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[RĂ©fĂ©rendum] - Concordance : un idĂ©al suisse

[Référendum] - Concordance : un idéal suisse
 Yves Sintomer
Auteur
Professeur de science politique rattaché à l’Université Paris 8 et chercheur au Centre de Recherches et d’Études Sociologiques et Politiques de Paris (CRESPPA)

“Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi” : la Suisse, dont les citoyens figurent parmi les plus satisfaits de leur démocratie au sein de l’OCDE, constituerait un modèle de démocratie directe, dans la pensée collective nourrie plus ou moins à son insu de l’imaginaire rousseauiste. Qu’en est-il ? En quoi la pratique régulière du référendum peut-elle faciliter un esprit de compromis au bénéfice, dans le meilleur des cas, d’une législation équilibrée ? La France pourrait-elle s’inspirer de “la démocratie de concordance” qui caractérise le fonctionnement de la vie politique en Suisse ? Un entretien avec le politologue Yves Sintomer.

D’oĂą vient la votation suisse ? En quoi consiste-t-elle ?

“Votation” est le terme gĂ©nĂ©rique qui dĂ©signe, en Suisse, le vote lors d’une Ă©lection ou d’un rĂ©fĂ©rendum. D’un point de vue historique, le recours au rĂ©fĂ©rendum et aux initiatives populaires s’est institutionnalisĂ© au cours de la deuxième moitiĂ© du XIXe siècle, dans le contexte perturbĂ© de la Guerre du Sonderbund (1847), qui opposa les cantons catholiques et protestants. Pour remĂ©dier aux troubles et dans un souci d’apaisement, la majoritĂ© protestante a accordĂ© aux minoritĂ©s catholiques un “pouvoir de rĂ©fĂ©rendum”, pensĂ© comme une concession.  Tous les acteurs politiques se le sont progressivement appropriĂ© et l’usage du rĂ©fĂ©rendum s’est accentuĂ© et dĂ©veloppĂ©, dans un mouvement devenu exponentiel ces deux dernières dĂ©cennies.

Peut-on dire que la Suisse est un modèle de dĂ©mocratie directe ? Dans quelle mesure dĂ©mocratie reprĂ©sentative et dĂ©mocratie directe sont-elles complĂ©mentaires ?

La Suisse est une dĂ©mocratie semi-directe : on trouve des outils de dĂ©mocratie directe mais les organes reprĂ©sentatifs que sont les partis politiques ou les organisations de la sociĂ©tĂ© civile jouent un rĂ´le crucial, y compris dans les processus de dĂ©mocratie directe.

Se conjuguent donc en Suisse la représentation, notamment électorale, et l’expression directe de la population, sans que les voies d’expression de la volonté populaire soient incompatibles les unes avec les autres.

La plupart du temps, ce sont les partis ou les organisations de la société civile qui sont à l'initiative des votations référendaires, même s’il existe également des regroupements informels constitués ad hoc pour porter tel ou tel référendum. Se conjuguent donc en Suisse la représentation, notamment électorale, et l’expression directe de la population, sans que les voies d’expression de la volonté populaire soient incompatibles les unes avec les autres : les liens entre démocratie représentative élective et démocratie directe sont importants.

Les partis politiques sont nĂ©cessairement impliquĂ©s en cas de rĂ©fĂ©rendum : avant de soumettre un texte aux citoyens suisses, il est nĂ©cessaire de constituer un comitĂ© dont la fonction est de reprĂ©senter les signataires Ă  l’origine de l’initiative, qui nĂ©gociera avec le parlement ou le gouvernement  et tentera d’obtenir une modification de la loi en question. La nĂ©gociation Ă©tant toujours première, la possibilitĂ© est laissĂ©e aux autoritĂ©s de changer partiellement ou totalement la loi proposĂ©e ou contestĂ©e. Le gouvernement peut mĂŞme faire une contre-proposition. Deux textes sont alors soumis au vote : le texte de loi des initiateurs du rĂ©fĂ©rendum d’une part, et le texte revu par les autoritĂ©s.

C’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que rĂ©side la spĂ©cificitĂ© de la Suisse : loin de prĂ©voir une votation point-barre, au risque de simplifier le dĂ©bat et de le limiter Ă  un oui-ou-non, (contrairement Ă  la critique du rĂ©fĂ©rendum ce que l’on entend beaucoup en France), le rĂ©fĂ©rendum enrichit le dĂ©bat parlementaire, parce qu’il fonctionne de manière progressive, permet d'affiner le processus lĂ©gislatif et incite Ă  la discussion, au compromis et au dĂ©bat.

Le référendum enrichit le débat parlementaire, parce qu’il fonctionne de manière progressive, permet d'affiner le processus législatif et incite à la discussion, au compromis et au débat.

C’est en vertu de la possibilité du référendum ou de l’initiative populaire (sans même qu’il soit besoin de le soumettre effectivement au vote des citoyens) que se multiplient en Suisse les consultations et les négociations en amont du vote des lois, loin du modèle français qui permet, du moment que la majorité parlementaire est suffisante, un vote sans négociation avec l’opposition (y compris par 49.3). Le vote de la réforme des retraites de 2023 serait inenvisageable en Suisse : par peur que la loi soit invalidée par la convocation d’un référendum facultatif ou d’une initiative populaire, des négociations sérieuses auraient été conduites.

Que veut-on dire par “dĂ©mocratie de concordance” ?

La “dĂ©mocratie de concordance” dĂ©signe une spĂ©cificitĂ© du modèle politique suisse, modelĂ©e sur les particularitĂ©s de ce pays multilingue et multiconfessionnel, partagĂ© entre cantons ruraux et urbains, dont il fallait assurer l’unitĂ©. La Suisse Ă©vite les tensions qui pourraient naĂ®tre de la pluralitĂ© de ses composantes d’une part parce que ses frontières politiques, linguistiques et religieuses ne se recoupent pas, et d’autre part parce que l’ensemble des forces politiques est reprĂ©sentĂ©e au parlement mais aussi au gouvernement : l’exĂ©cutif suisse est formĂ© au prorata des rĂ©sultats politiques de chaque parti : de l'extrĂŞme-droite au parti socialiste (Ă  l’exception de la gauche radicale et des Ă©cologistes qui sont divisĂ©s en deux branches trop faiblement reprĂ©sentĂ©es au parlement pour figurer au gouvernement). Chaque force politique dispose de son ministère et le prĂ©sident de la confĂ©dĂ©ration helvĂ©tique change chaque annĂ©e : ce soin mis Ă  reprĂ©senter chacun des courants politiques, joint Ă  la superposition fĂ©dĂ©rale de strates culturelles ou identitaires, sont les deux caractĂ©ristiques qui fondent la “dĂ©mocratie de concordance” qui s’est enracinĂ©e après la Seconde Guerre mondiale et apporte une marge de manĹ“uvre politique considĂ©rable au pays.

Les rĂ©fĂ©rendums et les initiatives populaires sont capitaux pour ce modèle de dĂ©mocratie de concordance : un parti qui appartient Ă  un gouvernement peut tout Ă  fait recourir Ă  l'initiative populaire ou au rĂ©fĂ©rendum facultatif pour faire passer une loi qui ne remporte pas le soutien du gouvernement dont il fait partie, sans que cela soit perçu comme une trahison. Il semble normal qu’un parti reprĂ©sentĂ© au gouvernement lance une campagne de rĂ©fĂ©rendum quand il n’a pas rĂ©ussi Ă  faire passer sa proposition. La dĂ©mocratie de concordance n’est donc  pas un simple système de proportionnelle intĂ©grale, qui impliquerait une majoritĂ© et une minoritĂ©.

De même, les juges de la Cour fédérale suisse, l’équivalent de la Cour constitutionnelle, sont aujourd’hui sélectionnés au prorata des forces politiques du Parlement. Chaque parti propose ses candidats, dont le parlement approuve, ou non, la nomination, dans cet “esprit de concordance” caractéristique. La Suisse a débattu d’une proposition visant à tirer les juges au sort dans un panel afin de couper leurs liens avec les partis politiques, mais cette proposition a rassemblé largement contre elle les partis politiques de tous bords, soit qu’ils aient été opposés au principe même du tirage au sort, soit, pour les partis de gauche, parce qu’ils jugeaient que les juges sont tendanciellement plus conservateurs que le reste de la société, et qu’ils tenaient à pouvoir soumettre leurs candidats.


Quels sont les diffĂ©rents types de rĂ©fĂ©rendums, entre rĂ©fĂ©rendums d’abrogation, rĂ©fĂ©rendum obligatoire et facultatif ?

Il existe en Suisse trois types de rĂ©fĂ©rendum : le rĂ©fĂ©rendum obligatoire, en cas de changement Ă  la Constitution (la constitution suisse Ă©tant très vaste et très dĂ©taillĂ©e) ou quand la Suisse signe un traitĂ© international. Le rĂ©fĂ©rendum facultatif, qui permet de contester une loi après que celle-ci a Ă©tĂ© adoptĂ©e (c’est une sorte de rĂ©fĂ©rendum “abrogatif”), si 50 000 signatures de citoyens suisses sont rĂ©unies ou que huit cantons en font la demande, et enfin le rĂ©fĂ©rendum d’initiative populaire, qui ne concerne pas l’abrogation d’une loi mais permet aux citoyens de proposer une loi ou un règlement modifiant partiellement ou totalement la Constitution Ă  condition que la proposition de rĂ©fĂ©rendum ait reçu le nombre suffisant de signatures (100 000, ce qui correspondrait, ramenĂ© au nombre d’habitants, Ă  environ Ă  un million de signatures en France).

Les jours de vote sont fixés à l’avance jusqu’en 2044, et on observe en moyenne quatre votations par an. Certains procédés facilitant le vote sont possibles (courrier postal ou test de vote électronique).

Quels sont les types de sujet soumis Ă  rĂ©fĂ©rendum ? Dans quelle mesure les rĂ©fĂ©rendums sont-ils appropriĂ©s comme des enjeux partisans voire politiciens ?

Tous les sujets sont soumis Ă  rĂ©fĂ©rendum : sociĂ©taux, Ă©conomiques, politiques, aux niveaux fĂ©dĂ©ral, cantonal, municipal. Le rĂ©fĂ©rendum peut concerner un changement de place du village ou le traitĂ© d’association entre la Suisse et ce qui Ă©tait Ă  l’époque l’Espace Ă©conomique europĂ©en, EEE (rejetĂ© par 50,3 % des votants en 1992) Dans l’annĂ©e, une quinzaine ou une vingtaine de sujets sont soumis au vote, lors des jours dĂ©terminĂ©s Ă  l’avance. Pour ĂŞtre approuvĂ©, aucun seuil de participation n’est requis, mais le texte proposĂ© Ă  votation doit recueillir une double majoritĂ©, des Ă©lecteurs et des cantons.

Les votations ne répondent pas seulement à des logiques partisanes. Elles existent bien sûr, mais sont atténuées par le fait que plusieurs sujets sont soumis au même moment au vote, ce qui empêche une personnalisation excessive.

Les votations ne répondent pas seulement à des logiques partisanes. Elles existent bien sûr, mais sont atténuées par le fait que plusieurs sujets sont soumis au même moment au vote, ce qui empêche une personnalisation excessive. Les questions les plus polarisées n’émanent d’ailleurs pas toujours des partis : l’initiative populaire de 2014 “contre la construction de minarets” avait ainsi été lancée par seize personnalités politiques suisses, même si l’UDC, le parti d’extrême-droite, était derrière l’initiative.

Comment les citoyens sont-ils impliquĂ©s dans les votations (de la conception Ă  la participation) ? Comment sont-ils informĂ©s de manière Ă  “éclairer” leur vote ? La rĂ©currence des votes ne risque-t-elle pas d’engendrer un phĂ©nomène de lassitude dĂ©mocratique ?

Ce que l’on nomme en France les référendums d’initiative citoyenne, nommés en Suisse les initiatives citoyennes, peuvent être réunis à l’initiative des seuls citoyens en principe ; en pratique, l’organisation d’une campagne pour récolter les signatures coûte cher et c’est le plus souvent les organisations partisanes ou des lobbies qui peuvent en assumer les coûts. La dimension financière de la démocratie est un peu l’impensé du système.

En Suisse, les citoyens sont mobilisés et informés via les journaux et les réseaux sociaux et reçoivent, avant le vote, une enveloppe comprenant le texte de la loi, accompagné par un argumentaire des initiateurs du référendum ou de l’initiative citoyenne et un contre-argumentaire. Rien ne garantit bien sûr que ces argumentaires soient justes, et il n’existe pas de procédure de vérification des publications, mais des tentatives sont en cours qui visent à constituer, avant la votation, un jury citoyen tiré au sort pour examiner “le pour et le contre” des propositions afin de parvenir, d’une manière consensuelle, à un résumé “impartial” pour les autres citoyens, qui ne sont pas forcément connaisseurs du sujet soumis à votation.

Il ne semble pas que l’on puisse parler de “fatigue dĂ©mocratique”. La Suisse est sans doute aujourd'hui le pays oĂą la diffusion des journaux par habitant est la plus importante d’Europe et oĂą la variĂ©tĂ© des titres qui existe est la plus grande, mĂŞme si, lĂ  comme ailleurs, le nombre a diminuĂ©. Bien sĂ»r, le taux de participation est relativement faible (il est de l’ordre de 45 Ă  50 % pour chaque votation, Ă©lection, rĂ©fĂ©rendum ou initiative) mais il faut prendre en compte le fait que les citoyens qui se rendent aux urnes doivent voter sur les nombreux enjeux qui leur sont proposĂ©s : ils ne votent pas forcĂ©ment sur toutes les questions, ce qui diminue le taux de participation total. Et si l’on prend en compte le fait qu’ils peuvent aller aux urnes quatre fois par an, au total, ils votent en moyenne plus que les Français.  

Le taux de satisfaction des citoyens suisses par rapport Ă  leur dĂ©mocratie est d’ailleurs le plus Ă©levĂ© des pays de l’OCDE (62 % de confiance dans le gouvernement fĂ©dĂ©ral, contre 39 % en moyenne et 33 % en France). D’autres facteurs entrent en ligne de compte pour l’expliquer, comme la dĂ©centralisation extrĂŞme ou la bonne santĂ© de l’économie, mais l’existence de la dĂ©mocratie directe ou semi-directe compte aussi.

La pratique rĂ©fĂ©rendaire fait-elle l’objet de contestation ou de demandes de rĂ©forme ?

Le consensus sur l'instrument est général mais le débat porte sur le nombre de signatures qui sont requises pour lancer officiellement une initiative citoyenne : le seuil minimal n’a pas bougé, tandis que la population a augmenté (9 millions en 2024). Les partis situés le plus aux extrêmes du spectre politique sont ceux qui sont le plus à l'initiative de propositions, et certains citoyens qui ne sont pas encartés voudraient que le seuil soit abaissé, tandis que les partis centristes voudraient le relever.

En 2014, un rĂ©fĂ©rendum pour l’interdiction de l’”immigration de masse” avait Ă©tĂ© soumis au vote : existe-t-il un risque de dĂ©rive dĂ©magogique ? La dĂ©mocratie semi-directe telle que pratiquĂ©e en Suisse n’a-t-elle pas des limites ?

Le risque de dĂ©magogie est Ă©vident, mais il ne faut pas nĂ©cessairement incriminer seulement le rĂ©fĂ©rendum ou l’initiative citoyenne : le processus de nĂ©gociation mis en place avant le rĂ©fĂ©rendum limite ce type de dĂ©rive, et si la Suisse ne fait pas exception parmi les dĂ©mocraties occidentales confrontĂ©es Ă  la montĂ©e du national-populisme, rien ne laisse penser que le recours aux rĂ©fĂ©rendums accroisse le problème. Il se pose Ă©galement dans les pays oĂą la dĂ©mocratie institutionnelle se rĂ©sume Ă  l’élection. Il est cependant vrai que la Suisse a Ă©tĂ© la championne du monde (devant la France) de l’écart temporel entre l’instauration du suffrage universel masculin en 1848 et l’instauration du suffrage universel tout court, au dĂ©but des annĂ©es 1970, et que la dĂ©mocratie directe a sans doute Ă©tĂ© l’un des facteurs explicatifs de ce retard.

Il faut inverser la question : la dĂ©mocratie semi-directe suisse passe avec succès l’épreuve de la rĂ©alitĂ©. Le pays se porte plutĂ´t bien et est bien gĂ©rĂ©, la polarisation gagne en importance mais dans des proportions moindres que ce que connaĂ®t la France, la stabilitĂ© politique est assurĂ©e, la satisfaction des citoyens sur leur système politique plus Ă©levĂ©e que dans les pays voisins. Et ce grâce Ă  la diffusion des pouvoirs et des contre-pouvoirs dans l’ensemble de la sociĂ©tĂ© et du pays.


En quoi la France pourrait-elle s’inspirer du modèle suisse ?

La France pourrait sans doute retenir de son voisin transjurassien qu’il ne faut pas avoir peur de la dĂ©mocratie directe. Les outils de dĂ©mocratie directe doivent, pour que leur potentiel soit rĂ©alisĂ©, faire pleinement partie du processus de prise de dĂ©cision. En Suisse, les gouvernants savent que s’ils refusent la nĂ©gociation ou le compromis, leur loi risque d’être soumise Ă  rĂ©fĂ©rendum ou Ă  initiative : cela informe tout le processus lĂ©gislatif, mĂŞme si aucune votation n’est finalement rĂ©alisĂ©e.

La démocratie de concordance et la démocratie semi-directe favorisent le fait que les propositions de loi soient mieux équilibrées, grâce à un mécanisme qui facilite les consultations et compromis en amont.

Quant à l'accusation qui voudrait que la démocratie directe empêche la prise en compte des contraintes désagréables du réel - avec des référendums ou initiatives soumettant aux citoyens des propositions “magiques” pensées en dehors des arbitrages nécessaires, elle n’est pas vérifiée. La démocratie de concordance et la démocratie semi-directe favorisent le fait que les propositions de loi soient mieux équilibrées, grâce à un mécanisme qui facilite les consultations et compromis en amont. Le référendum et l’initiative agissent à titre d’incitation, et ainsi configurent le débat politique. À moyen terme, les nombreuses votations contribuent à former le citoyen au débat public et à la négociation politique, fondamentaux dans les démocraties.

Copyright Alan Ducarre


Propos recueillis par Hortense Miginiac

 

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