AccueilExpressions par MontaigneRSA : comment en est-on arrivĂ© lĂ ?La plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Action publique16/02/2016ImprimerPARTAGERRSA : comment en est-on arrivĂ© lĂ ?Auteur Institut Montaigne Tribune de Jean-Pierre Balligand, ancien député PS et Gilles Carrez, président (Les Républicains) de la Commission des Finances de l'Assemblée nationale, tous deux présidents du groupe de travail de l'Institut Montaigne Décentralisation : sortons de la confusion et Pierre-François Gouiffès, rapporteur de ce même groupe de travail et inspecteur général des finances, parue dans La Tribune, le 16 février 2016. Une "guerre totale avec l'État" : la menace, formulĂ©e par Dominique Bussereau, prĂ©sident de l'Association des dĂ©partements de France (ADF), a de quoi surprendre. Elle est pourtant Ă la mesure du diffĂ©rend qui oppose les dĂ©partements et le pouvoir central. L'objet du litige ? Le RSA, dont le montant explose, sous le double coup de sa revalorisation et de l'accroissement du nombre de bĂ©nĂ©ficiaires : +44 % entre 2009 et 2014. Alors que les dĂ©partements font face Ă des dĂ©penses sociales galopantes, l'État rĂ©duit ses dotations, tout en diffĂ©rant la rĂ©forme de leur système de financement.Des dĂ©partements exanguesRĂ©sultat ? Des dĂ©partements exsangues, qui menacent d'actionner le levier fiscal via la taxe foncière ou de rogner leurs investissements pour dĂ©gager des financements. Les prĂ©sidents de quatre conseils dĂ©partementaux franciliens ont lancĂ© un avertissement, Ă cadre d'action inchangĂ© : ils ne voient d'autre solution que de ponctionner davantage leurs administrĂ©s, via l'impĂ´t local. En Seine-et-Marne, dans les Yvelines, en Essonne et dans le Val-d'Oise, la taxe foncière pourrait ainsi voir son montant augmenter de 50 Ă 125 euros par foyer et par an.Comment en est-on arrivĂ© lĂ ? La querelle n'est pas neuve, ses origines remontent Ă 2004, annĂ©e du transfert du RSA de l'État aux dĂ©partements. Les transferts de recettes dĂ©cidĂ©s Ă l'origine n'ont jamais Ă©tĂ© Ă la hauteur des allocations Ă verser, qui elles n'ont cessĂ© de croitre. Ă€ cette augmentation continue s'ajoute la confusion d'un système bancal : pilotage par l'État, financement par les dĂ©partements, versement des prestations par les CAF (Caisse d'allocations familiales) et les MSA (MutualitĂ© Sociale Agricole). Cet enchevĂŞtrement malheureux pĂ©nalise tant les bĂ©nĂ©ficiaires que les administrations qui en ont la charge.Donner une autonomie partielle aux dĂ©partementsSi une recentralisation est possible d'autres options existent. Si le financement du RSA reste dans le giron dĂ©partemental, l'octroi d'une autonomie partielle sera nĂ©cessaire. Elle devra passer par un assouplissement des règles, la possibilitĂ© d'expĂ©rimenter et de moduler les prestations en fonction des rĂ©alitĂ©s et des besoins territoriaux. Enfin, il est primordial d'unifier les guichets de versement du RSA au niveau des CAF, qui deviendront ainsi l'unique opĂ©rateur compĂ©tent.La situation chaotique de l'organisation territorialeLe cas du RSA n'est pas un cas isolĂ©. Bien au contraire, il est reprĂ©sentatif de la situation chaotique de l'organisation territoriale de l'aide sociale en France. L'aide sociale constitue en effet un cas emblĂ©matique d'Ă©parpillement institutionnel dans la conduite d'une politique publique. Le lieu commun consistant Ă considĂ©rer que cette politique relève des dĂ©partements est inexact puisqu'elle est finalement de la compĂ©tence de toutes les administrations publiques, portĂ©es par des intervenants multiples, eux-mĂŞmes en charge de multiples dispositifs se chevauchant, voire se concurrençant. Il en rĂ©sulte un panorama illisible pour l'ensemble des acteurs, et davantage encore pour les citoyens.Pour un objectif national des dĂ©penses d'aide socialeĂ€ cet enchevĂŞtrement s'ajoutent des dĂ©penses en hausse constante : entre 2009 et 2013, les dĂ©penses relatives Ă l'aide sociale ont augmentĂ© annuellement de 5,6 % pour les seules administrations publiques locales, contre 2,3 % pour l'ensemble des dĂ©penses publiques. Un outil permettrait d'encadrer ces dĂ©penses, qui pèsent lourdement sur le budget de l'État comme sur celui des collectivitĂ©s : un ONDAS (objectif national des dĂ©penses d'aide sociale) couvrant les dĂ©penses d'aide sociale de l'ensemble des administrations publiques, et qui ferait l'objet d'un dĂ©bat annuel au Parlement. Cet ONDAS serait dĂ©clinĂ© au niveau dĂ©partemental, via un ODDAS couvrant l'ensemble des administrations dĂ©partementales. C'est Ă ces conditions que les dĂ©penses d'aide sociale pourront ĂŞtre encadrĂ©es et rationalisĂ©es. L'État et les dĂ©partements ont jusqu'au 31 mars prochain - date butoir pour l'adoption des budgets dĂ©partementaux - afin de poser les premiers jalons d'une rĂ©forme indispensable.Consulter le rapport DĂ©centralisation : sortons de la confusion, rapport - janvier 2016ImprimerPARTAGER