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04/07/2011
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Qui sont ces seniors qui travaillent ? Et pourquoi le font-ils ?

Qui sont ces seniors qui travaillent ? Et pourquoi le font-ils ?
 Gunilla Björner
Auteur
Ancienne responsable des relations institutionnelles de l'Institut Montaigne



Les nouvelles règles issues de la loi de novembre 2010 portant réforme des retraites (1) sont entrées en vigueur le 1er juillet dernier. Cette réforme a suscité beaucoup d’émoi en France. Une des questions les plus débattues portait sur l’opportunité (ou non) de reporter l’âge légal de départ à la retraite.

Mais le débat sur les retraites, et plus globalement sur notre système de protection sociale, ne peut se limiter à des facteurs paramétriques. Il importe de mener une réflexion de long terme sur la façon d’augmenter le taux d’emploi de l’ensemble de la population, des jeunes comme des seniors. Certains de nos voisins ont réussi une partie de ce pari, car leurs seniors sont plus actifs plus longtemps. Qui sont ces seniors qui travaillent et pourquoi le font-ils ?

Un taux d’activitĂ© faible chez les seniors français

Par rapport Ă  ses voisins europĂ©ens, la France prĂ©sente un taux d’activitĂ© des 55-64 ans très bas : 38% seulement des personnes de plus de 55 ans sont en activitĂ© et ce taux chute Ă  16% pour les 60-64 ans (2). La France offre ainsi la retraite la plus longue des pays de l’OCDE : l’Ă©cart moyen entre l’âge de sortie effective du marchĂ© du travail et l’espĂ©rance de vie atteint près de 19 ans en France, contre 15 ans en Allemagne, 14 ans au Royaume-Uni ou en Suède et 10 ans aux Etats-Unis (3).

Des seniors plus actifs chez nos voisins

Un rapport intĂ©ressant intitulĂ© Vem arbetar efter 65 ĂĄrs ĂĄlder ? (Qui travaille au-delĂ  de 65 ans en Suède ?), vient d’ĂŞtre publiĂ© (4). Selon celui-ci, le taux d’activitĂ© des seniors suĂ©dois figure parmi les plus Ă©levĂ©s d’Europe : près de 70% des 55-64 ans travaillent. Entre 2006 et 2009, le taux d’activitĂ© des "super seniors" (65-74 ans) a Ă©galement cru, passant de 14% Ă  18% pour les hommes et de 7% Ă  9% pour les femmes.

Plusieurs facteurs permettent d’expliquer ces chiffres :
- une politique fiscale incitative ;
- une mesure fiscale spĂ©cifique, "det dubbla jobbskatteavdraget", qui permet aux actifs âgĂ©s de 65 ans ou plus de bĂ©nĂ©ficier de rĂ©ductions d’impĂ´ts plus importantes.

Un bon niveau éducatif et un meilleur état de santé

Le niveau d’Ă©ducation de la population a globalement augmentĂ© et les seniors en bonne santĂ© sont de plus en plus nombreux. Ces deux facteurs ont une forte influence sur la probabilitĂ© de continuer Ă  travailler.

Une forte influence du statut professionnel et de la situation familiale

L’Ă©tude montre Ă©galement que la probabilitĂ© de continuer Ă  travailler au-delĂ  de 65 ans est plus grande pour les entrepreneurs (c’est-Ă -dire ceux qui travaillent pour leur propre compte). Il en est de mĂŞme pour ceux qui ont un niveau d’Ă©ducation Ă©levĂ©, notamment les chercheurs. La situation familiale ainsi que le sexe ont aussi un impact. Les hommes sont plus disposĂ©s Ă  travailler au-delĂ  de 65 ans que les femmes, et les cĂ©libataires plus que les personnes mariĂ©es.

Un système de retraite incitatif

Le système de retraite suĂ©dois, qui a Ă©tĂ© rĂ©formĂ© dans les annĂ©es 1990, est construit de façon Ă  inciter les seniors Ă  rester plus longtemps en activitĂ©, au fur et Ă  mesure que l’espĂ©rance de vie croĂ®t. Le principe du système est simple : plus on travaille longtemps, plus la pension est importante.
Parmi tous ces éléments, le niveau de qualification et le statut professionnel sont les deux facteurs les plus déterminants dans le choix de continuer (ou non) à travailler au-delà de 65 ans.

La situation actuelle en France est très prĂ©occupante : la population vieillit et de moins en moins d’actifs doivent supporter des coĂ»ts de plus en plus importants pour maintenir un bon niveau de protection sociale. Selon les dernières projections de l’INSEE (5), ni le dynamisme dĂ©mographique français, ni la dernière rĂ©forme des retraites ne permettront d’empĂŞcher la dĂ©gradation du rapport actifs/inactifs Ă  l’horizon 2060 : de 2,1 actifs pour 1 inactif de 60 ans ou plus en 2010, on passerait Ă  1,5 actif pour un inactif en 2060 ! Ajoutez Ă  cela un taux de chĂ´mage des jeunes très Ă©levĂ© : 18,1% des 15-24 ans Ă©taient au chĂ´mage en France en 2008, contre 10,4% en Allemagne, 7,2% au Danemark ou 12,8% aux Etats-Unis.

Il est urgent de favoriser l’emploi en France, des jeunes comme des seniors. Les rĂ©formes paramĂ©triques ne suffisent plus. Il faut avoir le courage de procĂ©der Ă  des rĂ©formes d’envergure, c’est ce que propose l’Institut Montaigne dans les publications RĂ©forme des retraites : vers un big bang ? et 15 propositions pour l’emploi des jeunes et des seniors.

Références :

1) Loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010 portant réforme des retraites.
2) 15 propositions pour l’emploi des jeunes et des seniors, Rapport, Institut Montaigne, septembre 2010.
3) OCDE Health Data, The European Labour Force Survey, 2008.
4) Vem arbetar efter 65 ĂĄrs ĂĄlders ?, SOU 2010:85, Stockholm, 2010.
5) Projections Ă  l’horizon 2060. Des actifs plus nombreux et plus âgĂ©s, Insee Première n° 1345, avril 2011.

En savoir plus :

- 15 propositions pour l’emploi des jeunes et des seniors (Rapport, 2010)
- RĂ©former les retraites : pourquoi et comment (Note, 2010)
- RĂ©forme des retraites : vers un big bang ? (Étude, 2009)

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