AccueilExpressions par MontaigneRapport annuel de la Cour des comptes: trois alertes passĂ©es au cribleLa plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Action publique11/02/2016ImprimerPARTAGERRapport annuel de la Cour des comptes: trois alertes passĂ©es au cribleAuteur Institut Montaigne Chaque année, la Cour des comptes remet son rapport public au Parlement et au président de la République. C'est l'occasion pour les sages de la rue Cambon de dresser un tableau des progrès et des failles dans la gestion des politiques publiques. Tour d'horizon à la lumière des récents travaux de l'Institut Montaigne.L’échec du contrat de gĂ©nĂ©rationLe dispositif, instaurĂ© en 2012, prĂ©voit l’embauche d’un jeune en CDI et, simultanĂ©ment, le maintien dans l’emploi ou le recrutement d’un salariĂ© âgĂ©. JugĂ© complexe et peu lisible, il n’a pas obtenu les rĂ©sultats escomptĂ©s. Loin de l’objectif initial de 500 000 contrats signĂ©s d’ici Ă 2017, seuls 40 000 avaient Ă©tĂ© conclus fin juillet 2015. Soulignant les effets nĂ©gligeables du dispositif sur le chĂ´mage - deux tiers des bĂ©nĂ©ficiaires Ă©taient dĂ©jĂ prĂ©sents dans l’entreprise -, la Cour des comptes prĂ©conise de le revoir en profondeur, notamment en supprimant le critère de non-appartenance Ă un groupe de plus de 300 salariĂ©s.Dans son rapport Faire du bien-vieillir un projet de sociĂ©tĂ©, publiĂ© en juin 2015, l’Institut Montaigne mettait dĂ©jĂ en avant l’échec du contrat de gĂ©nĂ©ration pour diminuer le chĂ´mage des jeunes et celui des seniors. Il proposait, dans une autre logique, la crĂ©ation d’un Contrat Volontaire Senior pour les retraitĂ©s souhaitant bĂ©nĂ©ficier d’un complĂ©ment de revenus. La rĂ©munĂ©ration du retraitĂ© serait basĂ©e sur le taux horaire et l’employeur serait exonĂ©rĂ© de cotisations patronales chĂ´mage et retraite et bĂ©nĂ©ficierait d’un taux rĂ©duit sur d’autres postes de charge. Cette mesure permettrait de soutenir la consommation des seniors, tout en faisant bĂ©nĂ©ficier les entreprises de leur flexibilitĂ© et de leur attractivitĂ©. Quant au chĂ´mage des jeunes, l’Institut Montaigne plaide de longue date pour un ensemble de politiques efficaces et rĂ©alistes, au premier rang desquelles le dĂ©veloppement de l’apprentissage. Notre rapport L'apprentissage, un vaccin contre le chĂ´mage des jeunes avançait un plan dĂ©taillĂ© pour augmenter considĂ©rablement le nombre de jeunes ayant recours Ă un système qui a fait ses preuves dans de nombreux pays europĂ©ens. L’épineuse question des transports en ĂŽle-de-FranceLes transports ferroviaires en ĂŽle-de-France souffrent de nombreux dysfonctionnements du rĂ©seau, consĂ©quence de plusieurs dĂ©cennies de sous-investissements dans sa maintenance et sa modernisation. Tel est l’inquiĂ©tant constat que fait la Cour des comptes, qui estime que, malgrĂ© les efforts importants de rĂ©novation entrepris depuis 2011, il faudra au moins dix ans avant de constater une amĂ©lioration de l’état des infrastructures. A cette fin, la rĂ©novation des installations doit demeurer la prioritĂ© absolue, quitte Ă renoncer Ă certains grands projets.La Cour envisage que les voyageurs "contribuent davantage au financement des transports". Une nĂ©cessitĂ© dĂ©jĂ mise en avant dans le rapport Transport public de voyageurs: comment rĂ©former un modèle Ă bout de souffle ? (novembre 2012). L’augmentation de la contribution des usagers s’inscrit dans la diversification nĂ©cessaire des modes de financement de transports publics actuellement Ă bout de souffle.Inflation, croissance, baisse du dĂ©ficit : des hypothèses irrĂ©alistes pour 2016 ? RĂ©duction du dĂ©ficit de 0,5 point, croissance du PIB de 1,5 %, maĂ®trise des comptes de la SĂ©curitĂ© Sociale et des administrations locales… Les prĂ©visions du gouvernement pour 2016 sont teintĂ©es d’un optimisme Ă propos duquel la Cour des comptes Ă©met certaines rĂ©serves. Sur les prĂ©visions de recettes d’abord : les estimations en matière d’impĂ´t sur le revenu et de prĂ©lèvements sociaux apparaissent Ă©levĂ©es. Elles reposent sur des hypothèses d’inflation et de masse salariale très optimistes, qui pourraient s’avĂ©rer bien plus faibles qu’attendues.Sur la maĂ®trise des dĂ©penses ensuite. Si le gouvernement annonce 500 millions d’euros d’économies issus de la revue des dĂ©penses, seuls 225 millions sont documentĂ©s. Au-delĂ de cette absence de dĂ©tails, c’est la sous-budgĂ©tisation chronique de certaines dĂ©penses qui est pointĂ©e du doigt. Au premier rang : les dĂ©penses de sĂ©curitĂ© sociale, dont l’Institut Montaigne Ă©voquait dĂ©jĂ les dĂ©rives dans son rapport DĂ©pense publique : le temps de l’action. L’allocation adulte handicapĂ© (AAH) par exemple, budgĂ©tisĂ©e Ă 8,5 milliards d’euros pour 2016 alors que son montant s’élevait Ă 8,8 milliards en 2015. Autre prestation visĂ©e : la prime d’activitĂ©. Issue de la fusion du RSA activitĂ© et de la Prime pour l’emploi (PPE), elle a dĂ©jĂ Ă©tĂ© versĂ©e Ă près d’un million et demi de mĂ©nages, soit plus de deux millions de bĂ©nĂ©ficiaires. L’enveloppe attachĂ©e Ă son financement est de 4 milliards d’euros, un montant qui s’avèrera bien insuffisant si le taux de recours continue d’augmenter, comme le souhaite le gouvernement. Sur la capacitĂ© des collectivitĂ©s locales Ă redresser leurs finances enfin. MalgrĂ© la baisse des concours financiers de l’État, le gouvernement prĂ©voit une hausse modĂ©rĂ©e de leurs dĂ©penses. PrĂ©vision que la Cour juge très incertaine, en pointant la probabilitĂ© Ă©levĂ©e d’un fort recours Ă l’endettement par les collectivitĂ©s. L’Institut Montaigne, dans son dernier rapport DĂ©centralisation : Sortons de la confusion, identifie les leviers qu’il faudra collectivement actionner pour que les finances des collectivitĂ©s soient enfin maĂ®trisĂ©es.Par Blanche Leridon, Morgan Guerin et Victor Poirier pour l'Institut MontaigneImprimerPARTAGER