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RSA : PauvretĂ©, Exclusion... l'Etat et l'entreprise

 Mathilde Tellier
Auteur
Chargée de communication

Nicolas Sarkozy a fait du RSA (revenu de solidarité active) sa grande annonce d'hier soir. « C'est un engagement que j?ai pris, je le tiendrai », a assuré le chef de l'Etat. Ce RSA pourrait d'ailleurs être généralisé à partir de 2009.

La fin du travailler (plus) pour gagner moins L’idĂ©e du RSA - chère Ă  Martin Hirsch, qui en est le promoteur acharnĂ© – est de faire en sorte qu’il ne soit plus possible de « gagner plus en ne travaillant pas ». Paradoxe qui se rĂ©alise parfois dans le système actuel, un chĂ´meur au RMI perdant parfois plus qu’il ne gagne lorsqu’il qu’il reprend un emploi. Le RSA rendra dĂ©sormais possible le cumul d’un minimum social avec un revenu. Clairement, ce dispositif incitatif Ă  l'entrĂ©e ou au retour sur le marchĂ© du travail constitue une vraie… rupture !

Une mesure phare

Si le Président de la République a tenu à faire du RSA sa grande annonce c’est d’abord parce qu’il voulait à tout prix éviter l’effet catalogue d’annonces multiples, son objectif étant de redonner de la clarté et de la lisibilité à son action. Ensuite, c’est parce qu’en mettant en avant exclusivement le RSA, il le met en valeur, méthode efficace car les commentateurs se focalisent sur cette mesure, y compris moi...

Historique et cohérent

Politiquement, le chef de l’Etat adresse un message important Ă  l’opinion. En effet, depuis le dĂ©but de son quinquennat, il s’est vu reprocher de faire trop pour les riches (avec le paquet fiscal de l’étĂ© 2007 notamment), ou encore de se concentrer Ă  l’excès sur l’économie et donc de ne pas en faire suffisamment pour le social. Le RSA lui permet de rĂ©pondre Ă  ces critiques. S’il est mis en oeuvre, le RSA sera tout simplement la première grande innovation sociale du quinquennat, avec de surcroĂ®t, une quasi-dimension historique (Ă  l’image du RMI mis en place par le tandem Mitterrand/Rocard ou la CMU de Lionel Jospin). Enfin, cerise sur le gâteau, le RSA, vise Ă  rĂ©duire la pauvretĂ© en incitant Ă  l’activitĂ©, ce qui abonde dans le sens du cĂ©lèbre « travailler plus pour gagner plus Â» du programme prĂ©sidentiel…

Les deux freins du RSA

Evidemment, le dĂ©bat sur son financement a dĂ©jĂ  commencĂ©. Nicolas Sarkozy a parlĂ© hier d’un coĂ»t compris entre 1 et 1,5 milliard tandis que Martin Hirsch demande 2, voire 3 milliards –donc deux fois plus ! Pour le financer, le prĂ©sident de la RĂ©publique compte puiser dans les crĂ©dits de la PPE (prime pour l’emploi), qui serait supprimĂ©e. Ce ne sera probablement pas facile politiquement car 8 millions de personnes en bĂ©nĂ©ficient et la considèrent un peu comme un avantage acquis... Quel paradoxe : la PPE fonctionne mal Ă  cause du nombre Ă©levĂ© de bĂ©nĂ©ficiaires qui crĂ©e un effet diluĂ©, mais elle est difficile Ă  supprimer, justement parce qu’elle concerne beaucoup de monde ! Par ailleurs, certains Ă©conomistes pensent que les entreprises pourraient baisser les salaires d’embauche, en sachant que l’Etat assurera le complĂ©ment avec le RSA. Pour que cette mesure fonctionne, il faudra que les entreprises, en plus l’Etat, s’impliquent vraiment…

Accroître l’employabilité des bénéficiaires du RSA

Mon avis : cette mesure est Ă©videmment bonne, mĂŞme s’il faut veiller aux dĂ©rives de coĂ»t – le RMI est instructif Ă  cet Ă©gard. Mais pour que le RSA fonctionne vĂ©ritablement, il faudra s’assurer que les personnes concernĂ©es soient effectivement employables, car aucune entreprise n’embauche par pure gĂ©nĂ©rositĂ© mais bel et bien parce qu’elle y trouve un intĂ©rĂŞt !

Justement, l’Institut Montaigne a beaucoup travaillé sur l’embauche des personnes en difficulté. Nous pensons que pour inciter les entreprises à ce type d’embauche, il faut mettre l’accent sur la formation. Nous proposons donc, entre autres, de développer des partenariats entre entreprises et organismes de formation professionnelle pour créer des formations spéciales afin de rendre les postes disponibles accessibles à des personnes pas ou peu qualifiées, voire à des exclus qui sont sortis du marché du travail, c’est-à-dire précisément ceux qui sont le plus concernés par le RSA.

On ne pense que trop peu à cette main d’œuvre potentielle qui est pourtant très motivée si on la remet sur les rails. Pour peu qu’on sache lui tendre la main, l’accompagner, elle peut vraiment être en adéquation avec les emplois disponibles que l’on n’arrive pas à pourvoir. Socialement, aussi bien qu’économiquement, il ne faut pas oublier toutes ces personnes. Il faut les aider, les raccompagner dans l’emploi. Dans cette perspective, la création du RSA est une bonne chose, mais sa création seule ne suffira pas.

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