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Triste record : le plus haut niveau de chĂ´mage des jeunes jamais mesurĂ©

Triste record : le plus haut niveau de chômage des jeunes jamais mesuré
 Institut Montaigne
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D?après la dernière étude du Céreq, le taux de chômage des jeunes trois ans après leur sortie du système éducatif n'a jamais été aussi élevé en France : près d'un jeune sur cinq est encore en recherche d'emploi. Les non-diplômés sont les premières victimes : près d'un sur deux est au chômage, soit une hausse de 16 points par rapport à la génération 2004.

L’insertion professionnelle des jeunes largement impactée par les effets de la crise

L’enquête 2013 du Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq) auprès de la génération 2010(1) a analysé la situation de 33 000 jeunes diplômés ou sortis du système scolaire au cours ou à l’issue de l’année 2009-2010.

Trois ans après leur sortie du système éducatif, leur taux de chômage s’élève à 22 % : il s’agit du taux le plus élevé mesuré par le Céreq, alors même que la génération 2010 est plus diplômée que les précédentes.

Pour le Céreq, cette dégradation s’explique par deux facteurs :
- la crise économique et financière de 2008 a détérioré la conjoncture économique, et le marché du travail est impacté par la hausse du chômage dans la population active ;
- la diminution des contrats aidés destinés aux jeunes, traduisant la faiblesse de l’action publique dans ce domaine.
 
Les écarts se creusent selon les formations
Si la situation s’est globalement dégradée pour tous, des écarts significatifs sont à noter selon le niveau de diplôme, les établissements fréquentés et les spécialités choisies.

Les non-diplômés souffrent le plus de la conjoncture, près de 50 % d’entre eux étant au chômage trois ans après avoir quitté le système éducatif, soit une hausse de 16 points par rapport à la génération 2004.

C’est également le cas des diplômés du secondaire (CAP, BEP, baccalauréats professionnels, technologiques et généraux), dont le taux de chômage trois ans après l’obtention de leur diplôme passe de 15 % pour la génération 2004 à 25 % pour la génération 2010.

A l’inverse, les diplômés de l’enseignement supérieur long (bac +5 et plus) ne connaissent pas la crise : 76 % d’entre eux ont trouvé un emploi moins de trois mois après la fin de leur étude, et près de 9 sur 10 sont en emploi en 2013.
 
Comment permettre une insertion professionnelle des jeunes durable ?
Au-delĂ  d’une situation Ă©conomique difficile, ces chiffres soulignent les failles du système Ă©ducatif français en termes de formation et de prĂ©paration Ă  la vie professionnelle, notamment en ce qui concerne les filières courtes. Deux leviers doivent urgemment ĂŞtre activĂ©s  :

  • pour aider les jeunes Ă  s’insĂ©rer durablement sur le marchĂ© du travail, il est essentiel de repenser notre système d’orientation et de rapprocher l’école du monde de l’entreprise, notamment en privilĂ©giant des modes de formation tels que l’alternance. La crĂ©ation d’un "guichet unique" proposant des outils pour comprendre les enjeux de l’orientation professionnelle, l’accès aux offres d’emploi et Ă©ventuellement aux services sociaux, est Ă©galement un levier incontournable pour assurer une gestion vraiment dĂ©centralisĂ©e de l’insertion professionnelle des jeunes ;
  • soutenir le dĂ©veloppement de l’apprentissage : celui-ci pâtit encore d’un a priori nĂ©gatif alors que son efficacitĂ© a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©e en termes d’insertion professionnelle. Rappelons que la probabilitĂ© d’être en emploi trois ans après la fin de la formation est supĂ©rieure de 7 points pour les apprentis(2). Comme l’a soulignĂ© un sondage CSA rĂ©alisĂ© pour l’Institut Montaigne, les Français ont conscience de cette inadĂ©quation et plĂ©biscitent les formations proches du monde du travail : 

- 76 % d’entre eux considèrent que le système scolaire prépare mal les élèves au monde du travail ;
- ils sont 83 % à considérer que les formations en apprentissage permettent de trouver un premier emploi plus facilement ;
- 61 % des jeunes de 15 à 25 ans interrogés seraient intéressés par une formation en apprentissage.

  • Enfin, les entreprises ont un rĂ´le dĂ©terminant Ă  jouer dans le recrutement des jeunes. Les Ă©conomistes StĂ©phane Carcillo et Pierre Cahuc ont rĂ©cemment rĂ©alisĂ© une Ă©valuation du dispositif "zĂ©ro charges" qui  montre que l'emploi au niveau des bas salaires est très sensible au coĂ»t du travail. Ce dispositif, qui exonĂ©rait de cotisations patronales les embauches au niveau du SMIC entre dĂ©cembre 2008 et dĂ©cembre 2009 dans les entreprises de moins de 10 salariĂ©s, a eu un impact fort et rapide sur l’emploi. Ainsi, une diminution de 1 % du coĂ»t du travail a entraĂ®nĂ© un accroissement de 2 % de l’emploi au bout d’un an et l’impact sur l’emploi apparaĂ®t dès 3 mois. En extrapolant les rĂ©sultats de "zĂ©ro charges" Ă  l’ensemble de l’économie, une mesure annulant complètement les charges patronales au niveau du SMIC pourrait crĂ©er jusqu’à 800 000 emplois.

 
(1) Bref du CEREQ n°319, Enquête 2013 auprès de la génération 2010, mars 2014.
(2) Institut Montaigne, Une nouvelle ambition pour l’apprentissage : 10 propositions concrètes, janvier 2014.


Pour aller plus loin :
Institut Montaigne, Choisir les bons leviers pour insérer les jeunes non qualifiés, juin 2012.
Institut Montaigne, Une nouvelle ambition pour l’apprentissage : 10 propositions concrètes, janvier 2014.
Institut Montaigne, Alléger le cout du travail pour augmenter l’emploi : les clés de la réussite, mars 2014.
Sondage CSA pour l’Institut Montaigne, L’apprentissage plébiscité dans la lutte contre le chômage des jeunes, mars 2014.

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