Rechercher un rapport, une publication, un expert...
La plateforme de débats et d’actualités de l’Institut Montaigne
Imprimer
PARTAGER

Un super gestionnaire de l’immobilier de l’Etat

 Philippe Manière
Auteur
Président-fondateur de Footprint > consultants

Le ministre du Budget a annoncé aujourd’hui la création d’un « opérateur pour mieux gérer le patrimoine immobilier de l’Etat »… Cette terminologie peut paraître un peu technocratique, mais est en réalité plutôt simple : Eric Woerth veut mettre en place une instance unique en charge de ces questions de gestion de l’immobilier de l’Etat.

Des gaspillages monumentaux

Tout cela ne sort pas du chapeau du ministre des comptes publics, il s’agit plutĂ´t d’une forme de rĂ©action Ă  un certain nombre de mini-scandales qui ont permis de voir que le fonctionnement actuel Ă©tait très loin d’ĂŞtre satisfaisant. L’Etat a ainsi, par exemple, vendu les locaux de l’imprimerie nationale avant de les racheter quelques annĂ©es plus tard en jetant au passage plusieurs dizaines de millions d’euros par la fenĂŞtre. Ensuite, on apprend dans le rapport du dĂ©putĂ© Yves Deniaud, sorti dĂ©but juin, que le ministère de la Justice loue les anciens locaux de Canal+ pour le montant exorbitant de 20 millions d’euros par an ! Dernier exemple : la RGPP doit entraĂ®ner une baisse des effectifs, or les ministères calculent leur besoin d’espace futur d'après leurs effectifs actuels. De toute Ă©vidence, tout cela manque de professionnalisme et de suivi.

Une marge de progression certaine

Si la gestion immobilière, en termes budgĂ©taires, est lĂ©gèrement meilleure qu’avant, il reste beaucoup de travail. Avant la rĂ©forme de 2005, l’Etat opĂ©rait moins de 100 millions d’euros de cessions immobilières par an, chiffre ridiculement bas. Depuis, on est passĂ© en 2007 Ă  820 millions d’euros de cessions. Outre les problèmes d’acquisition et de cession, la gestion interne pĂŞche encore largement. Actuellement, on continue Ă  construire des bâtiments publics sur la base de 23 m2 pour chaque fonctionnaire quand la norme est passĂ©e Ă  12 m2.

Gestion (enfin) suivie

Tous ces bâtiments publics devraient impĂ©rativement ĂŞtre gĂ©rĂ©s, suivis, ce qui constitue un mĂ©tier que les fonctionnaires de France Domaine ne savent pas faire. Par consĂ©quent, crĂ©er un opĂ©rateur unique est une bonne chose, Ă  condition de le staffer intelligemment, et de lui donner la possibilitĂ© de recruter des vrais professionnels de l’immobilier.

Une transition nette

Il s’agit bien de passer d’une politique immobilière Ă©clatĂ©e, ministère par ministère, Ă  une politique immobilière unifiĂ©e. Cet « opĂ©rateur pour mieux gĂ©rer le patrimoine immobilier de l’Etat Â» sera placĂ© sous la responsabilitĂ© du ministre du Budget, Eric Woerth, par dĂ©lĂ©gation du Premier ministre. L’objectif est simple, valoriser au mieux l’immobilier dĂ©tenu par l’Etat, soit 60 millions de mètres carrĂ©s, Ă©valuĂ©s Ă  48,8 milliards d’euros fin 2007. Je vous laisse apprĂ©cier le chiffre…

Les fonctions de l’opĂ©rateur unique

L'opĂ©rateur unique aura pour vocation d’appliquer des règles de bonne gestion Ă  l'ensemble des ministères, ce qui semble aller dans le bon sens, sous rĂ©serve Ă©videmment que la nouvelle structure soit libre d’agir au mieux des intĂ©rĂŞts de l’Etat. Il faudra qu’elle ne soit pas soumise aux pressions des ministres qui en appellent aujourd’hui Ă  l’arbitrage du prĂ©sident de la RĂ©publique ou des directeurs d’administration qui traĂ®nent des pieds pour garder un bout de palais dans le VIIème arrondissement de Paris !

Quelle politique immobilière ?

Encore une fois, je salue la mise en place d’une structure unique, professionnelle, pour gĂ©rer de façon unifiĂ©e et coordonnĂ©e tout le patrimoine public. Mais je crois qu’on pourrait, et mĂŞme qu’on devrait aller plus loin. A l’Institut Montaigne, nous proposons carrĂ©ment de crĂ©er une sociĂ©tĂ© foncière, qui pourrait d’ailleurs ĂŞtre cotĂ©e en bourse, et Ă  laquelle seraient versĂ©s tous les immeubles banalisĂ©s de l’Etat. Rassurez-vous, je ne vous parle pas du Louvre ou de Versailles, mais sur les 60 millions de mètres carrĂ©s que possède l’Etat, l’essentiel est constituĂ© de bureaux banals, qu’il faudrait pouvoir vendre quand nĂ©cessaire – après tout, parfois, louer, c’est plus malin que d’ĂŞtre propriĂ©taire - des bureaux dont il faudrait aussi gĂ©rer le flux prĂ©visionnel de loyers payĂ©s par chaque ministère si on les garde.

Les bienfaits de la foncière

L’intĂ©rĂŞt de la foncière rĂ©side tout d’abord dans la garantie de ce professionnalisme qui manque justement aujourd’hui, avec arbitrages et optimisation comme dans le privĂ©. Autre avantage : le bĂ©nĂ©fice budgĂ©taire immĂ©diat d’une cession globale rapporterait d’un coup des milliards d’euros. La foncière cotĂ©e reprĂ©sente donc Ă  la fois des milliards d’euros en plus Ă  affecter au dĂ©sendettement de l’Etat et la garantie d’avoir Ă  l’avenir enfin une bonne gestion de l’immobilier public…

Recevez chaque semaine l’actualité de l’Institut Montaigne
Je m'abonne