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Retraites : laisser la libertĂ© aux Français

Retraites : laisser la liberté aux Français
 Gunilla Björner
Auteur
Ancienne responsable des relations institutionnelles de l'Institut Montaigne

La récente réforme des retraites en France, et notamment le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite de 60 ans à 62 ans, a suscité beaucoup de critiques. Chez notre voisin outre-Rhin, l’âge légal passera progressivement de 65 ans à 67 ans entre 2012 et 2029. Le premier rapport sur l’emploi des seniors en Allemagne semble conforter ce choix : le taux d’emploi des 60-65 ans a plus que doublé en dix ans, passant de 20% en 2000 à 41,1% en 2010 (1). Ces chiffres semblent donc montrer qu’un relèvement de l’âge légal de départ à la retraite à 67 ans est une solution tout à fait réaliste. Fallait-il pour autant aller dans ce sens en France ? Pas forcément.

Il existe une autre solution, qui permettrait Ă  la fois de garantir la pĂ©rennitĂ© de notre système de retraites par rĂ©partition, de rendre ce système plus comprĂ©hensible et plus Ă©quitable et, en plus, de laisser Ă  nos concitoyens le choix de l’âge auquel ils souhaitent partir Ă  la retraite. Après tout, qui pourrait ĂŞtre mieux placĂ© que la personne concernĂ©e pour dire quel est le bon moment pour cesser son activitĂ© professionnelle ?

L’Institut Montaigne propose de mettre en place un rĂ©gime national de retraite par rĂ©partition "unique, Ă  la carte avec neutralitĂ© actuarielle, et Ă  cotisations dĂ©finies". Qu’est-ce que cela veut dire ?

  • Un rĂ©gime national unique fonctionnant par points

Le système français comporte actuellement une quarantaine de rĂ©gimes de retraite : une vingtaine de rĂ©gimes "de base", et autant de complĂ©mentaires. Au nom de l’Ă©galitĂ© de tous et de la clartĂ© du système, nous proposons de fusionner tous les rĂ©gimes de retraites par rĂ©partition au sein d’un rĂ©gime national unique fonctionnant par points. En effet, la retraite par rĂ©partition n’a pas vocation Ă  ĂŞtre organisĂ©e de façon catĂ©gorielle. Il n’existe aucune raison valable pour qu’un fonctionnaire ou un cheminot soit favorisĂ© par rapport Ă  un salariĂ© du privĂ©, un exploitant agricole ou un commerçant.

  • Un système Ă  cotisations dĂ©finies

Afin d’Ă©viter un accroissement du dĂ©ficit du système de retraites par rĂ©partition, celui-ci doit fonctionner "Ă  cotisations dĂ©finies", c’est-Ă -dire distribuer des pensions aux retraitĂ©s qui proviennent d’un fonds alimentĂ© par les cotisations prĂ©levĂ©es sur les actifs d’aujourd’hui, Ă  un taux raisonnable.

Passer d’un système "Ă  prestations dĂ©finies" Ă  un système "Ă  cotisations dĂ©finies", permet Ă©galement de ne pas "sacrifier" les gĂ©nĂ©rations futures. Il s’agit lĂ  d’une dĂ©marche politique courageuse, puisqu’elle consiste Ă  protĂ©ger les intĂ©rĂŞts de personnes trop jeunes pour ĂŞtre des Ă©lecteurs, ou qui ne sont pas encore nĂ©es.

  • Une retraite Ă  la carte avec neutralitĂ© actuarielle

En instaurant une retraite "Ă  la carte avec neutralitĂ© actuarielle", on permet au salariĂ© de choisir l’âge auquel il souhaite prendre sa retraite, sans que cela ne nuise ni Ă  ses concitoyens, ni au système de retraite dans son ensemble. Pour schĂ©matiser, plus une personne partira tard, plus elle aura cotisĂ© pour sa retraite, et donc plus sa pension sera importante.

L’Institut Montaigne propose Ă©galement de mettre en place une pension minimale garantie (inspirĂ©e du modèle suĂ©dois et du RSA français) pour les personnes Ă  faibles niveaux de retraite.

N’est-il pas temps de traiter les Français comme des adultes responsables et libres, capables de prendre leur destin en mains, comme cela est le cas chez nos voisins europĂ©ens ?

En savoir plus :

- Réformer les retraites : pourquoi et comment, Institut Montaigne, juin 2010.

- Réforme des retraites : vers un big-bang ?, Institut Montaigne, mai 2009.

(1) "Malgré les critiques, Berlin défend la retraite à 67 ans", Karl de Meyer, Les Echos, 18 novembre 2010.

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