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22/07/2009
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Prisons : 20 % des peines non exĂ©cutĂ©es

 Institut Montaigne
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82 000 peines de prison classées sans suite, selon le rapport de l’Inspection général de la Justice. Le chiffre est alarmant. Si la construction de nouveaux établissements pénitenciers voulue par Nicolas Sarkozy s’impose dans une certaine mesure, elle ne peut être considérée ni comme la seule, ni comme la principale solution pour augmenter le taux d’exécution des peines en France.

Près de 20 % des peines "en attente d’exĂ©cution". Cela reprĂ©sente 1,6 fois le nombre de condamnĂ©s purgeant actuellement leur peine. Ce chiffre, repris lundi par la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie, met en lumière l’engorgement massif dont souffrent les prisons. Pour y remĂ©dier, Nicolas Sarkozy prĂ©voit de relancer le plan de construction des prisons.

De nouvelles prisons, oui. Mais dans des proportions raisonnables.
La proposition du chef de l’Etat pourrait ĂŞtre utile, mais dans une certaine mesure. Outre l’augmentation du nombre de places disponibles en prison, construire de nouveaux Ă©tablissements pourrait permettre d’une part d’amĂ©liorer les conditions de vie - aujourd’hui catastrophiques - des dĂ©tenus (locaux extrĂŞmement vĂ©tustes, taux de suicide effrayant, etc.). Cela permettrait d’autre part de mettre en œuvre le principe d’encellulement individuel prĂ´nĂ© par le SĂ©nat et formulĂ© par l’Institut Montaigne l’annĂ©e dernière dans Comment rendre la prison (enfin) utile. Le but de l’encellulement individuel, tout particulièrement pour ceux qui subissent une première incarcĂ©ration (comme l’exigent la loi française et la rĂ©glementation europĂ©enne), ne serait Ă©videmment pas d’amĂ©liorer le confort des dĂ©tenus, mais de les isoler de l’endurcissement et de l’influence nĂ©faste que peuvent avoir les codĂ©tenus entre eux.

La mesure annoncĂ©e par le chef de l’Etat, visant 5 000 places supplĂ©mentaires, n’apparaĂ®t cependant pas pertinente Ă  deux titres : financièrement et en termes d’efficacitĂ©.

5 000 places supplĂ©mentaires : une dĂ©pense responsable ?
La proposition de Nicolas Sarkozy pourrait se chiffrer en centaine de millions d’euros. Une nouvelle place en prison constitue un investissement de 100 000 euros. Une journĂ©e en dĂ©tention coĂ»te, elle, au contribuable 90 euros en moyenne, contre 20 euros seulement pour un bracelet Ă©lectronique. Le coĂ»t annuel de cette dĂ©pense s’Ă©lèverait Ă  130 millions d’euros. Une dĂ©pense qui paraĂ®t peu responsable au moment oĂą le dĂ©ficit public reprĂ©sente 62,5 % des recettes de l’Etat.

Limiter le recours Ă  la dĂ©tention, dĂ©velopper les dispositifs de rĂ©insertion : les prioritĂ©s
Le projet de loi pĂ©nitentiaire votĂ© par le SĂ©nat en mars dernier (et examinĂ© par l’AssemblĂ©e nationale Ă  la rentrĂ©e) vise Ă  lutter contre la surpopulation dans les prisons. Ce texte confie entre autres au juge d’application des peines le pouvoir d’amĂ©nager les condamnations de moins de deux ans (qui constituent près de la moitiĂ© des peines de prisons prononcĂ©es). Il s’agirait d’exĂ©cuter les courtes peines en milieu ouvert ou semi-ouvert, avec ou sans contrĂ´le Ă©lectronique. Mesure qui pourrait faire disparaĂ®tre en quelques annĂ©es la surpopulation des maisons d’arrĂŞt, cause première de l’inefficacitĂ© du système pĂ©nitentiaire français.

MalgrĂ© ces avancĂ©es, la version actuelle du projet de loi reste insuffisante, surtout pour ce qui est des dispositifs de rĂ©insertion. PrĂ©parer les prisonniers Ă  leur sortie reste de loin le plus efficace pour rĂ©duire le nombre de rĂ©cidives et, partant, le nombre de dĂ©tenus dans les prisons. Plusieurs propositions formulĂ©es par l’Institut Montaigne restent Ă  ce titre d’actualitĂ© :

• Supprimer l’exigence d’un casier judiciaire vierge pour entrer dans la fonction publique
• Inciter fiscalement les entreprises Ă  utiliser la main-d’œuvre carcĂ©rale
• CrĂ©er entre l’administration pĂ©nitentiaire et le dĂ©tenu un contrat de travail qui relèverait du droit administratif
• DĂ©velopper des partenariats locaux de formation avec les organisations professionnelle des mĂ©tiers qui cherchent de la main d’œuvre (bâtiment, hĂ´tellerie, transports routier, etc.)
• Etc.

En savoir plus sur le dispositif de rĂ©insertion proposĂ© par l’Institut Montaigne

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