AccueilExpressions par MontaigneSĂ©curitĂ© : la confĂ©rence de Munich renforce les inquiĂ©tudesLa plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Union EuropĂ©enne23/02/2017ImprimerPARTAGERSĂ©curitĂ© : la confĂ©rence de Munich renforce les inquiĂ©tudesAuteur Institut Montaigne La 53e édition de la Conférence de Munich sur la sécurité se tenait du 17 à 19 février. Cette année, étaient notamment à l'ordre de jour, les discussions concernant l'avenir des relations transatlantiques et de l'Otan, la coopération européenne en matière de sécurité et de défense et les relations avec la Russie. Nicolas Baverez, président du groupe de travail Refonder la sécurité nationale, partage ici les enseignements de cette conférence.Comme Wolfgang Ischinger, diriez-vous que "la situation sur la scène internationale n'a jamais Ă©tĂ© aussi pleine d'incertitudes depuis des dĂ©cennies" ?Le monde du XXIème siècle est très diffĂ©rent de celui des annĂ©es 1930, mais il comporte des sources d’instabilitĂ© et des dangers qui prĂ©sentent des traits communs : la dĂ©flation, la dĂ©stabilisation des classes moyennes des pays dĂ©veloppĂ©s, la montĂ©e des populismes, le renouveau des risques stratĂ©giques. Après la dissipation des illusions sur l’avènement de la dĂ©mocratie de marchĂ© au lendemain de la chute de l’Union soviĂ©tique, les nations libres sont confrontĂ©es Ă une situation extrĂŞmement dangereuse, qui explique le profond pessimisme des dĂ©bats de la confĂ©rence sur la sĂ©curitĂ© de Munich. D’un cĂ´tĂ©, le changement de nature et d’intensitĂ© des risques stratĂ©giques qui Ă©manent du terrorisme islamique, des dĂ©mocratures chinoise, russe et turque, du dĂ©veloppement des attaques cybernĂ©tiques sur les entreprises, les institutions et le dĂ©bat public. De l’autre, la fragilisation du cĹ“ur du monde libre par le Brexit, qui crĂ©e une menace de dĂ©sintĂ©gration de l’Union europĂ©enne, et surtout par l’élection de Donald Trump. La première et la plus dĂ©sagrĂ©able conclusion de la confĂ©rence de Munich, c’est que les États-Unis n’apparaissent plus comme une solution mais bien comme une grande partie du problème. Ils ne rĂ©assurent plus la sĂ©curitĂ© des dĂ©mocraties, ils confortent leur dĂ©stabilisation par les forces populistes et leur dĂ©sunion. Ils s’affirment moins comme une puissance indispensable que comme une nation dangereuseAprès les dĂ©clarations de Donald Trump sur l'OTAN, que retenir de la prĂ©sence de Mike Pence Ă la confĂ©rence de Munich ?La prĂ©sence de Mike Pence avait pour objectif de rassurer les EuropĂ©ens et de fournir un antidote aux prises de position de Donald Trump, qui avait dĂ©clarĂ© l’OTAN obsolète. Loin de convaincre, il a renforcĂ© les inquiĂ©tudes. Dans la forme, il est restĂ© enfermĂ© dans des Ă©lĂ©ments de langage et n’est jamais entrĂ© dans les dĂ©bats, ce qui souligne son absence de marge de manĹ“uvre en mĂŞme temps que le chaos et l’irrationalitĂ© paraissent ĂŞtre la marque de fabrique de la nouvelle administration. Sur le fond, les orientations affichĂ©es pour l’OTAN se limitent Ă la pression mise sur les EuropĂ©ens afin qu’ils portent leur budget de dĂ©fense Ă 2 % du PIB – ce qui est lĂ©gitime – mais le rĂ©armement au sein de l’OTAN n’a de sens que s’il est adossĂ© Ă la crĂ©dibilitĂ© de l’Alliance atlantique. Enfin, au-delĂ de l’OTAN, Mike Pence n’a rien dĂ©voilĂ© des objectifs et des prioritĂ©s de la nouvelle administration vis-Ă -vis de la Russie, de la Turquie, du Moyen-Orient ou de l’Afrique, d’oĂą proviennent pourtant la plupart des menaces qui pèsent sur l’Europe.Comment lire les dĂ©clarations de Sergei Lavrov qui prĂ´ne un Ordre mondial post-occidental ?La dĂ©stabilisation des dĂ©mocraties par les forces populistes fait le jeu des dĂ©mocratures, qui se prĂ©sentent dĂ©sormais en alternative crĂ©dible Ă l’Occident. La revendication de Sergei Lavrov d’un ordre mondial post-occidental a Ă©tĂ© vigoureusement soutenue par les reprĂ©sentants de la Chine et de la Turquie. Il est grand temps pour les citoyens et les dirigeants des dĂ©mocraties, notamment en Europe, de prendre au sĂ©rieux ces dĂ©clarations. Les dĂ©mocratures n’ont pas pour premier ennemi le fanatisme religieux mais la libertĂ©. La confĂ©rence de la sĂ©curitĂ© de Munich de 2017 n’est pas sans faire Ă©cho Ă celle, tragique, de 1938. Elle sonne comme un ultime appel des dĂ©mocraties Ă l’action et Ă la raison. Après le Brexit qui l’a amputĂ©e du tiers de son potentiel militaire, après l’élection de Donald Trump qui fragilise l’OTAN, l’Europe doit impĂ©rativement rĂ©armer. Elle est en effet devenue un théâtre d’opĂ©rations privilĂ©giĂ© pour les djihadistes et il ne fait aucun doute qu’elle sera testĂ©e par la Russie de Vladimir Poutine et par la Turquie de Recep Erdogan. Soixante ans après le traitĂ© de Rome, l’urgence commande de relancer l’intĂ©gration europĂ©enne autour d’une Union pour la sĂ©curitĂ©, dont les missions seraient la lutte contre le terrorisme islamique, la protection des infrastructures vitales et plus encore la reprise du contrĂ´le des frontières extĂ©rieurs du continent, plĂ©biscitĂ©e par les citoyens.La France doit accompagner ce mouvement en se dotant d’une stratĂ©gie globale de sĂ©curitĂ© et en portant son effort pour la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure et extĂ©rieure Ă 3 % du PIB. La confĂ©rence de Munich a soulignĂ© que notre pays se trouve dĂ©sormais en première ligne. Au plan stratĂ©gique car, après le Brexit, il demeure le seul pays europĂ©en Ă disposer d’un siège de membre permanent du conseil de sĂ©curitĂ© de l’ONU, Ă mettre en Ĺ“uvre la dissuasion nuclĂ©aire, Ă pouvoir projeter des forces et entrer en premier sur un théâtre d’opĂ©rations complexe. Au plan politique surtout, parce que très nombreux sont ceux qui attendent que notre pays soit le prochain domino Ă tomber entre les mains des populistes. La France a aujourd’hui une responsabilitĂ© historique. Elle peut redevenir une nation clĂ© pour la dĂ©fense de la libertĂ© en faisant barrage aux dĂ©magogues, aujourd’hui activement soutenus par les dĂ©mocratures.ImprimerPARTAGER