AccueilExpressions par MontaigneRepenser la rĂ©novation urbaine pour lutter contre l’échec scolaire en banlieueLa plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Éducation SociĂ©tĂ© Villes et territoires11/01/2012ImprimerPARTAGERRepenser la rĂ©novation urbaine pour lutter contre l’échec scolaire en banlieueAuteur Institut Montaigne En partenariat avec Dans la lignée de ses travaux sur la société française, l’Institut Montaigne a mené courant 2011 une grande enquête, dirigée par Gilles Kepel, intitulée "Banlieue de la République", sur le territoire où ont éclaté les émeutes de 2005 : la communauté d’agglomération de Clichy-sous-Bois/Montfermeil (93). Ces deux villes ont bénéficié du plus important plan de rénovation urbaine de France, d’un montant de près de 600 millions d’euros, mais doivent faire face à un fort taux de chômage, notamment des jeunes.Adoptant une dĂ©marche transversale, cette enquĂŞte s’intĂ©resse Ă l’ensemble des dimensions qui permettent de "faire sociĂ©tĂ©" : le logement et la rĂ©novation urbaine, l’Ă©ducation, l’emploi, la sĂ©curitĂ©, ainsi que les questions politiques et religieuses. Cette approche pluridisciplinaire montre en quoi les trajectoires sociales, notamment scolaires, influent sur les comportements politiques et religieux des habitants de ces quartiers populaires.Rééquilibrer investissement dans l’urbain et dans l’humain : une rĂ©novation urbaine Ă repenserLa rĂ©novation urbaine, pilotĂ©e par l’Agence nationale pour la rĂ©novation urbaine (ANRU) depuis 2004, est le principal moyen d’action financier que s’est donnĂ© l’État pour intervenir dans les banlieues dĂ©gradĂ©es. Elle consiste Ă amĂ©liorer significativement le cadre de vie des habitants concernĂ©s en intervenant principalement sur le bâti. La rĂ©novation urbaine entend restaurer l’estime de soi des habitants des quartiers en leur assurant des conditions d’habitation plus dignes, premier pas vers une meilleure intĂ©gration sociale et culturelle, et en posant les bases du sentiment d’appartenance Ă la RĂ©publique. C’est pourquoi le lien entre rĂ©novation du bâti et amĂ©lioration de l’insertion sociale, notamment via l’Ă©ducation, est dĂ©terminant.En effet, sĂ©grĂ©gation urbaine et Ă©chec scolaire sont souvent corrĂ©lĂ©s : au-delĂ du seul bâti, le relais doit ĂŞtre pris en urgence par l’investissement dans "l’humain", notamment Ă travers l’Ă©cole. Si l’emploi reprĂ©sente la clĂ© du problème social, les conditions d’accès Ă celui-ci sont avant tout fonction de l’Ă©ducation qu’ont reçue ceux qui se prĂ©sentent sur le marchĂ© du travail.Un Ă©chec scolaire croissant aux consĂ©quences sociales gravesLe système Ă©ducatif français ne parvient pas Ă assurer la rĂ©ussite des Ă©lèves les plus dĂ©favorisĂ©s. Les conditions socio-Ă©conomiques des familles ont dans notre pays un impact très fort sur la rĂ©ussite scolaire des enfants et expliquent 16,7% de la variance de la performance des Ă©lèves en France [1]. Un enfant d’enseignant a aujourd’hui quatorze fois plus de chances d’arriver au baccalaurĂ©at qu’un enfant d’ouvrier.Les "dĂ©crocheurs" entrent souvent dans un cycle d’exclusion sociale qui conditionnera leur vie et celle de leurs enfants, alors que, dans le mĂŞme temps, 100.000 diplĂ´mĂ©s par an font dĂ©faut Ă la France. En trente ans, la situation des Ă©lèves qui connaissent les plus grandes difficultĂ©s ne s’est pas amĂ©liorĂ©e. Les consĂ©quences de cet Ă©chec scolaire massif sont catastrophiques pour les individus, mais aussi pour l’ensemble du pays. Le taux de sortie sans qualification s’avère anormalement Ă©levĂ© pour un pays dĂ©veloppĂ© qui figure au cinquième rang des pays les plus riches du monde. Les coĂ»ts pour l’ensemble de la sociĂ©tĂ© sont majeurs : perte de cohĂ©sion sociale, risques de dĂ©linquance, illettrisme et faibles qualifications, hausse du chĂ´mage et des minima sociaux… Initialement porteuse d’espoirs immenses, l’Ă©cole devient, du fait de l’importance massive du dĂ©crochage scolaire, l’objet des ressentiments les plus profonds. Elle entraĂ®ne dans son rejet l’autre fonction de l’Ă©cole, outre la transmission des savoirs : la formation des futurs citoyens et le partage des valeurs de la RĂ©publique.Des politiques Ă©ducatives pour les quartiers aux rĂ©sultats mitigĂ©sDepuis trois dĂ©cennies, des politiques ont Ă©tĂ© mises en œuvre pour pallier les difficultĂ©s de l’Ă©cole Ă transmettre efficacement les savoirs dans les quartiers dĂ©favorisĂ©s, dĂ©finis comme des "zones d’Ă©ducation prioritaire" (ZEP).Mais alors que de nombreux quartiers populaires ont Ă©tĂ© profondĂ©ment remodelĂ©s par les chantiers de la rĂ©novation urbaine, leurs Ă©coles sont restĂ©es identiques, tant dans leur projet pĂ©dagogique que dans leurs relations avec les autres acteurs Ă©ducatifs. Ainsi, une rĂ©cente Ă©tude de l’INSEE [2] indique que la part des Ă©lèves en difficultĂ© face Ă l’Ă©crit a augmentĂ© depuis une dizaine d’annĂ©es et concerne aujourd’hui près d’un Ă©lève sur cinq : "L’augmentation du pourcentage d’Ă©lèves en difficultĂ© face Ă l’Ă©crit touche particulièrement les collèges en zones d’Ă©ducation prioritaire (ZEP). Ă€ l’entrĂ©e en sixième, le pourcentage d’Ă©lèves en difficultĂ© de lecture dans le secteur de l’Ă©ducation prioritaire est passĂ© de 20,9% en 1997 Ă 31,3% en 2007. En fin de collège, dans les collèges de ZEP, la proportion d’Ă©lèves dans les niveaux de performances les plus faibles (infĂ©rieurs au niveau 2) est passĂ©e de 24,9% en 2003 Ă 32,6% en 2009 [3]".Contre l’Ă©chec scolaire, prendre le tournant de la rĂ©novation urbaineOr, le dĂ©fi qui se pose aujourd’hui avec une acuitĂ© nouvelle, après les investissements massifs dans la rĂ©novation urbaine, est celui de la fĂ©condation rĂ©ciproque des politiques Ă©ducative et de rĂ©novation urbaine : quelles inflexions, quelles prioritĂ©s pour l’Ă©ducation afin qu’elle s’appuie sur les acquis de la rĂ©novation urbaine et en assure le relais ? Comment peut-elle en pĂ©renniser les atouts et favoriser l’insertion sociale pour inverser les logiques de stagnation et d’enclavement, propices aussi bien aux incivilitĂ©s qu’Ă des resocialisations fondĂ©es sur des replis communautaires ? La qualitĂ© de l’offre Ă©ducative conditionne notamment l’implantation de classes moyennes sur un territoire. La mixitĂ© sociale est au cœur de l’action de la rĂ©novation urbaine et l’Ă©cole en constitue le levier par excellence : les diffĂ©rentes couches sociales y apprennent Ă vivre ensemble et Ă faire sociĂ©tĂ©. C’est lĂ tout l’enjeu de la France de demain.Notes[1] PISA 2009[2] Jeanne-Marie Daussin, Saskia Keskpaik, Thierry Rocher, "L’évolution du nombre d’élèves en difficultĂ© face Ă l’écrit depuis une dizaine d’annĂ©es", France, portrait social, Insee RĂ©fĂ©rences, Ă©dition 2011[3] Jean-Claude Émin, "En ZEP, le niveau monte ou baisse ?", OZP, 2011ImprimerPARTAGER