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Sans-papiers, travail et intégration

 Philippe Manière
Auteur
Président-fondateur de Footprint > consultants

La grève des sans-papiers salariés est entrée dans sa 2ème semaine et s’étend désormais à toute l’Île de France. Elle connaît une ampleur sans précédent et bénéficie d'un écho tout à fait nouveau.

Politique de régularisation

Officiellement, le Gouvernement prĂ´ne une politique restrictive et s'oppose Ă  toute rĂ©gularisation massive des clandestins – entre 200 000 et 400 000 individus selon le ministre de l'Immigration, Brice Hortefeux. Mais concrètement, avoir un travail est une preuve d’intĂ©gration magistrale, ce qui rend le refus de rĂ©gularisation difficile au cas par cas (souvenez-vous l'an dernier des 20 salariĂ©s sans papiers d'un restaurant Buffalo Grill qui ont reçu des titres de sĂ©jour après une grève d'un mois, et, en fĂ©vrier, des 7 cuisiniers rĂ©gularisĂ©s après avoir occupĂ© un restaurant très chic du XVIe arrondissement de Paris).

Un mouvement sans précédent

La grève de cette semaine a deux particularitĂ©s : son ampleur (la presse Ă©voque quelque 600 personnes), mais aussi sa visibilitĂ©. Longtemps, les travailleurs sans papiers ont vĂ©cu dans la peur des contrĂ´les, mais ce n’est plus le cas grâce Ă  la CGT, Ă  quelques associations, mais aussi grâce Ă  une circulaire de juillet 2007 qui oblige les entreprises Ă  faire vĂ©rifier les titres de sĂ©jour de leurs employĂ©s par l'administration. Et l’on se retrouve dans une situation oĂą patronat et syndicats font curieusement cause commune. Beaucoup considèrent que la rĂ©gularisation des immigrĂ©s clandestins serait très utile au bon fonctionnement de plusieurs secteurs (propretĂ©, restauration…).

Vers un recours massif Ă  l’immigration ?

Certains experts pensent que, Ă  cause de sa dĂ©mographie dĂ©clinante, la France devra importer de la main d’œuvre Ă©trangère si elle veut maintenir de la croissance - c’est ce qu’a redit rĂ©cemment le rapport Attali. Mais nos besoins de bras Ă  l’Ă©chĂ©ance de quelques annĂ©es sont immenses, si bien que si l’on ouvrait les vannes de l’immigration au niveau nĂ©cessaire, cela poserait sans doute de lourds problèmes d’acceptabilitĂ©.... S’il parait lĂ©gitime de rĂ©gulariser au coup par coup les clandestins qui travaillent, il peut sembler plus douteux d’organiser une immigration de main d’œuvre.

Embaucher les Français issus de l’immigration

Il y a d’autres pistes Ă  explorer pour trouver les gisements de main d’œuvre dont nous aurons besoin, notamment l’amĂ©lioration du taux d’emploi chez les jeunes et les seniors. Mais on pourrait aussi mieux utiliser ce rĂ©servoir que constituent nos propres ressortissants reprĂ©sentants des minoritĂ©s visibles. Ils sont Français et Ă©prouvent d’Ă©normes difficultĂ©s Ă  s’insĂ©rer sur le marchĂ© du travail, et pour cause : Ă  profil identique, un black ou un beur a 17 fois moins de chance qu’un « gaulois Â», comme on dit, d’ĂŞtre recrutĂ© par une entreprise !

Les écoles de la 2ème chance

Hier, sur le bog, nous Ă©voquions le CV anonyme qui s’adresse – par nature – aux diplĂ´mĂ©s. Mais parmi les Français issus des minoritĂ©s visibles, nombreux sont ceux qui quittent les bancs de l’Ă©cole sans aucun diplĂ´me en poche. Or, il est urgent de leur redonner des perspectives d’avenir. Il existe dĂ©jĂ  une poignĂ©e d’Ă©coles de la deuxième chance, des Ă©tablissements qui se donnent pour but de former des jeunes sortis du système scolaire sans qualification ni diplĂ´me et de leur apprendre un mĂ©tier. Le rĂ©sultat de ces Ă©coles, on le connaĂ®t, on l’a mesurĂ©, et elles donnent vraiment un levier formidable Ă  ceux qui ont Ă©chouĂ© dans leurs Ă©tudes mais qui ont du potentiel – et ils sont très, très nombreux !

Notre proposition est donc toute simple : multiplier par 10, par 100 le nombre de nos Ă©coles de la deuxième chance –rien que leur nom donne envie de les aider, non ?

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