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Réforme des ports et infrastructures

 Philippe Manière
Auteur
Président-fondateur de Footprint > consultants

Le projet de loi portant réforme des ports autonomes, avec notamment le transfert au privé de la totalité de leurs activités de manutention, a été présenté hier matin en Conseil des ministres, sur fond d'hostilité très vive des syndicats.
Cette réforme parait pourtant indispensable.

DĂ©cryptage de la rĂ©forme L’enjeu de cette rĂ©forme est tout simple : permettre aux ports français, en perte de vitesse ces dernières annĂ©es, de renouer avec la compĂ©titivitĂ©. Entre 1989 et 2006, soit en 15 ans seulement, leur part de marchĂ© sur le trafic europĂ©en des conteneurs est passĂ©e de presque 12 % Ă  Ă  peine plus de 6 %. En fait, dĂ©sormais, le trafic total des 7 ports français concernĂ©s par la rĂ©forme est infĂ©rieur d’un quart au trafic rĂ©alisĂ© par le seul port de Rotterdam !

Optimiser un énorme potentiel Pour résumer, la France a une immense façade maritime et des ports somptueusement placés, le transport maritime est un business en plein essor sur toute la planète à cause de la mondialisation, et pourtant, dans nos ports, tout fout le camp, sinon de Dunkerque à Tamanrasset, en tout cas de Dunkerque à Marseille …

De bons changements pour les dockers Bien sĂ»r, il y a une forte hostilitĂ© des syndicats Ă  la rĂ©forme. Et pourtant, j’y suis très favorable. Pourquoi ? Parce qu’il ne faut Ă©couter toujours les syndicats, qui mènent selon les cas des combats d’inĂ©gale valeur. Je trouve absolument indispensable et totalement lĂ©gitime qu’ils se battent pour dĂ©fendre les conditions de travail d’une ouvrière de Basse-Bretagne qui Ă©viscère des poulets dans une usine oĂą il fait 8° toute l’annĂ©e et qui gagne le Smic pour ses efforts. Mais, quand on parle des manutentionnaires portuaires, il faut tout simplement rĂ©cuser un discours syndical maximaliste, corporatiste et mĂŞme indĂ©cent s’agissant d’une profession plutĂ´t gâtĂ©e ! D’autant que l’intĂ©gration dans le privĂ© a souvent aussi son pendant positif cĂ´tĂ© salariĂ©s : les ex-dockers, ont vu leurs revenus et l’embauche augmenter depuis la rĂ©forme en 1992.

Enrichissement pour tous Il faut regarder les choses en face : la productivitĂ©, mĂŞme sur les ports, c’est tout de mĂŞme le seul secret pour dĂ©velopper le business et avoir plus d’argent Ă  partager – en particulier avec les salariĂ©s ! Donc, oui Ă  la rĂ©forme, d’autant que le gouvernement ne semble pas vouloir passer en force, il est mĂŞme prĂ©vu une concertation qui se prolonge au-delĂ  du vote de la loi si c’est nĂ©cessaire pour faire du cas par cas.

Infrastructures et croissance Au-delĂ  du cas des ports, cette rĂ©forme met en lumière l’importance des infrastructures. Evidemment, de bonnes infrastructures sont facteur de croissance – cela, on l’apprend tous Ă  l’école... Dans le cas des ports, le constat est clair si l’on compare la France et les Pays-Bas : dans l’Hexagone, nous gâchons du potentiel de croissance avec des infrastructures qui ne fonctionnent pas Ă  plein rĂ©gime. Cela dit il ne faut pas en dĂ©duire que toute infrastructure est bonne construire. Car un aĂ©roport, une ligne TGV, une autoroute ou un port coĂ»tent beaucoup d’argent. Aussi faut-il choisir avec soin ceux que l’on construit, car, Ă  l’inverse, on peut aussi dĂ©truire de la richesse en bâtissant des infrastructures qui ne servent Ă  rien.

Routes, ports, lignes TGV… lesquels bâtir ? L’Institut Montaigne, publiera très prochainement un rapport sur les grandes infrastructures à construire en fonction de leur utilité dont le fil rouge sera la nécessité de repenser la manière dont on dose les ingrédients dans le processus de prise de décision. D’un côté, il y a le jeu politique, le projet porté par des élus, qui est légitime. Mais de l’autre, il doit y avoir le calcul économique, un peu trop souvent oublié chez nous… Or, ce calcul économique est indispensable si l’on veut que la priorité aille vraiment aux projets ayant la plus forte valeur ajoutée économique, sociale et environnementale.

ConsidĂ©rer le calcul Ă©conomique Je propose donc de rĂ©habiliter ce calcul Ă©conomique dans le processus de dĂ©cision, comme cela que se passe ailleurs. Dans les pays nordiques, par exemple, aucun Ă©lu ne dĂ©fendrait un projet qui n’ait pas fait la preuve de son utilitĂ©. Dans le processus de dĂ©cision anglais on parle sans cesse de « value for money ». Cette dimension manque chez nous – rappelons qu’en France on annonce comme ça 1500 km de tgv de plus sans dire ni oĂą ni pourquoi… Incontestablement, nous avons des progrès Ă  faire dans ce domaine ! Des infrastructures oui, mais pas n'importe lesquelles et pas Ă  n’importe quel prix, voila un mot d’ordre qui parait raisonnable.

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