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"Un pas en avant pour l’union bancaire"

 Édouard Vidon
Auteur
Directeur des politiques européennes et multilatérales de la Banque de France

La crise du coronavirus accĂ©lère le renforcement de l’intĂ©gration europĂ©enne. Les ministres des Finances des 27 États membres de l’Union europĂ©enne se sont en effet entendus pour que le MĂ©canisme EuropĂ©en de StabilitĂ©, ce fonds de sauvegarde créé en 2012 quand l’union monĂ©taire menaçait d’exploser, puisse intervenir, en dernier ressort, en cas de crise bancaire. En quoi cet accord reprĂ©sente-t-il une avancĂ©e dĂ©terminante? DĂ©cryptage par Édouard Vidon, Directeur des politiques europĂ©ennes Ă  la Banque de France. 

À quelques jours du sommet de la zone euro, l’Eurogroupe a annoncé le 1er décembre avoir trouvé un accord qui ouvre la voie à la signature du traité révisé sur le Mécanisme Européen de Stabilité (MES). C’est une avancée concrète qui avait été retardée par la crise Covid, mais qui est à mettre au crédit de la présidence allemande de l’Union européenne de ce 2e semestre 2020.

Cette rĂ©forme du MES permet en effet la mise en place du filet de sĂ©curitĂ© du Fonds de RĂ©solution Unique (FRU), composante essentielle du pilier "rĂ©solution" de l’union bancaire : ce backstop prendra donc la forme d’une ligne de crĂ©dit renouvelable auprès du MES, dont l’objet est de renflouer le FRU si celui-ci venait Ă  ĂŞtre Ă©puisĂ©. 

Surtout, ce filet de sécurité pourra être introduit d’ici début 2022, c’est-à-dire par anticipation par rapport au calendrier précédemment envisagé. Cette accélération est rendue possible par la réduction significative des risques bancaires constatée ces dernières années dans la plupart des économies concernées, qui permet aux banques de faire preuve de résilience face au choc en cours.

L’union bancaire ne sera réellement aboutie que lorsqu’auront émergé de véritables groupes bancaires paneuropéens.

Comme l’a indiquĂ© le Gouverneur Villeroy dans son discours du 27 novembre Ă  l’ACPR : "La crise a, Ă  ce stade, un impact rĂ©el mais supportable sur les institutions financières grâce Ă  des fondamentaux solides et au soutien des autoritĂ©s publiques". Le contexte justifie donc une vigilance renforcĂ©e sur la santĂ© du système financier, et la consolidation du pilier rĂ©solution de l’union bancaire est une contribution importante Ă  la confiance et la stabilitĂ©.

Le chantier de l’union bancaire n’est pas achevĂ© pour autant, et les discussions se poursuivent Ă  un niveau technique sur plusieurs sujets liĂ©s, qui sont encore loin de faire l’objet d’un accord politique :

  • Le rĂ©examen du cadre de gestion des crises bancaires est en cours, avec la revue de la directive BRRD Ă  l’horizon de la fin 2021 : il s’agit de rendre ce cadre plus efficient et cohĂ©rent, sur la base des premières expĂ©riences dans son utilisation. Le principe qui veut que les pertes d’un Ă©tablissement dĂ©faillant soient supportĂ©es par les crĂ©anciers bancaires a en effet connu des exceptions.
     
  • Le projet d’un système europĂ©en de garantie des dĂ©pĂ´ts (EDIS) est toujours en dĂ©bat : une architecture envisageable serait celle d’un mĂ©canisme assurant la couverture des besoins en liquiditĂ© des systèmes nationaux de garantie de dĂ©pĂ´ts. Ceci permettrait une protection robuste des dĂ©posants, mais la possibilitĂ© d’une mutualisation supplĂ©mentaire reste controversĂ©e.
     
  • Le sujet du traitement prudentiel des dettes souveraines reste motivĂ© par la prĂ©occupation d’origine de l’union bancaire : Ă©viter les spirales de risques entre banques et États. Il ressurgit en raison des effets de la rĂ©ponse Ă  la crise Covid sur l’endettement public, mais pourrait aussi ĂŞtre renouvelĂ© par la perspective d’une dette commune europĂ©enne Ă  l’occasion du plan de relance.

Quels que soient les progrès qui pourront être réalisés sur ces chantiers en 2021, l’union bancaire ne sera réellement aboutie que lorsqu’auront émergé de véritables groupes bancaires paneuropéens. Cette perspective devrait être renforcée par l’enjeu de profitabilité qui continue de peser sur les banques européennes. La levée des obstacles résiduels à une consolidation transfrontière de l’industrie bancaire nécessitera une convergence de vues entre pays "home" et "host".

Enfin, un complément essentiel de l’union bancaire reste la réalisation de l’union des marchés de capitaux, qui a trouvé un second souffle avec un nouveau plan d’action. Si l’ambition politique en est maintenue, ce projet devrait favoriser l’émergence d’un système véritablement polycentrique dans la construction de l’espace financier européen post-Brexit. Dans le contexte du plan de relance, le parachèvement d’une telle union de financement valoriserait l’abondante épargne européenne au profit de l’investissement et de l’innovation.

 

 

Copyright : HANNIBAL HANSCHKE / POOL / AFP

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