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Retour Ă  la retraite Ă  60 ans : est-ce la prioritĂ© ?

Retour à la retraite à 60 ans : est-ce la priorité ?
 Gunilla Björner
Auteur
Ancienne responsable des relations institutionnelles de l'Institut Montaigne



Le gouvernement s’apprête à rétablir, à travers la publication d’un décret, la possibilité de partir à la retraite à 60 ans à taux plein pour les salariés ayant commencé à travailler tôt. Alors que la France accuse un déficit de compétitivité et qu’elle s’interroge sur son coût du travail, est-ce véritablement le moment d’introduire une telle mesure ?

En effet, s’il est absolument indispensable de repenser notre système des retraites, cette rĂ©forme doit avoir un caractère rĂ©solument structurel.

La réforme des retraites de 2010

La loi portant rĂ©forme des retraites du 9 novembre 2010 a, entre autres, relevĂ© l’âge lĂ©gal (minimal) de dĂ©part Ă  la retraite de 60 Ă  62 ans. En parallèle, la durĂ©e d’assurance nĂ©cessaire pour bĂ©nĂ©ficier d’une retraite sans dĂ©cote a Ă©tĂ© augmentĂ©e. Elle est par exemple de 41,5 ans (soit 166 trimestres) pour les assurĂ©s nĂ©s en 1955. L’âge auquel on obtient une retraite "Ă  taux plein" (mĂŞme si le nombre de trimestres validĂ©s est infĂ©rieur Ă  la durĂ©e d’assurance de rĂ©fĂ©rence) a Ă©tĂ© relevĂ© Ă  67 ans[1].

Le retour partiel Ă  60 ans : une rĂ©forme de la rĂ©forme

Pendant la campagne présidentielle, François Hollande a promis de revenir sur la réforme de 2010, afin de permettre le retour à la retraite à 60 ans et à taux plein pour les assurés qui ont commencé à travailler tôt et qui ont cotisé la totalité de leurs annuités (41 années, soit 164 trimestres).

Pour tenir cette promesse, la ministre des Affaires sociales et de la SantĂ©, Marisol Touraine, a engagĂ© une concertation avec les partenaires sociaux. L’objectif est de publier le dĂ©cret nĂ©cessaire Ă  la mise en œuvre de cette rĂ©forme avant l’Ă©tĂ©.

Cette mesure, qui doit être financée par une augmentation de la cotisation retraite de 0,2 point par an (+0,1 point sur la part salariale et +0,1 point sur la part patronale), devrait bénéficier à 100 000 personnes la première année, selon le gouvernement.[2]

Le coût de la réforme

L’Institut Montaigne, dans le cadre de son dispositif "Chiffrages - DĂ©chiffrages 2012" des programmes des candidats Ă  l’Ă©lection prĂ©sidentielle, a estimĂ© le coĂ»t net de cette mesure Ă  5 milliards d’euros par an Ă  partir de 2017. La montĂ©e en charge du coĂ»t de la mesure serait progressive, de l’ordre d’un milliard d’euros par an entre 2012 et 2017.[3]

Une réforme structurelle est nécessaire

Pour garantir la pérennité de notre système de retraite par répartition, mais aussi pour le rendre plus compréhensible et plus équitable, une réforme structurelle, plutôt que paramétrique, est indispensable.

En vue du dĂ©bat public sur la rĂ©forme du système des retraites qui doit ĂŞtre lancĂ© en 2013, l’Institut Montaigne propose de mettre en place un rĂ©gime national de retraite par rĂ©partition "unique, Ă  la carte, et Ă  cotisations dĂ©finies". Cela implique :

- un régime national unique fonctionnant par points
Le système français comporte actuellement une quarantaine de rĂ©gimes de retraite : une vingtaine de rĂ©gimes "de base", et autant de complĂ©mentaires. Au nom de l’Ă©galitĂ© de tous et de la clartĂ© du système, nous proposons de fusionner tous les rĂ©gimes de retraites par rĂ©partition au sein d’un rĂ©gime national unique fonctionnant par points ;

- un système à cotisations définies
Afin d’Ă©viter un accroissement du dĂ©ficit du système de retraites par rĂ©partition, celui-ci doit fonctionner "Ă  cotisations dĂ©finies", c’est-Ă -dire distribuer des pensions aux retraitĂ©s qui proviennent d’un fonds alimentĂ© par les cotisations prĂ©levĂ©es sur les actifs d’aujourd’hui, Ă  un taux raisonnable.

Passer d’un système "Ă  prestations dĂ©finies" Ă  un système "Ă  cotisations dĂ©finies" permet Ă©galement de ne pas "sacrifier" les gĂ©nĂ©rations futures. Il s’agirait d’une dĂ©marche politique courageuse non Ă©lectoraliste puisqu’elle impliquerait de protĂ©ger les intĂ©rĂŞts de personnes qui ne sont pas encore en âge de voter, voire qui ne sont pas encore nĂ©es.

- une retraite à la carte avec neutralité actuarielle
En instaurant une retraite "Ă  la carte avec neutralitĂ© actuarielle", le salariĂ© peut choisir l’âge auquel il souhaite prendre sa retraite, sans que cela ne nuise ni Ă  ses concitoyens, ni au système de retraites dans son ensemble. Concrètement, plus une personne partira tard, plus elle aura cotisĂ© pour sa retraite, et plus sa pension sera importante. La personne concernĂ©e est en soi la plus Ă  mĂŞme de dĂ©cider du moment optimal pour cesser son activitĂ© professionnelle.

Enfin, pour garantir la solidaritĂ© de notre système de retraites, l’Institut Montaigne propose de mettre en place une pension minimale garantie pour les personnes Ă  faibles niveaux de retraite.

Pour que la prochaine rĂ©forme des retraites soit une rĂ©ussite, elle doit garantir l’Ă©quitĂ© et la pĂ©rennitĂ© financière du système. Elle doit Ă©galement rĂ©unir un consensus politique suffisamment large pour pouvoir survivre aux changements de majoritĂ©. D’autres pays ont rĂ©ussi Ă  relever ce dĂ©fi. Pourquoi la France n’en serait-elle pas capable ?

Pour en savoir plus :

- Écouter l'interview de Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne, sur BFM Business TV "Le 12-15", le 29 mai 2012.

- Consulter le site "Chiffrages - Déchiffrages 2012" de l'Institut Montaigne

Les publications de l’Institut Montaigne

- Retraites : deux chantiers Ă  ouvrir d'urgence, (par Jacques Bichot), Institut Montaigne, aoĂ»t 2011.

- RĂ©former les retraites : pourquoi et comment, (par Jacques Bichot), Institut Montaigne, juin 2010.

- RĂ©forme des retraites : vers un big-bang ?, (par Jacques Bichot), Institut Montaigne, mai 2009.

Notes

[1] Source : Décret n° 2011-916 du 1er août 2011 relatif au nombre de trimestres d’assurance nécessaire pour un assuré né en 1955 pour obtenir une retraite à taux plein ; Décret n° 2011-2034 du 29 décembre 2011 relatif à l’âge d’ouverture de la retraite.

[2] Protection sociale : les attributions des différents ministères publiées au Journal officiel du vendredi 25 mai 2012, dépêche AEF n°167088, le 25 mai 2012.

[3] Chiffrages - Déchiffrages 2012

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