AccueilExpressions par MontaigneS’attaquer au "mille-feuille territorial"La plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Vie dĂ©mocratique Villes et territoires21/01/2014ImprimerPARTAGERS’attaquer au "mille-feuille territorial"Auteur Laurent Bigorgne Ancien directeur Tribune de Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne, parue dans Le Figaro du 21 janvier 2014 (version intégrale).Pour dégager 50 milliards d'euros d'économies d'ici à 2017, le président de la République se dit enfin prêt à engager des réformes structurelles pour réduire la dépense publique.L’une des pistes privilĂ©giĂ©es est celle de la rĂ©forme de notre organisation territoriale, suivant deux principes : la clarification des compĂ©tences des collectivitĂ©s locales, d’une part, et la diminution de leur nombre, d’autre part. Ainsi, des rapprochements devraient permettre une rĂ©duction d’un tiers du nombre de rĂ©gions, passant de 22 Ă 15, comme l’avait dĂ©jĂ proposĂ© la commission prĂ©sidĂ©e par Édouard Balladur en 2009. Les annonces de la fin de semaine dernière sur le maintien non discutable de l’échelon dĂ©partemental privent d’ores et dĂ©jĂ le gouvernement d’une mesure symbolique et d’un levier politique très forts.NĂ©anmoins, comment procĂ©der pour que la rĂ©duction du nombre d’opĂ©rateurs territoriaux ne reste pas un vĹ“u pieu ? D’autant que certaines promesses de la campagne prĂ©sidentielle, comme l’abrogation, Ă l’hiver 2012, du conseiller territorial – fusionnant les fonctions de conseiller gĂ©nĂ©ral et rĂ©gional – prĂ©vu par la rĂ©forme de 2010, vont Ă rebours de la nouvelle doctrine prĂ©sidentielle.Rappelons qu’il s’agit lĂ d’un enjeu essentiel au rĂ©tablissement de nos finances publiques. En effet, la France compte plus de 600 000 Ă©lus et les administrations locales employaient, en 2010, plus d’1,8 million de fonctionnaires. Les collectivitĂ©s locales constituent ainsi une composante importante – et croissante – de notre dette publique : 173,7 milliards en 2012, soit une augmentation de 67 % en dix ans, augmentation qui s’est souvent soldĂ©e par une forte hausse de la fiscalitĂ© locale.Alors que la mutualisation des compĂ©tences – par le biais des intercommunalitĂ©s notamment – devait permettre de rĂ©aliser des Ă©conomies, cette dernière a au contraire abouti Ă davantage de dĂ©penses et Ă un incroyable imbroglio, souvent qualifiĂ© de "mille-feuille territorial". Ă€ tel point qu’aujourd’hui, construire un bâtiment public s’apparente Ă un vĂ©ritable parcours du combattant. Cet enchevĂŞtrement administratif crĂ©e des doublons, qui gĂ©nèrent autant de surcoĂ»ts pour le contribuable. Une simplification territoriale ambitieuse permettrait assurĂ©ment de dĂ©gager des Ă©conomies en termes de masse salariale mais aussi des gains de temps prĂ©cieux.Mais, l’échec de la collectivitĂ© unique en Alsace – qui devait voir fusionnĂ©s en une seule collectivitĂ© les deux conseils gĂ©nĂ©raux et le conseil rĂ©gional – nous rappelle la difficultĂ© Ă changer la structure territoriale française, mĂŞme lorsqu’il s’agit de la moderniser et de la rationaliser. Alors, comment relever ce grand dĂ©fi Ă l’échelle nationale ? Bernard Cazeneuve a ainsi Ă©voquĂ© la piste d’un système proche du bonus/malus dans les dotations de l’État, selon que les collectivitĂ©s territoriales procèdent – ou non – Ă des regroupements ambitieux. C’est un levier indispensable, mais il doit avoir pour corollaire la baisse tendancielle des dotations de fonctionnement de l’État – plus seulement leur gel.La tentation sera grande pour les collectivitĂ©s de compenser cette rĂ©duction des crĂ©dits de l’État et ces Ă©ventuels malus par une hausse de la fiscalitĂ© locale, dans le cadre permis par les principes de libre administration et d'autonomie financière des collectivitĂ©s inscrits dans la Constitution. Afin de faire de ce mĂ©canisme de bonus / malus un instrument effectivement puissant au service de la rationalisation territoriale, il est impĂ©ratif de l'appliquer Ă©galement aux politiques fiscales conduites par les exĂ©cutifs locaux.Le gouvernement va donc devoir rĂ©sister Ă la fronde attendue des Ă©lus locaux, qui ne semblent pas prĂŞts Ă renoncer sans combattre Ă leurs prĂ©rogatives. Le coĂ»t de notre addiction Ă la multiplication des collectivitĂ©s est exorbitant et il contribue Ă notre overdose de dĂ©penses publiques. Le chemin de la guĂ©rison passe sans aucun doute par deux premiers tests : le prĂ©sident de la RĂ©publique et son gouvernement sont-ils en mesure de maintenir un cap ambitieux ? La majoritĂ© et l’opposition peuvent-elles trouver des points d’entente sur un sujet aussi crucial pour la crĂ©dibilitĂ© et l’avenir de notre pays'ImprimerPARTAGER