AccueilExpressions par MontaigneQuartiers sensibles : mieux agir en s’appuyant sur la recherche ?La plateforme de dĂ©bats et d’actualitĂ©s de l’Institut Montaigne Villes et territoires06/06/2014ImprimerPARTAGERQuartiers sensibles : mieux agir en s’appuyant sur la recherche ?Auteur Hugo Micheron MaĂ®tre de confĂ©rence sur le jihadisme Ă l'École des Affaires internationales de Sciences Po Une étude réalisée par trois chercheurs de l'école d'économie de Paris (PSE) et publiée sous le titre : ?Can Tax Breaks Beat Geography ? Lessons from the French Enterprise Zone Experience?, évalue pour la première fois l'impact du dispositif des zones franches urbaines (ZFU) sur le dynamisme économique des zones ciblées. Deux constats en ressortent : en premier lieu, si le nombre d'emplois a effectivement augmenté, le nombre total d'heures travaillées reste souvent inchangé. Ensuite, les exonérations de charge ont un effet sur l'emploi très variable, largement fonction de l'éloignement et de l'enclavement territorial des quartiers concernés.Les ZFU : un dispositif d’exonĂ©ration de charges ciblĂ© sur les zones les plus difficilesLes Zones franches urbaines (ZFU) reprĂ©sentent le zonage territorial le plus sensible, au nombre de 100 en France, elles se dĂ©ploient Ă l’échelle des quartiers de plus de 10 000 habitants, oĂą les difficultĂ©s Ă©conomiques et sociales (taux de chĂ´mage, notamment des jeunes, niveau de dĂ©crochage scolaire, revenu par habitant) sont les plus Ă©levĂ©es. Les entreprises de moins de 50 salariĂ©s qui y sont implantĂ©es ou qui s’y installent bĂ©nĂ©ficient d’un dispositif complet d’exonĂ©rations de charges fiscales et sociales durant cinq ans. Le dispositif des ZFU, constamment prolongĂ© et Ă©tendu depuis sa crĂ©ation en 1996, a Ă©tĂ© renouvelĂ© jusqu’à la fin 2014. Il reprĂ©sentait une dĂ©pense de 470 millions d’euros en 2013.Un impact mitigĂ© sur l’emploi et le dynamisme des quartiersD’une part, si le nombre d’emplois dans ces quartiers a effectivement augmentĂ©, le nombre total d’heures travaillĂ©es restent souvent inchangĂ©. De plus, la mise en place des ZFU s’est souvent traduite par le transfert de capacitĂ©s de production existantes dans d’autres zones (notamment les zones de rĂ©novation urbaines) vers les ZFU plutĂ´t que par la crĂ©ation de nouvelles.D’autre part, l’étude montre que l’efficacitĂ© du dispositif est fonction du quartier concernĂ©. Ainsi, dans les ZFU les plus centrales ou les mieux connectĂ©es aux rĂ©seaux de transports en commun, le dispositif d’exonĂ©ration fiscal a participĂ© Ă la crĂ©ation d’emplois et au dĂ©veloppement des capacitĂ©s de production. A l’inverse, il n’a eu qu’un faible impact dans les zones les plus enclavĂ©es oĂą ces mesures se sont surtout traduites par de faibles augmentations de salaire et n’ont pas stimulĂ© l’attractivitĂ© de ces territoires.Comme le souligne la PSE, la corrĂ©lation entre niveau d’éloignement et efficacitĂ© du dispositif "invite donc les pouvoirs publics Ă coupler leur rĂ©flexion sur la rĂ©forme de la politique de la ville Ă celle, plus gĂ©nĂ©rale, du dĂ©senclavement des quartiers prioritaires".DĂ©senclaver les quartiers prioritaires pour rendre les mesures plus efficacesCe point vient Ă©tayer avec acuitĂ© les Ă©lĂ©ments qu’avançait l’Institut Montaigne dans l’enquĂŞte Banlieue de la RĂ©publique menĂ©e en 2010-2011 par Gilles Kepel au cĹ“ur de la ZFU de Clichy-sous-Bois/Montfermeil en Seine-Saint-Denis, point de dĂ©part des Ă©meutes sociales de l’automne 2005 dans l’Hexagone. Le Plan de RĂ©novation Urbaine (PRU) mis alors en place pour la communautĂ© d'agglomĂ©ration de Clichy-sous-Bois et de Montfermeil, d'un montant de près de 600 millions d'euros, est le plus important PRU de France.Cette enquĂŞte montrait la nĂ©cessitĂ© d’ajouter un nouveau volet au service de la politique de la ville Ă travers la prise en compte de l’enclavement territorial et de ses implications directes sur l’habitat et le tissu social.Un tissu politique local fortement influencĂ© par les situations socialesCe premier travail a Ă©tĂ© prolongĂ© par l’Institut Montaigne en 2013-2014 par une nouvelle enquĂŞte de terrain dirigĂ©e par Gilles Kepel et qui a donnĂ© lieu Ă la publication de Passion française, les voix des citĂ©s. Cette Ă©tude a notamment Ă©tĂ© conduite au cĹ“ur de quatre ZFU : deux ZFU de Marseille-Nord, et deux ZFU Ă Roubaix-Tourcoing. Reposant sur des entretiens avec des candidats issus de ces quartiers aux lĂ©gislatives de 2012, l’enquĂŞte complĂ©tait le travail rĂ©alisĂ© en Seine-Saint-Denis grâce Ă l’étude des comportements politiques dans les circonscriptions des quartiers populaires.Ces entretiens ont fait ressortir de façon très nette le dĂ©phasage Ă©conomique et la persistance des mĂ©canismes d’exclusion sociale dans les quartiers les plus dĂ©favorisĂ©s. Au niveau politique, apparait un double phĂ©nomène, l’un encourageant, tĂ©moigne de l’engagement en politique grandissant des habitants de ces quartiers et particulièrement des Français issus de l’immigration. L’autre phĂ©nomène, moins rassurant, souligne le renforcement de mĂ©thodes de rĂ©gulation sociale parallèle Ă l’ordre rĂ©publicain en place dans les quartiers les plus sĂ©vèrement touchĂ© par l’exclusion socio-Ă©conomique. Ainsi, les trafics, le clientĂ©lisme et l’extension des structures de patronage politique ainsi que l’exacerbation d’une identitĂ© religieuse se sont renforcĂ©s.La politique de la ville dispose de financement en France, des sommes considĂ©rables ont Ă©tĂ© dĂ©ployĂ©es pour amĂ©liorer la situation des quartiers dĂ©bouchant sur des effets souvent limitĂ©s. Il est temps de s’appuyer sur les rĂ©sultats de la recherche pour mettre en place des politiques ciblĂ©es, plus efficaces, qui permettent Ă ces quartiers de retrouver le chemin de l’emploi, d’empĂŞcher le dĂ©phasage Ă©conomique et de prĂ©venir l’exclusion sociale.Pour aller plus loin :DĂ©couvrez les tĂ©moignages vidĂ©os de Nora Remadnia-Preziosi pour Marseille, de Zina Dahmani pour Tourcoing et de Gilles Kepel, ainsi que des infographies sur les villes de Marseille et de RoubaixImprimerPARTAGER