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Singapour, CorĂ©e du Sud : que nous apprend le modèle Ă©ducatif des premiers de la classe ?

Singapour, Corée du Sud : que nous apprend le modèle éducatif des premiers de la classe ?
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Singapour et la Corée du Sud caracolent en tête des classements PISA depuis 2000 et ces deux États apparaissent à bien des égards comme des élèves modèles. Néanmoins, leurs systèmes éducatifs respectifs restent confrontés à des défis majeurs : transition économique et adéquation des programmes scolaires avec les nouveaux besoins que cette évolution entraîne, bien-être des élèves, quels enseignements en tirer pour la France ? 

Des élèves modèles ?

Dès la parution de la première enquête PISA en 2000, Singapour et la Corée du Sud ont occupé les premières places du classement. En 2012, les deux pays occupaient respectivement la seconde et la cinquième place en mathématiques, la troisième et cinquième place en lecture, et enfin la troisième et septième place en sciences. En 2015, alors que l’enquête s’articule principalement autour des compétences en sciences, Singapour occupe première place, la Corée du Sud se classe onzième sur soixante-douze territoires. La performance remarquable de Singapour et de la Corée du Sud ne se limite pas aux seuls résultats des élèves, mais également au fait que ces deux pays soient parvenus à maintenir un niveau de performance si élevé depuis 2000. En 2015, Singapour occupe également la première place en matière d’équité de son système éducatif.


Un système d’enseignement ambitieux et innovant

Trois facteurs majeurs expliquent la réussite des systèmes éducatifs coréen et singapourien : une éthique propre à l’éducation, la formation et la gestion des professeurs, et l’utilisation des nouvelles technologies.

Singapour et la CorĂ©e du Sud sont deux États qui ont fait de l’éducation la prioritĂ© de leurs politiques publiques, considĂ©rant qu’elle reprĂ©sente la clĂ© de tout dĂ©veloppement Ă©conomique. Ă€ cela s’ajoute l’éthique confucianiste qui valorise l’éducation, et plus gĂ©nĂ©ralement le travail. Le budget consĂ©quent consacrĂ© Ă  l’éducation dans les deux pays reflète la prĂ©gnance de cette vision : la CorĂ©e du Sud consacre ainsi 5,9 % de son PIB  aux dĂ©penses d’éducation.

La Corée et Singapour mettent également l’accent sur le recrutement, l’accompagnement et la formation des enseignants. L’attractivité du métier d’enseignant et l’image très positive dont il jouit dans ces sociétés nourrissent les dynamiques de recrutement. Cette attractivité rend possible une grande sélectivité à l’entrée dans le métier : seuls 5% et 30% des meilleurs étudiants sont admis respectivement, en Corée du Sud et à Singapour, aux examens finaux. Ces étudiants qui obtiennent le précieux sésame bénéficient alors de postes stables et d’un salaire conséquent, très largement supérieur au salaire moyen d’un enseignant de l’OCDE. Enfin, les professeurs disposent à la fois de temps pour préparer leurs cours, pour gérer les tâches administratives inhérentes à leur fonction et d’autonomie développer des projets pédagogiques et travailler en équipe.

De surcroĂ®t, Singapour et la CorĂ©e du Sud ont rĂ©ussi Ă  intĂ©grer pleinement les outils numĂ©riques dans leur enseignement. Un plan de dotation des Ă©tablissements scolaires en matĂ©riel numĂ©rique a Ă©tĂ© lancĂ©, avec l’octroi d’un ordinateur pour chaque enseignant et d’un accès internet dans toutes les classes. Cette politique d’équipement ambitieuse a permis de nouveaux usages et de nouvelles pratiques pĂ©dagogiques, favorisant notamment une individualisation de l’enseignement. Enfin, en avril 2008, le ministère de l’Éducation singapourien a créé un  bureau  de  recherche  (OER), venant renforcer  l’Institut National de l’Éducation (NIE). L’ambition affichĂ©e de cet OER est d’amĂ©liorer  la  qualitĂ©  de  l’enseignement et de placer Singapour comme un leader mondial de la recherche en Ă©ducation.

…mais à quel prix ?

Les systèmes éducatifs sud-coréens et singapouriens sont très performants, ils n’en sont pas moins confrontés à des défis majeurs.

Le premier d’entre eux est la transition Ă©conomique qui modifie fortement les compĂ©tences nĂ©cessaires sur le marchĂ© du travail. Aussi, comme l’ensemble des Ă©conomies mondialisĂ©es,  les deux États vont devoir redĂ©finir leurs programmes scolaires dans les annĂ©es Ă  venir afin de mieux prĂ©parer les Ă©lèves Ă  ces nouvelles attentes. Ainsi, les programmes scolaires font de plus en plus de place aux "soft skills", c’est-Ă -dire aux compĂ©tences comme la crĂ©ativitĂ©, le raisonnement critique, la communication ou la collaboration. L’enseignement professionnel et technique est Ă©galement en voie de transformation, et ce afin de favoriser l’intĂ©gration des jeunes sur le marchĂ© du travail.

Cependant, les systèmes éducatifs coréen et singapourien reposent encore largement sur la compétition entre les élèves et la dictature des résultats. Ainsi, plus d’un élève coréen sur quatre suit des cours particuliers privés après l’école. Cette pratique a de fortes incidences sur le bien-être des jeunes : la Corée du Sud était ainsi classée dernière en 2012 pour l’épanouissement des élèves en classe, seuls 60% des élèves se déclarant "heureux à l’école". En 2013, le taux de suicide y était le deuxième plus élevé au monde (28,7% pour 100 000 personnes).

Quels enseignements pour la France ?

Les expériences sud-coréenne et singapourienne démontrent qu’un système éducatif peut parfaitement s’adapter aux nouveaux enjeux de société, si les dirigeants politiques sont prêts à investir suffisamment d’énergie et de moyens pour le réformer. Comme le soulignait, dès 1996, un rapport de la Commission présidentielle (coréenne) pour la Réforme scolaire, "le système actuel ne sera plus approprié dans une ère de la technologie de l’information et de la globalisation". De surcroît, le recrutement, mais surtout la formation, des enseignants jouent un rôle clé dans la réussite des élèves.

Enfin, les exemples de Singapour et de la Corée du Sud suggèrent que les outils numériques représentent des leviers efficaces pour favoriser les apprentissages et la réussite de tous les élèves.

Ceci rejoint les conclusions du rapport Le numérique pour réussir à l’école primaire publié par l’Institut Montaigne en mars dernier. Huit propositions pour lutter contre l’échec scolaire étaient alors avancées :
1.    Encourager la production de techniques pĂ©dagogiques, ressources et dispositifs conformes aux standards de recherche internationaux, les Ă©valuer et favoriser leur diffusion.
2.    Se fixer comme objectif de diviser le taux d’échec scolaire par deux.
3.    Augmenter le temps d’apprentissage en utilisant Ă©galement le temps hors Ă©cole.
4.    Repenser la formation des jeunes enseignants et la formation continue.
5.    Donner aux enseignants les moyens de mesurer les progrès et d’établir des diagnostics prĂ©coces des difficultĂ©s individuelles de leurs Ă©lèves.
6.    Inciter les enseignants Ă  innover et Ă  dĂ©velopper leur crĂ©ativitĂ© en facilitant leur ouverture Ă  la recherche et au monde de l’entreprise.
7.    Promouvoir l’apprentissage d’un nouveau savoir fondamental.
8.    Informer les maires pour investir judicieusement.

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