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Retraite par points : oĂą en est-on ?

Retraite par points : oĂą en est-on ?
 Jacques Bichot
Auteur
Professeur émérite à l'Université Lyon 3

Les deux dernières réunions du Conseil d’orientation des retraites (COR), le 25 novembre puis le 16 décembre 2009, ont examiné des travaux concernant les effets et la faisabilité d’une réforme "structurelle". On ne saurait dire au vu de ces documents si le COR sera à même de fournir un rapport vraiment circonstancié d’ici le 1er février 2010, comme le veut la Loi de financement de la sécurité sociale pour 2009. Où en est la réflexion ?

Une certaine insuffisance de cette rĂ©flexion se traduit d’abord par le maintien de la terminologie "passage Ă  un rĂ©gime en points ou en comptes notionnels"[1]. Quand comprendra-t-on que le système suĂ©dois utilisant des "comptes notionnels" est une variĂ©tĂ© particulière de système par points ? Les SuĂ©dois ont leur point retraite, tout petit, auquel ils ont donnĂ© le mĂŞme nom qu’Ă  leur unitĂ© monĂ©taire – la couronne ; les Allemands ont le leur, Ă©norme – on l’acquiert en travaillant une annĂ©e complète au salaire moyen ; et les Français en ont toute une variĂ©tĂ© (AGIRC, ARRCO, IRCANTEC, CAVEC, etc.), de taille intermĂ©diaire. Le naturaliste qui passerait son temps Ă  dire "les mammifères ou la souris" finirait par faire douter de sa connaissance de la classification des espèces.

Autre lacune : les travaux du COR ne signalent pas l’inconvĂ©nient inhĂ©rent Ă  l’utilisation du nom d’une unitĂ© monĂ©taire pour dĂ©signer une unitĂ© de compte qui en diffère fondamentalement. Avoir 3 millions de couronnes sur un compte notionnel ne permet pas d’obtenir, Ă  un âge donnĂ©, la mĂŞme rente viagère que 3 millions de couronnes sur un compte en banque : ce peut ĂŞtre plus, ou moins, mais il n’y a aucune raison pour que ce soit Ă©gal. Or dĂ©signer deux rĂ©alitĂ©s diffĂ©rentes par le mĂŞme mot prĂŞte Ă  confusion, comme si l’on disait de toutes les assurances vie françaises qu’elles sont "en euros". L’assureur qui ferait souscrire Ă  son client un contrat en unitĂ©s de compte en lui laissant croire qu’il s’agit d’un contrat en euros commettrait une faute professionnelle grave ! Certes, quand on lit ce qui est inscrit en petits caractères dans le contrat retraite de l’Etat suĂ©dois, la confusion se dissipe, mais ne vaudrait-il pas mieux Ă©viter tout quiproquo dès l’intitulĂ© ?

Notons en troisième lieu l’absence d’une question nĂ©vralgique : pour obtenir l’Ă©quilibre financier sans prĂ©lever exagĂ©rĂ©ment sur les actifs, vaut-il mieux mettre les Français en situation de sauver eux-mĂŞmes leur propre retraite, ou continuer Ă  leur dire que l’Etat va faire le nĂ©cessaire ? Une retraite Ă  cotisations dĂ©finies, Ă  Ă©quilibre financier obligatoire, et Ă  la carte avec neutralitĂ© actuarielle, ce qui n’est guère possible qu’avec des points, rend chacun responsable : lorsque les conditions dĂ©mographiques ne permettent pas de faire Ă©voluer favorablement la valeur de service du point, ceux qui veulent une pension mensuelle confortable ont la solution de travailler plus pour obtenir davantage de points, et de liquider leur pension plus tard pour bĂ©nĂ©ficier d’un coefficient actuariel plus Ă©levĂ©. Peut-on ou non crĂ©er un tel cadre de responsabilitĂ© personnelle dans un rĂ©gime par annuitĂ©s ? On attendait le COR sur cette question, maintes fois posĂ©e Ă  droite et Ă  gauche. On attend toujours.

En revanche, et pour terminer sur une note positive, l’enquĂŞte menĂ©e auprès des responsables des principales caisses de retraite fournit un rĂ©sultat fort intĂ©ressant : le passage sans transition d’un système Ă  l’autre "apparaĂ®t pour la plupart des rĂ©gimes comme le plus simple Ă  mettre en œuvre, le moins coĂ»teux et le plus comprĂ©hensible pour l’assurĂ©. L’effet ‘big-bang’ de cette rĂ©forme limiterait dans le temps les lourdeurs administratives et techniques induites par la transition." Autrement dit, Ă  la question posĂ©e par l’Institut Montaigne dans son Ă©tude RĂ©forme des retraites : vers un big-bang ? les gestionnaires ont rĂ©pondu, comme l’universitaire auteur de ces lignes, qu’une opĂ©ration menĂ©e tambour battant serait plus efficace qu’une dĂ©marche "Ă  petits pas". Comme elle est loin, cette lettre du 10 juin 2003 oĂą le Premier ministre de l’Ă©poque, s’adressant Ă  chaque citoyen pour lui vanter les mĂ©rites de la rĂ©forme des retraites que son gouvernement soumettait alors au vote du Parlement, Ă©crivait : "C’est une rĂ©forme sage car elle est progressive".

Notes

[1] Régimes à comptes notionnels : bien qu’elles soient immédiatement reversées aux retraités, si l’on est en répartition, les cotisations sont enregistrées sur une sorte de compte d’épargne, dit "notionnel" ou "virtuel", puisqu’il n’a pas de contrepartie sous forme de créances et de titres. Le solde du compte est augmenté chaque année d’un intérêt, qui peut dépendre de l’évolution économique et démographique. Le montant mensuel ou annuel de la pension est calculé à partir du solde du compte virtuel au moment de la liquidation, et de l’âge de l’adhérent, en utilisant un coefficient de conversion qui peut le cas échéant servir à adapter les dépenses de l’institution à ses recettes.

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