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Quels nouveaux visages pour l’Assemblée?

Quels nouveaux visages pour l’Assemblée?
 Olivier Duhamel
Auteur
Ancien Président de la FNSP (Sciences Po)

 

À trois jours du second tour des élections législatives, le politologue Olivier Duhamel décrypte pour l'Institut Montaigne les tendances et les fantasmes qui entourent ce scrutin.

Brève histoire des larges majorités


 

“InĂ©dits”, “sans prĂ©cĂ©dent” : les qualificatifs ne manquent pas pour dĂ©crire les rĂ©sultats du premier tour des Ă©lections lĂ©gislatives. Avec 513 duels au second tour, La RĂ©publique En Marche semble bien partie pour remporter une large majoritĂ© Ă  l’AssemblĂ©e. Trop large pour certains, cette majoritĂ© irait jusqu’à empĂŞcher le prĂ©sident dans sa capacitĂ© Ă  gouverner. Ces analyses, qui relèvent plus de l’ordre du fantasme que du commentaire Ă©clairĂ©, omettent un peu vite les prĂ©cĂ©dents historiques, qui jalonnent pourtant notre Cinquième RĂ©publique.


 

Loin d’être inĂ©dites, les tendances observĂ©es lors du premier tour trouvent d’importants Ă©chos dans notre histoire rĂ©cente. Au moins cinq lĂ©gislatures ont donnĂ© au prĂ©sident des majoritĂ©s massives. En 1968, tout d’abord, la majoritĂ© prĂ©sidentielle obtient 354 sièges sur 485 : c’est la revanche du parti de l’ordre face aux partis de gauche, tributaires des crises du mois de mai. En 1981 ensuite, le Parti Socialiste obtient 58 % des sièges. En 1993, c’est la gauche qui se trouve exsangue, tandis que le RPR et l’UDF forment une majoritĂ© soudĂ©e. Enfin, en 2002 puis en 2007, Ă  nouveau, c’est une large majoritĂ© prĂ©sidentielle qui s'installe Ă  l’AssemblĂ©e. Dans aucun de ces cas la “large majorité” n’a Ă©tĂ© synonyme d’obstacle au bon gouvernement. On ne peut donc raisonnablement prĂ©sumer de lien de cause Ă  effet entre une majoritĂ© large et des difficultĂ©s Ă  gouverner.


 

Parmi les autres fantasmes dont cette élection fait l’objet, citons l’idée souvent relayée selon laquelle le nouveau président ne ferait face à aucune opposition à l’Assemblée. De 80 à 100 députés Les Républicains pourraient être élus, et l’arrivée de Jean-Luc Mélenchon à l’Assemblée incarnera, incontestablement, une forme d’opposition.


 

Ce dont demain sera fait

Comparaison n’est pas raison, et s’il est important de regarder l’histoire, veillons à ne pas sombrer dans l’obsession du précédent - l’élection de Trump en est, d’une certaine manière, l’éclairant témoignage. Trois éléments au moins donnent à cette élection un caractère singulier.

  • Le niveau d’abstention, tout d’abord, est particulièrement Ă©levĂ©. S’il s’explique pour partie par une forme de dĂ©senchantement des citoyens, il est Ă©galement grandement liĂ© Ă  leur Ă©tat de confusion, avec des oppositions qui souvent appelaient Ă  voter contre Macron pour aider Macron (Ă  faire, selon les appelants, une vraie politique de gauche, de droite ou Ă©cologiste).
  • Second Ă©lĂ©ment : l’éclatement de la bipolarisation et l’émergence d’un phĂ©nomène nouveau : la “multi-polarisation des duels”. Contrairement au Royaume-Uni oĂą la bipolarisation progresse – hormis en Ecosse – on assiste en France au phĂ©nomène opposĂ© : les duels entre la droite et la gauche ont presque disparu, au profit de duels opposant un candidat de la RĂ©publique en Marche Ă  des partis de gauche, Les RĂ©publicains ou Front National. Sur les 513 duels : 273 se joueront contre des candidats Les RĂ©publicains, 134 contre des candidats de gauche et 94 contre des candidats Front National.
  • Troisième et dernier bouleversement : la fin du fameux "privilège du sortant". Longtemps, l’ancrage local, l’identification Ă  un parti favorisait l’élection du candidat sortant. L’élection du 11 juin a largement inversĂ© cette tendance et le privilège s’est muĂ© en vĂ©ritable “handicap du sortant”.

Les résultats du second tour viendront confirmer ou infirmer les tendances observées pour ce scrutin pour le moins atypique.

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