion du système par les biais du schéma régional d'organisation sanitaire (en 1991) et les programmes régionaux d'accès à la prévention et aux soins (en 1998).

En France, en 2009, la loi HPST (hĂ´pital, patient, santĂ©, territoires) dĂ©finit une nouvelle organisation sanitaire et mĂ©dico-sociale qui renforce le pilotage de l’État sur le système de santĂ© en rĂ©partissant l’offre de soins de manière plus Ă©galitaire et consolide l’organisation territoriale du système de santĂ© via les Agences RĂ©gionales de SantĂ© (ARS). Celles-ci reprennent alors les missions des groupements rĂ©gionaux de santĂ© publique. La crĂ©ation des ARS marque le processus de dĂ©concentration des services de l’État en rĂ©gions mais n’autorise pas le transfert de pouvoirs dĂ©cisionnaires ou de compĂ©tences administratives de l'État vers les collectivitĂ©s territoriales. Le but de cette rĂ©forme Ă©tait de rendre le pilotage du système de santĂ© plus efficace, basĂ© sur la contractualisation entre acteurs, et moins coĂ»teux. 

Les éléments relatifs à la santé et à l’organisation des soins dans l’actuel projet de loi 4D

Le projet de loi dit 4D est prĂ©sentĂ© par l'exĂ©cutif comme une mesure qui permettrait de "rĂ©pondre aux besoins de proximitĂ© et d’efficacitĂ© exprimĂ©s par les Ă©lus et les citoyens".

Le projet de loi dit 4D pour diffĂ©renciation, dĂ©centralisation, dĂ©concentration et dĂ©complexification, est prĂ©sentĂ© par l'exĂ©cutif comme une mesure qui permettrait de "rĂ©pondre aux besoins de proximitĂ© et d’efficacitĂ© exprimĂ©s par les Ă©lus et les citoyens". Pour certains, en premier lieu les associations d’élus locaux, il est vu comme une "arme" contre l’hypercentralisation des prises de dĂ©cision et de la gouvernance de la santĂ© qui a montrĂ© d’importantes limites lors de la pandĂ©mie. En effet, pendant les diffĂ©rentes vagues de la crise Covid-19, les collectivitĂ©s locales ont souvent dĂ» monter au crĂ©neau pour combler certaines lacunes de l’État, notamment sur la distribution des masques ou l’organisation des tests de dĂ©pistage. 

Sur le volet santĂ©, le projet de loi actuel propose tout d’abord une rĂ©forme de la gouvernance des ARS et entend transformer leurs conseils de surveillance en conseils d’administration dans lesquels les Ă©lus locaux seraient mieux reprĂ©sentĂ©s. Actuellement, les conseils de gouvernance rassemblent 25 membres avec voix dĂ©libĂ©rative : 21 reprĂ©sentants de l'État, de l'Assurance maladie, des collectivitĂ©s territoriales, des usagers et quatre personnalitĂ©s qualifiĂ©es. Six membres possèdent une voix consultative : deux reprĂ©sentants de l'ARS et l'agent comptable, le prĂ©sident de la ConfĂ©rence RĂ©gionale de SantĂ© et de l'Autonomie, deux reprĂ©sentants du personnel et un reprĂ©sentant de l'État et des services de l'État. Le projet de loi prĂ©voit qu’un tiers des places soient attribuĂ©es aux collectivitĂ©s locales et deux places de vice-prĂ©sident pour les Ă©lus, le tout pour conforter leur poids au sein de ces instances souvent dĂ©criĂ©es pour leur manque de proximitĂ© avec les acteurs de terrain. Le conseil d’administration se verrait donc attribuer la nouvelle mission de fixer les grandes orientations de la politique contractuelle de l’Agence, sur proposition de son directeur gĂ©nĂ©ral.

Une autre mesure dĂ©taillĂ©e par le projet de loi est de permettre aux communes et aux dĂ©partements de recruter du personnel soignant pour les centres de santĂ© qu’ils gèrent. Cette disposition donnerait aux collectivitĂ©s locales la possibilitĂ© de faire usage de leur connaissance du terrain et des acteurs pour adapter les besoins particuliers en termes de personnel, un besoin qui est difficile Ă  Ă©valuer au niveau national. Cela pourrait Ă©galement donner plus d’agilitĂ© en cas d’épidĂ©mie, lorsque les situations sont plus ou moins tendues Ă  l’échelle locale. 

Enfin, plusieurs articles concernent l’aspect financier. L’article 24 du texte prévoit l’établissement d’une base légale pour contribuer au financement du programme d’investissement des établissements de santé. Cette mesure est jugée utile mais insuffisante par l’Association des maires de France (AMF), dont le secrétaire général déplore "le manque d’ambition du texte concernant l’autonomie financière et fiscale des collectivités locales". En effet, bien que la loi "4D" prévoit la création d’une base légale pour financer les établissements de santé, elle ne précise pas comment celles-ci pourraient bénéficier de moyens qui leur permettraient d’assurer ces financements.

Le numérique et les patients, maillons clés d’un meilleur pilotage de notre système à l’échelon local

Les collectivités locales ont joué un rôle essentiel lors des différentes vagues épidémiques. Ce projet de loi va dans le bon sens puisqu’il entend reconnaître leur rôle de premier plan dans l’organisation des soins sur le territoire, en temps de crise mais pas uniquement. De plus, la réorganisation du conseil de surveillance des ARS en conseil d’administration où la présence d'élus locaux serait garantie, devrait permettre de mieux appréhender l’écart entre les lignes directrices de l’État et les défis auxquels font face les acteurs du terrain

Ce projet de loi va dans le bon sens puisqu’il entend reconnaĂ®tre le rĂ´le de premier plan [des collectivitĂ©s locales] dans l’organisation des soins. 

Si ce projet de loi voit le jour, il permettra donc aux dĂ©cideurs locaux, administratifs comme soignants, d’être en mesure d’agir directement pour la santĂ© dans leur territoire. Il est essentiel qu’ils s’interrogent dès Ă  prĂ©sent sur plusieurs sujets clĂ©s qui les aideront Ă  prendre des dĂ©cisions Ă©clairĂ©es : l’utilisation du numĂ©rique en santĂ©, le partage des donnĂ©es entre les opĂ©rateurs (ARS, collectivitĂ©s, professionnels, etc.) et le rĂ´le des patients Ă  l’échelon local.

Le recueil des donnĂ©es de santĂ© (donnĂ©es mĂ©dico-administratives, donnĂ©es issues de la recherche fondamentale et clinique, donnĂ©es environnementales, etc.) s’est considĂ©rablement amĂ©liorĂ© grâce aux outils d’e-santĂ©. L’utilisation responsable des donnĂ©es de santĂ© permet d’amĂ©liorer les politiques publiques au niveau local dans des domaines variĂ©s comme la prĂ©vention, le maintien Ă  domicile, le suivi d’une maladie chronique Ă  distance, etc. Les technologies numĂ©riques, encore sous-utilisĂ©es dans le secteur de la santĂ© en France, sont pourtant des outils clĂ©s pour amĂ©liorer l’efficience, la qualitĂ© et la sĂ©curitĂ© de notre système de soins, tout en maĂ®trisant les dĂ©penses. Pourtant, de tels outils peinent encore Ă  se dĂ©velopper alors qu’ils permettraient de mieux rĂ©pondre aux attentes des patients et des professionnels sur le terrain. Le numĂ©rique et le partage de donnĂ©es sont des composantes essentielles d’amĂ©lioration de l’accès aux soins dans les territoires. 

Par ailleurs, les patients eux-mêmes ont un rôle à jouer. En effet, grâce à la mise en place d’indicateurs de résultats renseignés par les patients (qui sont des indicateurs permettant de mesurer la qualité de vie du patient avant et à la suite d’une consultation, d’un séjour à l’hôpital ou d’une prise en charge médicale), les décideurs locaux pourraient avoir une vision beaucoup plus fine des besoins et des attentes des patients sur un territoire précis et dans une pathologie donnée. En parallèle de la loi 4D, il est essentiel de relancer le chantier de la pertinence en santé, qui entendait répondre à l’enjeu de l’accès aux soins dans les territoires. Ces indicateurs permettrait tout à la fois aux patients de mieux s’orienter dans le système de soins et de connaître l’établissement le plus adapté à leur besoin sur un territoire, mais également aux décideurs publics de piloter le système de santé en ayant de vraies données sur la qualité des soins.

 

Copyright : SEBASTIEN BOZON / AFP

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