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19/10/2010
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Une solution à la prise en compte de la pénibilité

Une solution à la prise en compte de la pénibilité
 François Rachline
Auteur
Directeur général de l'Institut Montaigne de 2009 à 2010

Point de vue de François Rachline publié aujourd'hui sur le site de La Tribune

La réforme des retraites sera adoptée demain par le Sénat, au lendemain d'une nouvelle journée de contestation. Le débat sur le report de l'âge légal à 62 ans a occulté les réflexions pourtant indispensables sur une refonte systémique. En attendant, il est urgent de trouver une solution au problème de la pénibilité, par exemple en créant des fonds d'entreprise qui allégeraient la charge d'un régime par répartition à bout de souffle.

Le report de 6O Ă  62 ans de l'âge lĂ©gal a focalisĂ© le dĂ©bat sur la rĂ©forme des retraites. Celle-ci n'ayant pas pour objectif une refonte systĂ©mique, pourtant indispensable, les critiques et les amendements possibles au projet de loi ont tournĂ© autour des amĂ©nagements Ă  mettre en œuvre pour satisfaire Ă  l'objectif lĂ©gitime d'Ă©quitĂ©. Les femmes, les bĂ©nĂ©ficiaires de pensions multiples ou les salariĂ©s soumis Ă  des travaux pĂ©nibles ont tour a tour attirĂ© l'attention des commentateurs.

En ce qui concerne ce dernier point, personne ne conteste qu'il existe des différences sensibles de pénibilité suivant les tâches. Nul n'ignore non plus que tel salarié peut accomplir des travaux qui usent physiquement pendant un temps, puis ne plus y être contraint. L'actuel débat illustre bien la nécessite de supprimer l'âge légal d'ouverture des droits et celui de l'obtention d'une pension à taux plein pour instaurer un régime de retraite à la carte, les ayants droit pouvant partir au moment de leur choix, en fonction du montant de leur pension.

En l’Ă©tat du projet de loi, le gouvernement est favorable au maintien de l'âge de dĂ©part en retraite dès 60 ans pour les salariĂ©s touchĂ©s par une incapacitĂ© physique d'au moins 10 %. II est Ă  noter que cela concernerait… environ 30 000 personnes. En tout Ă©tat de cause, cela ne règle pas la question des effets diffĂ©rĂ©s dans le temps, puisque la pĂ©nibilitĂ© ne peut se rĂ©duire Ă  la seule incapacitĂ© de travail au moment du dĂ©part en retraite. Ce dispositif ne signifie pas non plus qu'il y ait automatiquement une perte d'espĂ©rance de vie — donc de durĂ©e de prestation — pour ceux qui bĂ©nĂ©ficieraient de la mesure.

On se heurte ici Ă  la complexitĂ© et Ă  l'opacitĂ© du système français. La Suède, dont nous pouvons nous inspirer, a mis en œuvre — après une pĂ©riode d’acclimatation pĂ©dagogique, si l'on peut dire — un rĂ©gime par points, simple, efficace et juste. Au lieu des 38 rĂ©gimes existants aujourd'hui, la France pourrait instaurer un système du mĂŞme type. En installant un rĂ©gime unique par rĂ©partition qui fonctionnerait Ă  la carte et par points, comme le propose l’Institut Montaigne, la seule nĂ©gociation portant alors sur la valeur du point. Cela permettrait aux Français une grande libertĂ© de choix dans un rĂ©gime par points et Ă  la carte, le salariĂ© connaĂ®t pour ainsi dire Ă  chaque instant le montant de sa pension et sait qu'il peut partir entre 55 et 70 ans, par exemple, en fonction de ses aspirations individuelles.

Il reste que certains salariĂ©s ne bĂ©nĂ©ficient pas de la mĂŞme espĂ©rance de vie que les autres en raison d'une activitĂ© pĂ©nible. Comment nĂ©anmoins dĂ©terminer a priori une dĂ©finition lĂ©gale de la pĂ©nibilitĂ©, valable pour tous ? Est-ce Ă  l'Etat de fixer ce qui est pĂ©nible et ce qui ne l'est pas ? La pĂ©nibilitĂ© n'est pas une notion abstraite, un concept, mais un ensemble de cas très prĂ©cis, concrets, vĂ©cus au quotidien. In fine, qui est responsable de la pĂ©nibilitĂ© subie par ces salariĂ©s ? Ce ne peut ĂŞtre que celui qui demande l'exĂ©cution de la tâche pĂ©nible, c'est-Ă -dire l’entreprise. Qu'elle soit privĂ©e, publique ou mixte.

C'est donc aux entreprises, en accord avec les partenaires sociaux, de dĂ©terminer comment compenser au mieux la pĂ©nibilitĂ©, surtout si la loi les y oblige. II serait tout Ă  fait imaginable d'imposer lĂ©galement un nouveau dĂ©lai, bref, pour que celles-ci nĂ©gocient avec les syndicats un dispositif Ă©quitable et rĂ©aliste permettant la prise en compte de cet impact sur l'espĂ©rance de vie des salariĂ©s concernĂ©s. Les nĂ©gociations effectuĂ©es durant les annĂ©es 2005-2008, dans la foulĂ©e de la loi Fillon de 2003, serviraient alors de base puisqu'elles avaient permis d'identifier trois critères pour dĂ©finir la pĂ©nibilitĂ© : un effort physique intense (le port de charges lourdes, par exemple), des horaires de travail dĂ©calĂ©s (la nuit, notamment), l'exposition Ă  des substances toxiques (environnement agressif en particulier).

Resterait cependant un point essentiel Ă  rĂ©gler : comment estimer le montant de la compensation ? A l'heure oĂą le SĂ©nat s'apprĂŞte Ă  statuer, le lĂ©gislateur habiliterait les entreprises Ă  crĂ©er des fonds, abondĂ©s rĂ©gulièrement, Ă  proportion des sommes Ă  verser pour compensation. II s'agirait lĂ  d’un complĂ©ment de retraite afin de permettre au rĂ©gime gĂ©nĂ©ral de rĂ©partition, dĂ©jĂ  au bord de la faillite, de ne pas ĂŞtre mis Ă  contribution plus encore.


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