AccueilExpressions par MontaigneSortie d’Euratom : quelles consĂ©quences pour le nuclĂ©aire en Europe ?La plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Action publique Union EuropĂ©enne24/02/2017ImprimerPARTAGERSortie d’Euratom : quelles consĂ©quences pour le nuclĂ©aire en Europe ?Auteur Institut Montaigne Le gouvernement britannique a annoncé que le Royaume-Uni souhaitait sortir d'Euratom, le traité instituant la communauté européenne de l'énergie atomique. Conséquence logique du Brexit. Mais quelles conséquences pour l'atome en Europe et en France en particulier ? Décryptage par Jean-Paul Tran Thiet, président du groupe Énergie de l'Institut Montaigne, qui a piloté la réflexion Nucléaire : l'heure des choix.Le Royaume-Uni a annoncĂ© qu'il sortirait du traitĂ© Euratom. Pourriez-vous nous rappeler la place de ce traitĂ© dans l'histoire de la construction europĂ©enne ainsi que le rĂ´le actuel de cette institution ?Le traitĂ© Euratom a Ă©tĂ© conclu en 1957 dans l’objectif de dĂ©velopper les usages pacifiques de l’atome. En 1972, au moment oĂą le Royaume-Uni a rejoint la CommunautĂ© europĂ©enne et donc Euratom, ces objectifs demeuraient inchangĂ©s : contribuer au dĂ©veloppement de l’atome civil. Cette contribution s’inscrivait dans la construction europĂ©enne. Force est de constater que ce traitĂ© n’a pas tenu toutes ses promesses, car les États membres, dont la France et le Royaume-Uni, n’ont pas voulu en faire une application complète. Aujourd’hui, le TraitĂ© sert principalement Ă coordonner les approches en matière de recherche, de sĂ»retĂ© et de radioprotection. Il Ă©tablit un cadre de coopĂ©ration restreint Ă ces domaines, plutĂ´t qu’il ne fixe les lignes d’une vĂ©ritable politique nuclĂ©aire europĂ©enne.Quels sont selon vous les principaux enjeux des nĂ©gociations qui porteront sur la sortie du Royaume-Uni ? Quels sont les principaux points de blocage que l’on peut identifier ? La sortie du Royaume-Uni du traitĂ© Euratom s’inscrit dans la mĂŞme logique que le Brexit : la dĂ©cision est politique et fondĂ©e sur le rĂ©sultat du rĂ©fĂ©rendum du 23 juin. Comme la dĂ©cision de sortir de l’Union europĂ©enne, elle gĂ©nère de la complexitĂ© technique et juridique et ne prend pas effet immĂ©diatement. MĂŞme si les questions sont techniquement plus complexes, elles sont juridiquement Ă©quivalentes.Euratom permet actuellement au Royaume-Uni d’être partie de nombreux accords internationaux en matière de sĂ»retĂ© et de radioprotection conclus entre l’Union europĂ©enne et des pays tiers, comme les États-Unis, le Japon ou la Russie. Techniquement, il appartiendra donc au Royaume-Uni de renĂ©gocier des accords bilatĂ©raux avec ces pays tiers, mais peut-ĂŞtre aussi avec chaque État membre d’Euratom, en fonction des nĂ©gociations qui vont s’ouvrir et du contenu des accords qui vont ĂŞtre signĂ©s. Avec la sortie du Royaume-Uni des traitĂ©s europĂ©ens, il ne restera plus de pays dĂ©fendant ouvertement l'atome en Europe. Quel impact peut-on envisager sur la filière nuclĂ©aire française ? Cette dĂ©cision de quitter le traitĂ© Euratom ne signifie en aucun cas que le Royaume-Uni renonce Ă l’énergie nuclĂ©aire. Au contraire, le gouvernement britannique vient juste de relancer son programme d’investissements nuclĂ©aires, avec le projet d’EPR Ă Hinkley Point. Il s’agit simplement, en cohĂ©rence avec la dĂ©cision de quitter l’Union europĂ©enne que le parlement britannique vient d’approuver, de renoncer aux mĂ©canismes de coopĂ©ration qu’Euratom avait instaurĂ©s et qui, rappelons-le, se limitent Ă la recherche, Ă la sĂ»retĂ© et Ă la radioprotection. On verrait mal le Royaume-Uni, qui est l’un des rares pays Ă avoir mis en place une politique Ă©nergĂ©tique cohĂ©rente pour les 50 prochaines annĂ©es, renoncer Ă l’un des piliers sur lesquels il a fondĂ© sa stratĂ©gie, Ă savoir la production d’électricitĂ© d’origine nuclĂ©aire.Pour la filière française, la principale consĂ©quence rĂ©sidera dans les consĂ©quences d’éventuelles de la renĂ©gociation des termes du traitĂ© Euratom et dans l’impact que pourrait avoir la discussion avec des État tiers sur le contenu des traitĂ©s bilatĂ©raux qui remplaceront, pour le Royaume-Uni, les règles Ă©dictĂ©es en commun, principalement en matière de sĂ»retĂ© et de radioprotection. Les conditions d’une participation du Royaume-Uni aux efforts coordonnĂ©s de recherche et dĂ©veloppement dans ce secteur, si Londres souhaite continuer d’y ĂŞtre associĂ©e, devront Ă©galement ĂŞtre nĂ©gociĂ©es. Comme pour le Brexit, la gestion des consĂ©quences du 23 juin dernier demandera beaucoup de temps et d’énergie, et un peu d’imagination juridique ! Propos recueillis par Marc-Antoine AuthierPour aller plus loin :Transition Ă©nergĂ©tique : engagements tenus ?Sortie du nuclĂ©aire en Suisse : vite ou bien ?ImprimerPARTAGER