Rechercher un rapport, une publication, un expert...
La plateforme de débats et d’actualités de l’Institut Montaigne
Imprimer
PARTAGER

Suède : de l'UE Ă  l'OTAN, le Nord au centre

Suède : de l'UE à l'OTAN, le Nord au centre
 Yohann Aucante
Auteur
Directeur d'études à l'EHESS et directeur du Centre sur les savoirs du politique

La visite d'État d'Emmanuel Macron en Suède, où il était accueilli par Sa Majesté le roi Carl XVI Gustaf, souligne combien les pays nordiques, limitrophes de la Russie, gagne en centralité dans l'agenda européen. Rompant, à l'exemple de la Finlande, avec une politique de neutralité ancienne, Stockholm a en effet entériné son adhésion à l'OTAN en décembre, après la levée du veto turc, même si elle reste dans l'attente de la ratification hongroise. Le gouvernement de coalition mené par le conservateur Ulf Kristersson, allié à l'extrême-droite nationaliste, fait face à une situation économique défavorable et à un climat de tensions géopolitiques. Quels partenariats envisager entre Stockholm et Paris ? En quoi l'adhésion de la Suède dans l'OTAN est-elle un atout stratégique pour celle-ci et pour l'UE ? Quelles sont les spécificités de la situation politique suédoise et dans quelle mesure sont-elles représentatives des autres pays européens ? Entretien.

Quelles Ă©taient les raisons qui avaient poussĂ© Stockholm Ă  candidater Ă  l'OTAN, en mai 2022 ? Comment l'adhĂ©sion est-elle perçue par l'opinion publique ? 

L'adhĂ©sion de la Suède Ă  l'OTAN, validĂ©e le 26 dĂ©cembre 2023, constitue une rupture historique avec sa position traditionnelle de neutralitĂ©, solidaire de celle de la Finlande : Helsinki, qui se trouve Ă  environ 320 km de Saint-PĂ©tersbourg et qui partage une frontière avec la Russie, avait en effet gardĂ© jusqu’à 2022 l'attitude d’une prudence temporisatrice avec Moscou, que l’agression contre l’Ukraine a rendue caduque.

Il était dès lors ardu pour la Suède de rester le seul pays non aligné de l'ensemble de la région nordique. C'est le parti Social Démocrate, encore aux affaires en 2022, qui a changé son fusil d'épaule de manière assez spectaculaire, rompant avec plus de deux siècles d'une doctrine de non-alignement qui, certes, avait connu des vicissitudes à différentes époques. Il est bien évident que la Suède est depuis longtemps sur une ligne atlantiste, deux de ses voisins directs étant par ailleurs membres fondateurs de l'OTAN.

Que va changer l'entrĂ©e de la Suède dans l'Otan, alors que Stockholm est dĂ©jĂ  un des partenaires les plus importants de l'Alliance atlantique ? 

La contribution de la Suède sur le plan stratĂ©gique, dans la rĂ©gion nordique (pays baltes, mer de Barents) est considĂ©rable : Stockholm dispose d’une industrie de dĂ©fense de pointe, non seulement dans les technologies de dĂ©fense mais aussi dans les domaines Ă©lectroniques, l'IA, la 5G et les rĂ©seaux tĂ©lĂ©com : autant de domaines oĂą elle peut faire valoir de sĂ©rieux avantages comparatifs. C'est notamment l'un des rares pays de cette taille Ă  disposer d’un programme et d'une flotte d'avions de chasse considĂ©rables en Europe. Certes, les modèles utilisĂ©s, Gripen, du groupe Saab, posent des problèmes d'interopĂ©rabilitĂ© avec les autres pays de l'OTAN, et la politique de coopĂ©ration, pour bĂ©nĂ©ficier d'un espace de dĂ©fense commun au Nord, est en cours de reconfiguration. Les Saab Gripen n'en restent pas moins, pour l'instant, considĂ©rĂ©s comme un appoint stratĂ©gique important. La Suède a Ă©galement une forte expertise en matière de sous-marins de pointe, qui lui donne la possibilitĂ© de naviguer en mer Baltique, ce qui n'est pas le cas de tous les sous-marins russes. De plus, le budget de la dĂ©fense a beaucoup augmentĂ© ces deux dernières annĂ©es et le gouvernement actuel, dans la continuitĂ© du prĂ©cĂ©dent, l’a quasi fait doubler. 

S'il existait dĂ©jĂ  une coopĂ©ration de dĂ©fense nordique, avec notamment, depuis 2023, un accord en matière de dĂ©fense aĂ©rienne, et des liens Ă©troits de la Suède avec l'OTAN et la dĂ©fense de l'UE, on assiste nĂ©anmoins Ă  un changement stratĂ©gique dans la rĂ©gion. C'est la première fois depuis le XVIème siècle que tous les pays nordiques seront potentiellement rassemblĂ©s dans une alliance commune. 

Quant au niveau europĂ©en, l’un des objectifs affichĂ©s de la visite prĂ©sidentielle est de renforcer la dĂ©fense et la solidaritĂ© face Ă  la menace russe et de venir en aide Ă  l'Ukraine. Des points de vue encore divergents demeurent : les SuĂ©dois, de concert avec les pays baltes et la Pologne, souhaitent apporter Ă  l’Ukraine une aide militaire et logistique le plus rapidement et le plus massivement possible tandis que la France s'y montre un peu moins encline. 

L'opinion suit cette nouvelle ligne directrice : traditionnellement plutĂ´t dĂ©favorable Ă  l'entrĂ©e dans l'OTAN (35 % dĂ©but 2022), elle est passĂ©e Ă  plus de 60 % d'avis favorables, avec 25 % d'opposition et le reste d'indĂ©cis. En Finlande, l’opinion est plus favorable encore : partagĂ©e plus ou moins Ă©quitablement juste avant l'adhĂ©sion, elle la soutient dĂ©sormais Ă  80 %. Le changement, très rapide, est motivĂ© par la menace existentielle que fait peser Moscou sur ses voisins et sur la sĂ©curitĂ© de l'Europe nordique.

Comment la guerre en Ukraine affecte-t-elle la Suède, voisine de la Finlande qui est limitrophe de la Russie ? RĂ©cemment, le ministre de la DĂ©fense civile a invitĂ© l'ensemble des SuĂ©dois Ă  se prĂ©parer Ă  l'Ă©ventualitĂ© d'une guerre : la menace est-elle sĂ©rieuse et perçue comme telle par les citoyens suĂ©dois ?

Le ministre de la Défense civile et l'État-major ont fait quelques déclarations à l’emporte-pièce, sans doute excessivement alarmistes et, pour cette raison, elles ont été critiquées. Une guerre de la Russie contre la Suède paraît encore assez improbable, même si la Russie a formulé ses traditionnelles menaces contre tout pays qui voudrait rejoindre l'OTAN. La frontière russo-finlandaise demeure sous tension mais les Russes restent prioritairement concentrés sur l'Ukraine.
 
Les SuĂ©dois n'ont pas connu de guerre sur leur territoire depuis les plus de 200 ans qui les sĂ©parent des campagnes napolĂ©oniennes dĂ©but du XVIIIème siècle durant lesquelles le marĂ©chal d'Empire Bernadotte monta sur le trĂ´ne de Suède. Après tout ce temps, il est normal que la guerre soit considĂ©rĂ©e comme une abstraction, mĂŞme si la Suède a rĂ©instaurĂ© un service militaire en 2019 et rĂ©tabli la conscription. Compte-tenu des circonstances, cela n’empĂŞche pas un certain degrĂ© d’inquiĂ©tude dans la population. 

Quels sont les thèmes qui structurent le dĂ©bat public avant les Ă©lections europĂ©ennes de juin prochain ? 

Comme en France, les élections européennes de juin mobilisent tardivement et peu intensément. L’agenda politique est davantage occupé par les questions de criminalité, d’immigration, de santé ou d’école et il est difficile d’identifier un débat public structuré en vue de cette échéance. Malgré un certain regain d’unité politique, en lien avec le contexte géostratégique particulier, la croissance du parti nationaliste et eurosceptique et son soutien au gouvernement poseront certainement la question des frontières européennes et du partage du contrôle de l’immigration, notamment en rapport avec la criminalité organisée.

La problématique climatique et environnementale est aussi traditionnellement importante dans ce contexte et l’Union européenne confirme ses objectifs ambitieux en matière de décarbonation, notamment. Toutefois, le gouvernement actuel et ses alliés ne sont pas les plus engagés dans ce domaine et considèrent qu’il est moins prioritaire. Le débat actuel sur la priorité d’une politique de rénovation énergétique des logements le montre bien, le gouvernement se montrant réticent. Enfin, la Suède était traditionnellement alliée au Royaume-Uni, avec lequel elle partageait une vision favorable au libre-échange et à l’ouverture des marchés. Depuis le Brexit, les Suédois sont plus isolés, ce qui peut poser problème pour les négociations à venir sur le Mercosur qui était une des priorités de la présidence suédoise en 2023 malgré des critiques liées à la déforestation et aux droits humains.

Comment s'envisage la coopĂ©ration franco-suĂ©doise, notamment dans les domaines environnementaux (accord agro-forestiers), Ă©nergĂ©tiques (relance de la politique nuclĂ©aire) et de dĂ©fense ? 

La dernière visite présidentielle avait mené Emmanuel Macron au Danemark et en Finlande sans passer par la Suède. Les relations entre les pays sont anciennes et traditionnellement empreintes de respect mutuel. Il existe un grand nombre d'initiatives partenariales qu'il serait bien trop fastidieux de détailler. Notons que Paris et Stockholm ont signé un accord dans le domaine de l’innovation et des technologies vertes en 2017. Il concernait par exemple les domaines des transports, des énergies propres, la transformation numérique ou les villes intelligentes. Il est possible que les avancées aient été modestes du fait de la pandémie de Covid-19 mais la visite d’État semble avoir abouti à un renouvellement approfondi de ce partenariat. En octobre 2023, un accord de coopération forestière a été entériné. Nous avons là deux grands pays forestiers et le secteur du bois est traditionnellement très important en Suède.

En matière nucléaire, les deux gouvernements sont actuellement au diapason.

La coopération est aussi censée intégrer des objectifs climatiques, de résilience de la forêt notamment face aux incendies qui se sont multipliés de part et d’autre. L'objectif de durabilité est beaucoup énoncé, mais on peut néanmoins se poser certaines questions face à une sylviculture qui tend à privilégier la mono-espèce de résineux, les techniques de coupe rase avec une rotation de plus en plus rapide. Les conséquences sur la nature de la forêt, sa résilience et sa biodiversité sont à prendre au sérieux.

En matière nuclĂ©aire, les deux gouvernements sont actuellement au diapason et des Ă©changes ont eu lieu entre les ministères de l'Ă©nergie et de l'industrie en 2023, ainsi qu’entre EDF et son "homologue" suĂ©dois Vattenfall, ce qui a abouti Ă  une dĂ©claration d’intention commune le 19 dĂ©cembre 2023. Il y a un intĂ©rĂŞt certain des SuĂ©dois pour la technologie française dans ce domaine. 

Quels sont les atouts stratĂ©giques de la Suède pour Paris ? 

Stockholm occupe une position centrale en Europe du Nord et la Suède est une puissance militaire d'envergure, avec une capacitĂ© nuclĂ©aire civile qu’elle a la volontĂ© de renforcer : elle a repris son programme nuclĂ©aire, ouvrant ainsi un marchĂ© potentiel Ă  la France, qui avait dĂ©jĂ  construit le premier EPR de Finlande (mĂŞme si il a Ă©tĂ© livrĂ© en avril 2023 avec beaucoup de retard et un surcoĂ»t colossal). 

La Suède dispose aussi de ressources industrielles stratĂ©giques : on y trouve l'un des principaux gisements de terres rares d'Europe et la plus grande mine de fer du continent. Elle a aussi montrĂ© ses capacitĂ©s dans la construction de batteries Ă©lectriques, avec des entreprises de pointe dans le domaine comme Novo Energy. Ce pays est très avancĂ© dans les domaines du numĂ©rique et des nouvelles technologies, en particulier pour ce qui concerne la transition bas-carbone. 

Stockholm occupe une position centrale en Europe du Nord et la Suède est une puissance militaire d'envergure.

Sur le plan des ressources agro-forestières, comme je l'ai indiquĂ©, la Suède prĂ©sente un intĂ©rĂŞt certain en raison de l'importance et de l'anciennetĂ© de ce secteur mĂŞme s'il convient de se demander si l’on peut envisager des forĂŞts durables autrement que sous l’angle de leur exploitation. 

Comment est perçue la visite d'Emmanuel Macron en Suède ? 

De manière positive. Non seulement la ligne politique française a des affinités avec le gouvernement actuel de centre droit en Suède mais il est en général bien vu qu’un pays influent au niveau européen se déplace en Suède. Quand bien même le Premier ministre suédois s’est fendu d’un petit clip de bienvenue ironique où il rappelle qu’il est nécessaire de respecter les coutumes locales, prendre le temps de partager le sacro-saint fika (la pause café) entre autres choses. L’amitié franco-suédoise est ancienne.

Comment la visite du PrĂ©sident s'inscrit-elle plus largement dans sa politique europĂ©enne ?

La Suède pourrait constituer un partenaire utile de l'UE dans l'Otan.

La Suède est favorable à l'élargissement, donc à la présence de l’Ukraine dans Europe et elle pourrait constituer un partenaire utile de l’UE dans l’OTAN. C’est aussi un pays influent et central dans l'écosystème baltique, ce qui est essentiel pour Emmanuel Macron qui souhaite faire de la France le fer de lance du renforcement des capacités européennes de défense.

Quels sont les ressorts de la politique menĂ©e par l’exĂ©cutif suĂ©dois, alors que le gouvernement du premier ministre Ulf Kristersson dĂ©pend du soutien de l’extrĂŞme droite ? 

Le gouvernement s’appuie sur les DĂ©mocrates de Suède, parti nationaliste, en suivant la ligne de la coalition fixĂ©e par les accords de Tidö signĂ©s le 14 octobre 2022. Les DĂ©mocrates de Suède sont en effet dĂ©sormais, avec 20 % des suffrages, le deuxième parti de Suède, devant le parti conservateur modĂ©rĂ© du premier ministre Ulf Kristersson qu’ils influencent largement. 

L’accord de coalition porte sur diffĂ©rents domaines dont des enjeux sociaux comme la santĂ©. LĂ  comme ailleurs, le système de SantĂ© est aux prises, depuis longtemps, avec des carences chroniques dont le Covid a rĂ©vĂ©lĂ© l’étendue. Les DĂ©mocrates de Suède sont traditionnellement sensibles Ă  ces questions de santĂ© et de grand âge et ils ont d’ailleurs des soutiens non-nĂ©gligeables au sein d’un Ă©lectorat âgĂ©. Ils ont Ă©tĂ© parmi les plus critiques de la politique suĂ©doise de non-confinement durant le Covid et de son impact sur la mortalitĂ© des seniors. 

Un autre enjeu central est celui de la criminalité, souvent directement liée, dans l’esprit des nationalistes, à une immigration non contrôlée. Ces thèmes ont été l’un des points nodaux de la campagne électorale, dans le contexte d’une recrudescence des gangs, des trafics transfrontaliers et des meurtres par armes à feu.

Le dialogue social est aussi tendu depuis que les accords de Tidö prĂ©voient de rĂ©duire les prestations sociales d'assistance ou de les conditionner Ă  l’activitĂ©. Par ailleurs, le pays connaĂ®t, depuis mi-octobre, une grève qui s’étend. Partie des ouvriers de Tesla, qui refusent d’appliquer les règles des conventions collectives en vigueur, elle touche les ouvriers du puissant syndicat de la mĂ©tallurgie et a attirĂ© d’autres secteurs dans son sillage. La Suède pratique en effet la grève de sympathie, qui rend possible, mĂŞme aux secteurs qui ne sont pas directement concernĂ©s, de se mettre en grève : ainsi postiers, dockers, peintres, et mĂŞme des ouvriers au Danemark, ont rejoint cette grève. Le gouvernement, pour l’instant, ne se positionne pas vraiment dans le bras de fer et reste soucieux du respect des conventions du travail.

On a beaucoup commentĂ© le projet de loi finance prĂ©sentĂ© par le gouvernement Ulf Kristersson, moins ambitieux sur les objectifs climatiques : comment la Suède peut-elle concilier ce revirement avec les objectifs europĂ©ens du Green Deal ? 

La Suède, une des pionnières en la matière, a supprimĂ© le Ministère de l’Environnement qu’elle a fusionnĂ© dans un grand ministère de l’Énergie sous ce gouvernement. Ce n’est pas qu’un symbole. Pour la première fois, les partis de coalition ont fusionnĂ© pour relancer le programme nuclĂ©aire. Celui-ci sert habituellement de caution Ă  la lutte contre le rĂ©chauffement climatique tout en permettant des investissements industriels de grande ampleur et la souverainetĂ© Ă©nergĂ©tique. Mais pour l’instant, et dans l’attente de ce programme qui mettra des annĂ©es Ă  se rĂ©aliser - s’il advient -, la Suède a annoncĂ© qu’elle n’était pas sur la trajectoire de baisse des Ă©missions et de neutralitĂ© carbone dĂ©cidĂ©e depuis 2015. Le gouvernement actuel et ses soutiens sont clairement moins engagĂ©s sur le sujet, ils sont revenus en arrière sur la taxe carbone que le pays avait Ă©tĂ© un des premiers Ă  mettre en Ĺ“uvre, ils ont rĂ©duit la fiscalitĂ© sur les carburants et il y a donc une vraie rĂ©gression qui n’est pas nĂ©cessairement que conjoncturelle, alors que la Suède avait Ă©tĂ© l’une des plus ambitieuses en matière de stratĂ©gie de dĂ©carbonation. Tous ces efforts ne sont pas rĂ©duits Ă  nĂ©ants et ne dĂ©pendent pas que de la politique nationale en la matière, mais c’est nĂ©anmoins une Ă©volution inquiĂ©tante. 

Comment la Suède envisage-t-elle sa politique migratoire, dans un contexte oĂą les DĂ©mocrates de Suède, prĂ©sents dans la coalition gouvernementale, ont annoncĂ© vouloir "la politique de l’asile la plus restrictive d'Europe" ?

C'est l'un des nerfs de la guerre de la nouvelle coalition et de son programme, dans le prolongement d'une Ă©volution restrictive entamĂ©e depuis la crise migratoire europĂ©enne, oĂą la gauche Ă©tait au pouvoir. Ainsi, le niveau de revenu pour pouvoir prĂ©tendre Ă  l'acquisition d'un titre de sĂ©jour a Ă©tĂ© rĂ©cemment relevĂ© et l’obtention de la citoyennetĂ© sera conditionnĂ©e Ă  une demande prĂ©alable ainsi qu'Ă  certains prĂ©requis "d'honorabilitĂ©". Il y a un activisme certain de la part de la coalition en place, soutenu par le militantisme des DĂ©mocrates de Suède qui ont le vent en poupe. Cela rappelle fortement la situation danoise au dĂ©but des annĂ©es 2000, lorsque le Parti du peuple danois soutenait la coalition libĂ©rale d'Anders Fogh Rasmussen et avait participĂ© au durcissement de la lĂ©gislation sur l’immigration et la citoyennetĂ©. La Suède tend dorĂ©navant vers le modèle danois avec des effets sur le rassemblement familial et la naturalisation qui vont ĂŞtre plus difficiles mĂŞme s'il y a des contre-pouvoirs allant des dĂ©fenseurs des droits (le fameux Ombudsman) aux ONG de ce secteur, sans parler des citoyens eux-mĂŞmes qui pourront faire leur choix dans les urnes. On voit du reste des formes de protestations, par exemple dans le milieu des professions de soins oĂą l'on menace de refuser d’appliquer des mesures considĂ©rĂ©es comme discriminatoires (par exemple la non traduction des consultations dans la langue d’origine). 

Comment caractĂ©riser l'extrĂŞme-droite suĂ©doise ? Depuis quand observe-t-on sa montĂ©e en puissance et comment l'expliquer ? 

L'extrême-droite suédoise est probablement l'une des plus virulentes mais aussi la plus récente des pays du Nord, en ce qui concerne son ancrage dans le paysage politique. La transformation des Démocrates de Suède, parti initialement issu d’une mouvance très radicale, a mis une vingtaine d’années à s'opérer.

Elle a certes lissĂ© la façade, en accentuant la visibilitĂ© de son leader indĂ©boulonnable Jimmie Ă…kesson, le chef des DĂ©mocrates de Suède, qui, du haut de sa quarantaine, semble encore plutĂ´t jeune, quoiqu’il soit en place dans le paysage politique depuis 20 ans. Par rapport au Rassemblement National, les DĂ©mocrates de Suède sont un peu plus libĂ©raux, mais avec une attention forte portĂ©e aux questions de santĂ© et de grand âge. 

L'extrême-droite suédoise est probablement l'une des plus virulentes mais aussi la plus récente des pays du Nord.

Venu du sud de la Suède, ce parti a essaimĂ© et s’est implantĂ© Ă  peu près partout, mĂŞme s’il est moins puissant dans les grandes villes. Il s’est intĂ©grĂ© au jeu politique en Ă©vinçant les Ă©lĂ©ments qui faisaient le plus tâche et en Ă©tant moins vulnĂ©rable aux divisions internes que ses homologues danois ou finlandais. Cette stabilitĂ© les a servis. Le parti grignote du terrain depuis 2010, oĂą il est entrĂ© au Parlement. DĂ©sormais deuxième force politique, c’est la première fois qu’il participe Ă  une coalition parlementaire formelle. 

ll faut souligner le rôle de certains "entrepreneurs idéologiques" qui sont parvenus à rassembler les électeurs, sur une ligne combinant nationalisme et chauvinisme social.

Pour le comprendre, on ne peut se contenter de regarder les chiffres de l’immigration. La Suède a longtemps Ă©tĂ© une nation par tradition très ouverte pour les rĂ©fugiĂ©s et les demandeurs d'asile et, malgrĂ© cela, elle n'a pas Ă©tĂ© le terrain le plus propice aux idĂ©es nationalistes. Au-delĂ  de la seule conjoncture migratoire, il faut donc souligner le rĂ´le de certains "entrepreneurs idĂ©ologiques" qui sont parvenus Ă  rassembler les Ă©lecteurs, sur une ligne combinant nationalisme et chauvinisme social. 

Face Ă  la nouvelle donne politique, certains Ă©lecteurs de droite traditionnelle se sont tournĂ©s vers les sociaux-dĂ©mocrates lors des dernières Ă©lections et le parti est assez haut dans les sondages (35 %), ce qui affaiblit certains partis du gouvernement qui ne sont pas plĂ©biscitĂ©s pour leur action. En conservant leur posture d’arbitre, Ă  la fois membres de l’alliance parlementaire, mais pas formellement au gouvernement, les DĂ©mocrates de Suède font une bonne opĂ©ration et se positionnent dĂ©sormais comme la principale alternative mĂŞme s’il est difficile de leur prĂ©dire un avenir Ă  la tĂŞte d’un gouvernement.

Propos recueillis par Hortense Miginiac

 

Copyright Image : Ludovic MARIN / AFP

Recevez chaque semaine l’actualité de l’Institut Montaigne
Je m'abonne