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Réussir la réforme de l’école pour améliorer l’emploi des jeunes

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Le 7 mai 2012, au lendemain de l’élection du nouveau président de la République, l’Institut Montaigne a publié Réformer par temps de crise, qui entend porter dans le débat public des idées innovantes sur des sujets prioritaires pour l’avenir de notre pays : croissance, jeunesse, compétitivité, projet européen… Si la crise que nous traversons nous révèle combien nous avons besoin de réformer notre pays, elle est en même temps l’occasion de le faire véritablement.

Quels choix opérer pour relancer la croissance sans que notre cohésion sociale ne se délite ? Ces contributions ont été rédigées par des acteurs de la vie intellectuelle et économique de notre pays.

Les universitaires Pierre Cahuc, StĂ©phane Carcillo, Olivier Galland et AndrĂ© Zylberberg proposent dans un des six chapitres qui composent l’ouvrage des pistes pour s’attaquer Ă  l’emploi des jeunes en France, notamment rĂ©former l’Ă©cole, rĂ©duire la diffĂ©rence de statut entre CDD et CDI, ou encore accompagner les jeunes vers l’emploi grâce au revenu de solidaritĂ© active. En voici quelques extraits.

Le niveau d'études décisif

"Les jeunes Français connaissent un chĂ´mage particulièrement Ă©levĂ© par rapport Ă  leurs aĂ®nĂ©s et cette situation s’est aggravĂ©e depuis trente ans. Fin 2010, le taux de chĂ´mage des 15-24 ans atteint 24%, contre 8,5% pour les 25-49 ans. (…) Par ailleurs, environ la moitiĂ© des jeunes connaissent une ou plusieurs pĂ©riodes de chĂ´mage au cours des trois annĂ©es suivant la fin des Ă©tudes. (…)

C’est le niveau d’Ă©tudes qui joue un rĂ´le dĂ©cisif dans l’explication du chĂ´mage des jeunes, loin devant l’origine sociale. Ă€ autres caractĂ©ristiques identiques, les jeunes ayant un niveau infĂ©rieur au CAP sont confrontĂ©s Ă  un risque de chĂ´mage supĂ©rieur de 16 points Ă  celui de la moyenne des jeunes[1] ! La crise actuelle a renforcĂ© les inĂ©galitĂ©s d’accès Ă  l’emploi entre les jeunes diplĂ´mĂ©s et non diplĂ´mĂ©s. Cette situation est d’autant plus prĂ©occupante que plus de 150.000 sortent chaque annĂ©e du système scolaire sans diplĂ´me.

Une inadaptation de l'école

Trois raisons essentielles expliquent l’Ă©chec français. La première est liĂ©e Ă  l’inadaptation de notre Ă©cole qui n’a pas su changer ses mĂ©thodes pour permettre au plus grand nombre d’acquĂ©rir les compĂ©tences de base. La deuxième tient Ă  notre conception des contrats de travail qui dresse une barrière trop Ă©tanche entre les emplois dits "instables" et les emplois dits "stables", et qui rend particulièrement difficile l’entrĂ©e des jeunes sur le marchĂ© du travail. La troisième concerne la faiblesse de l’accompagnement des jeunes les moins qualifiĂ©s vers l’emploi. Pour trouver un emploi ou une formation, un jeune sans qualification a besoin d’ĂŞtre financĂ©, suivi et conseillĂ© de façon intensive. De nombreux pays Ă©trangers consacrent des moyens considĂ©rables Ă  cette activitĂ©. Ce n’est pas notre cas.

Ă€ terme, pour que la situation des jeunes s’amĂ©liore vraiment, il faudra rĂ©duire l’Ă©chec scolaire qui est particulièrement Ă©levĂ© pour un pays dĂ©veloppĂ© comme la France. (…) La France a rĂ©ussi la massification de l’accès Ă  l’enseignement secondaire sans rĂ©ussir la dĂ©mocratisation. MalgrĂ© l’afflux d’Ă©lèves aux profils sociaux, scolaires et culturels de plus en plus diversifiĂ©s, les mĂ©thodes pĂ©dagogiques, les programmes, l’organisation des filières d’enseignement sont restĂ©s, dans une large mesure, ceux du collège et du lycĂ©e traditionnels dont la vocation Ă©tait de sĂ©lectionner les meilleurs pour les orienter vers les filières les plus prestigieuses de l’enseignement gĂ©nĂ©ral. Beaucoup d’Ă©lèves qui ne sont pas capables de rĂ©pondre Ă  ces exigences sont ainsi Ă©liminĂ©s.

Des exemples Ă©trangers montrent pourtant qu’on peut atteindre l’objectif d’une rĂ©ussite partagĂ©e sans abaisser le niveau moyen [2], bien au contraire : les systèmes scolaires les plus Ă©quitables sont aussi les plus performants du point de vue du niveau moyen d’acquisition des compĂ©tences.

Vers des méthodes "horizontales" d'enseignement

Les voies d’amĂ©lioration de l’efficacitĂ© et de l’Ă©quitĂ© de notre système d’enseignement sont aujourd’hui bien connues des spĂ©cialistes. D’une manière gĂ©nĂ©rale, il faut porter beaucoup plus d’attention que nous ne le faisons Ă  la qualitĂ© et aux mĂ©thodes d’enseignement. Cela devrait conduire Ă  mettre en œuvre des mĂ©thodes "horizontales" d’enseignement fondĂ©es sur le travail en groupe, un rĂ´le beaucoup plus actif des Ă©lèves et des relations plus symĂ©triques avec les professeurs.

Il faudra aussi dĂ©velopper l’apprentissage des compĂ©tences sociales et pas seulement l’accumulation des connaissances acadĂ©miques, diminuer le rĂ´le du classement et la place des notations dans l’Ă©valuation scolaire, repenser le mĂ©tier d’enseignant qui ne peut plus se rĂ©duire Ă  la transmission de connaissances, mais qui doit Ă©galement comprendre le soutien personnalisĂ© et le travail pĂ©dagogique. Cela suppose de renforcer la formation pĂ©dagogique initiale des enseignants. Il faudra aussi rĂ©organiser l’annĂ©e scolaire et allĂ©ger l’emploi du temps hebdomadaire des Ă©lèves qui est un des plus chargĂ©s d’Europe, donner plus d’autonomie aux Ă©tablissements pour mettre en œuvre leur programme et recruter des professeurs.

Ces orientations sont prĂ©sentes dans quelques-unes des rĂ©formes qui ont Ă©tĂ© engagĂ©es (le socle commun de connaissances, le programme Éclair d’expĂ©rimentation d’autonomie des Ă©tablissements par exemple), mais elles ont Ă©tĂ© mises en œuvre de manière beaucoup trop restreinte, sans vĂ©ritable vision d’ensemble et sans ĂŞtre toujours adossĂ©es Ă  un fort soutien de l’administration centrale. Par ailleurs, un tel programme de rĂ©formes ne pourra aboutir sans obtenir le consensus des principaux acteurs. Cela demandera une volontĂ© politique très forte et prendra inĂ©vitablement du temps.

Des politiques d'emploi ciblées vers les jeunes exclus

En attendant, on ne peut laisser Ă  eux-mĂŞmes un million de jeunes entre 15 et 24 ans qui ne sont ni en Ă©tudes, ni en emploi, ni en formation. C’est vers ces jeunes, en route vers l’exclusion, que les politiques d’emploi doivent ĂŞtre aujourd’hui ciblĂ©es prioritairement. IdĂ©alement, le marchĂ© du travail devrait compenser peu Ă  peu les inĂ©galitĂ©s issues de l’Ă©cole en permettant aux jeunes non diplĂ´mĂ©s d’acquĂ©rir sur le tas des compĂ©tences professionnelles. Tel n’est pas le cas. En France, contrairement Ă  de nombreux pays qui nous sont comparables, le fonctionnement du marchĂ© du travail, loin de rĂ©sorber les inĂ©galitĂ©s produites par le système scolaire, a plutĂ´t tendance Ă  les aggraver. (…)"

Aller plus loin
- En savoir plus sur l’ouvrage ''RĂ©former par temps de crise'', disponible en librairie au prix de 15 € (Ă©d. Manitoba/Les Belles Lettres).

Les auteurs :
- Pierre Cahuc, Ă©conomiste, professeur Ă  l’École polytechnique, est directeur du laboratoire de macroĂ©conomie du CREST. Ses travaux portent sur le marchĂ© du travail et la macroĂ©conomie.
- StĂ©phane Carcillo, Ă©conomiste, est maĂ®tre de confĂ©rences Ă  l’universitĂ© Paris 1 et professeur affiliĂ© au dĂ©partement d’Ă©conomie de Sciences po. Il est spĂ©cialiste du marchĂ© du travail.
- Olivier Galland, sociologue, est directeur de recherche au CNRS et directeur du Groupe d’Ă©tudes des mĂ©thodes de l’analyse sociologique de la Sorbonne (GEMASS).
- AndrĂ© Zylberberg, Ă©conomiste, directeur de recherche au CNRS et membre du Centre d’Ă©conomie de la Sorbonne et de l’École d’Ă©conomie de Paris, est spĂ©cialiste du marchĂ© du travail.

Notes

[1] On peut vérifier la pertinence de ces analyses en utilisant les données de l’Enquête Emploi de l’INSEE et en examinant les relations entre différentes caractéristiques – comme le sexe, le niveau de diplôme, l’origine sociale ou encore l’origine nationale – et le risque d’être au chômage. Le niveau d’études apparaît déterminant. Comparativement, l’origine sociale exerce un effet modéré, à caractéristiques identiques, les enfants de travailleurs indépendants ont un risque de chômage de 6 points inférieur à la moyenne), les enfants de cadres (–1,5) et ceux des professions intermédiaires (–2,5) s’en tirent un peu mieux que les enfants d’ouvriers (+1). Mais ces écarts restent finalement assez faibles comparés à ceux qu’on enregistre avec le niveau d’études. Ces chiffres sont relatifs à l’Enquête Emploi 2009.

[2] Les résultats des épreuves du cycle PISA 2009 montrent qu’œuvrer pour favoriser l’excellence et rehausser le niveau de compétence des élèves peu performants n’a rien de contradictoire. Les pays qui ont obtenu le score moyen le plus élevé aux épreuves de compréhension de l’écrit du cycle – la Finlande et la Corée, et dans les pays et économies partenaires, Hong Kong (Chine) et Shanghai (Chine) – comptent aussi parmi les pays où les scores varient le moins entre les élèves. Résultats du PISA 2009 : Synthèse © OCDE 2010 7.

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